2009-2010

Magistrats, avocats et politique au XXe siècle

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mardi de 13 h à 15 h (salle 505, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 9 mars 2010 au 15 juin 2010. La séance du 1er juin se tiendra en salle 11, 105 bd Raspail de 11 h à 13 h (voir programme)

Le séminaire se situe à la charnière de la sociohistoire des professions judiciaires, des travaux portant sur les mobilisations politiques du droit au XXe siècle et d’une réflexion sur la judiciarisation des sociétés. En confrontant des expériences diverses, politiquement, géographiquement et temporellement, notamment à partir de nos champs de recherche respectifs (l’URSS, le droit international d’une part, la France et les USA de l’autre), il s’agira de discuter des modalités de la comparaison, et des possibilités de construction de cadres analytiques relatifs aux relations entre professionnels de justice, pouvoir étatique et sociétés. Nous analyserons les épisodes de contestation par le droit des régimes politiques, aussi bien dans des contextes autoritaires que démocratiques, avec pour objectif de travailler sur la mise en tension des états et des institutions judiciaires par l’intermédiaire de professionnels du droit. Mais nous interrogerons aussi les moments où l’action des juristes demeure strictement encadrée, y compris lorsque les professionnels du droit acceptent la remise en cause politique de leur propre fonctionnement.
Le séminaire tentera dans le même mouvement d’élaborer une réflexion critique sur les modalités d'études de ces phénomènes, en nous penchant sur la manière de lire et d'écrire cette sociohistoire à partir de sources diversifiées et souvent lacunaires : plaidoiries des procès, archives personnelles des juristes, archives d’État, entretiens…

23 mars 2010 : Benjamin Nathans (Professor of history at University of Pennsylvania), "Soviet rights- talk". L'article : The Dictatorship of Reason: Aleksander Vol'pin and the idea of Rights under " Developed Socialism" est disponible sur simple demande auprès de Dominique Bartoli. B. Nathans sera à paris jusqu'au 7 avril, si vous voulez le rencontrer vous pouvez le joindre par courriel

1er juin 2010 : Fabiano Engelmann (Université Fédérale du Rio Grande do Sul, UFRGS), Professeur invité à l'EHESS (Centre Maurice Halbwachs) : dans un séminaire exceptionnel réunissant le séminaire de Juliette Cadiot et Liora Israël "Magistrats, avocats et politiques XXe siècle", et le séminaire d'Afranio Garcia et Vassili Rivron "Anthropologie politique du Brésil" sur le thème :  "Magistrats et avocats dans la construction de la démocratie au Brésil".

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :
  • Sociologie
    (Séminaire de recherche M1S2 M2S4)
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M1S2 M2S4)

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulé général : Mobilisations du droit et engagements des juristes, XXe siècle

Direction de travaux d'étudiants : Liora Israël, Juliette Cadiot.

Adresse(s) électronique(s) de contact : cadiot(at)ehess.fr, liora.israel(at)ehess.fr

Compte rendu

Ce séminaire interdisciplinaire, animé par une historienne de la Russie et une sociologue du droit, a permis de confronter des recherches portant sur le rôle politique des avocats et des magistrats dans les sociétés contemporaines. L’analyse des parcours et des pratiques de ces professionnels du droit s’est inscrite dans une périodisation volontairement large, celle de l’histoire du grand XXe siècle. Ces travaux ont permis réfléchir, à partir des recherches des organisatrices, de leurs invité-e-s et de leurs étudiant-e-s, à la place du droit et des professionnels de la justice dans une sociologie historique du politique au xxe siècle. Au travers d’interventions concernant l’empire de Russie puis l’URSS (Michel Tissier, Juliette Cadiot, Alain Blum, Marc Élie), la France de Vichy (Virginie Sansico), la France coloniale (Sylvie Thénault), l’Italie des années de plomb (Maria Malatesta) ou encore l’affaire « Croissant », faisant apparaître la RFA confrontée au terrorisme (Liora Israël), le séminaire s’est intéressé à ces moments où les dirigeants politiques utilisent le droit comme un outil de répression à l’encontre de leurs opposants, et modifient de manière variable à cet effet les institutions judiciaires, les textes de lois et les procédures.
Ces séances sur la place des professionnels de la justice en temps de crise ont mis en évidence des formes symétriques de résistance et d’accommodation mises en œuvre par les professionnels du droit, avec certaines régularités dans les différents cas étudiés (comme la préférence pour la référence à la lettre de la loi, the black letter of law). Parallèlement, le pouvoir politique est toujours apparu en tension entre la revendication de la légalité de son action et le désir d’user du droit comme d’une ressource politique malléable.
Toutefois, le cas des régimes où la situation d’exception fut durable et où les valeurs du libéralisme politique avaient été les plus fortement critiquées constituent des cas limites dans lesquels l’apparence même de la légalité ne fut parfois pas maintenue. Les avocats eux-mêmes purent être supprimés, temporairement en URSS (1918-1922), plus durablement en Chine populaire (J. Bout). Les grands procès politiques soviétiques ne comportaient qu’une façade juridique, sans réelle possibilité de défense. Toutefois, le maintien d’une légalité apparente, y compris dans les procès politiques, doit être souligné. Il a permis, certes de manière très marginale et ponctuelle, des formes de résistance à l’arbitraire par le droit. Surtout, la référence maintenue à un ordre institutionnel et constitutionnel dans le régime soviétique post-stalinien a laissé la voie ouverte, comme nous l’a montré Benjamin Nathans (Université de Pennsylvania), à des formes de dissidence invoquant la légalité dans les années 1970 (mouvement des pravozashitniki).
Un second axe du séminaire se proposait d’analyser la place des magistrats et avocats dans les périodes de libéralisation politique. Les séances consacrées au rôle des juristes brésiliens dans la transition démocratique (Fabiano Engelmann), aux discussions autour des droits constitutionnels dans l’URSS de Khrouchtchev (B. Nathans), à la place des juristes dans la Russie contemporaine (Aurore Chaigneau) ou encore aux avocats dans la Chine contemporaine (J. Bout), ont permis d’insister sur le rôle particulier des juristes dans ces périodes charnières, et de rediscuter les travaux de Lucien Karpik et Terence C. Halliday sur la relation entre les avocats et le libéralisme politique. La capacité de certains membres de ces groupes professionnels à se saisir de nouvelles opportunités d’action dans ces moments a pu être mise en évidence, avec des différences nationales d’ailleurs fortes. Ce séminaire, qui a permis de défricher un large nombre de problèmes sociologiques et historiographiques grâce à la comparaison des cas empiriques, a montré tout l’intérêt, mais aussi les lacunes encore importantes de ce champ de recherche.

Publications
Juliette Cadiot

Laboratorija imperii, Moscou, Novoe Liternaturnoe Obozrenie, 2010.
Cacophonies d’empire : le gouvernement des langues dans l’empire de Russie et en URSS, en collaboration avec Dominique Arel et Larissa Zakharova, Paris, CNRS éditions, 2010.
• « Un inquiétant silence : les tensions nationales dans l’URSS post-stalinienne », dans La Russie contemporaine, sous la dir. de Kathy Rousselet et Gilles Favarel Garrigues, Paris, Fayard, 2010, p. 49-59.
• « Russian army, non russian, non slavs, non orthodox : the risky construction of a multiethnic army », introduction et coordination du numéro spécial « The integration of non-russian servicemen in the imperial, soviet and russian army », dans Journal of power institutions in post soviet societies (PIPSS), issue 10-2009, http://pipss.revues.org/.

Liora Israël
• « L’usage des archives en sociologie », dans L’enquête sociologique, sous la dir. de Serge Paugam, PUF, « Quadrige-Manuels », Paris, 2010, p. 167-186.
• « Un syndicat à la gauche du droit ? Les premières années du Syndicat de la Magistrature en contexte (1968-1981) », dans Les mauvais jours finiront. 40 ans de combats pour la justice et les libertés, Syndicat de la Magistrature, Paris, La Fabrique, 2010, p. 45-66.
L’arme du droit, Presses de Sciences Po, « Contester », Paris, 2009, 137 p.

Dernière modification de cette fiche : 26 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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