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1er et 3e mardis du mois de 13 h à 15 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 novembre 2009 au 15 juin 2010
Le séminaire poursuivra, pour la troisième année, sa réflexion sur les possibilités d’émergence d’une anthropologie de la sexualité.
Si l’anthropologie fut en effet pionnière en la matière avec une série de travaux majeurs publiés dans l’immédiat avant-guerre – ceux de Bronislaw Malinowski (1930) ou de Margaret Mead (1928 et 1935) par exemple –, on ne peut que s’étonner de la discrétion dont elle fit montre par la suite sur cette question. En parcourant l’espace dégagé par la naissance de ce champ d’investigation fécond, nous n’y discernerons plus aujourd’hui que quelques friches éparses.
Cette déshérence, les manuels et autres chroniques retraçant l’histoire et l’actualité de la discipline en portent témoignage. L’Anthropologie de la sexualité n’y apparaît jamais comme domaine clairement identifié et « sanctuarisé », mais comme une question secondaire abordée dans une nébuleuse de recherches individuelles et sous couvert de questionnements jugés plus présentables : ceux du politique ou du religieux, de la parenté ou, dans le meilleur des cas, du genre. Même pour les successeurs les plus affirmés de la tradition durkheimienne et maussienne, la question est généralement reléguée à un agrégat de comportements idiosyncrasiques individuels : relevant de l’Ego, du sujet et de la sphère privée plutôt que des déterminants culturels ou sociaux que les ethnologues discernent partout ailleurs. L’anthropologie – si ce n’est pour répondre aux inquiétudes épidémiologiques liées aux IST – a ainsi concédé à la psychologie et à la psychanalyse un terrain qu’elle ne s’est plus guère essayée à reconquérir per se depuis lors.
Pourtant, comme le suggéraient déjà ces prolégomènes à une anthropologie de la sexualité publiés dans les années 30, moult indices témoignent du caractère social, global et culturellement déterminé tant des pratiques, des représentations que des expressions cognitives et phénoménologiques liées à cet objet. L’anthropologie a ainsi passé par pertes et profits un sujet qui ressort à l’évidence de son domaine de compétence, voire qui eût pu faire lien entre des champs largement explorés – ceux du corps et de la personne, du genre et de la parenté, etc.
S’emparer à nouveau de ces questions, ainsi que se le propose ce séminaire, et revendiquer la possibilité d’y adosser un discours véritablement anthropologique, c’est donc, certes, inscrire un « nouvel objet » sur les listes de la discipline, mais alors un objet pour lequel le qualificatif de « nouveau » ne renvoie pas à de l’artificiel ou du fashionable, mais bien plutôt à de l’évidence sinon à de l’inévitable.
Mots-clés : Anthropologie, Genre, Sexualité,
Aires culturelles : Contemporain (anthropologie du, monde), Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie de la sexualité
Renseignements : sur rendez-vous.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous, Laurent Barry, Marie-Élisabeth Handman.
Adresse(s) électronique(s) de contact : barry(at)ehess.fr, handman(at)ehess.fr
Dans la continuité de l’année précédente, le séminaire s’est appliqué à bien distinguer ce qui relève d’une anthropologie de la sexualité et non d’une sociologie ou d’une histoire du genre, bien que ces différentes problématiques soient intimement liées. Pour ce faire, nous avons consacré deux séances à l’évolution de la sexualité animale vers la sexualité humaine, en replaçant les connaissances actuelles dans l’histoire de l’évolutionnisme. Dans ce cadre, nous avons invité Priscille Touraille qui a consacré une séance à la question du « destin biologique » de l’espèce humaine et aux idéologies concernant les gènes dans leur relation non seulement à la sexualité, mais aussi à la procréation. Cette réflexion sur la sexualité prise au sens purement physique du terme a également donnée lieu à un exposé de Dolorès Pourette consacré à l’histoire des instruments, tels les vibro-masseurs, susceptibles de stimuler mécaniquement la sexualité, et inversement, mais aussi, avec une présentation de Karine Tinat, à une séance abordant la question des représentations liées au corps sexué à travers une étude de l’anorexie.
Quatre séances furent par la suite dédiées aux représentations et pratiques de la sexualité dans des contextes non européens ou exceptionnels : 1) la Chine ancienne, dont Laurent Barry a proposé une lecture à partir de deux types de source : les livres rituels (notamment le Li Yi et le Li Ki) et les codes pénaux des dynasties Qing et Ming ; 2) La Papouasie–Nouvelle-Guinée : nous avons comparé les travaux d’ethnologues, tel Maurice Godelier, qui considèrent que les pratiques de fellation ou autres méthodes pour faire en sorte que les jeunes initiés absorbent du sperme pour grandir et devenir des hommes détachés du monde féminin polluant, n’impliquent aucunement le plaisir, avec les travaux de ceux qui, à l’instar de Gilbert Herdt, croient le contraire et y voient la raison de relations sexuelles persistantes entre hommes devenus adultes ; 3) En nous appuyant sur les travaux et films de Nicolas Lainez, doctorant à l’EHESS, nous avons effectué une plongée dans le monde de la prostitution à la frontière du Vietnam et du Cambodge en tâchant de distinguer ce qui relève de la contrainte physique et de la contrainte morale, les jeunes femmes cherchant dans la prostitution les moyens d’aider leurs parents à payer des dettes quasiment inextinguibles ; 4) La question de la sexualité en prison nous a également été présentée dans le cadre d’un exposé de Dolorès Pourette.
Enfin, deux doctorantes, Mélanie Gourarier et Marina França, nous ont présenté le colloque international consacré aux « Transactions sexuelles » (Lausanne, 27-29 mai 2010), pointant les incompréhensions entre tenants d’une sexualité qui, bien que payante, peut impliquer des affects de ceux qui estiment qu’une telle liaison est impossible.
Publications
Laurent Barry
• « Qui sont nos enfants, où sont nos parents ? Aux origines de la génération », dans D’où venons-nous ? Retours sur l’origine, XXe forum Le monde-Le Mans (14 au 19 novembre 2008), sous la dir. de Jean Birnbaum, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 81-92.
• « L’auteur malgré lui. Réponse à un texte d’Emmanuel Désveaux », Journal de la Société des Américanistes, 95-2, 2010, mis en ligne le 20 janvier 2010.
• « De la théorie à l’expertise », Recherches Familiales, n° 7, 2010.
Marie-Élisabeth Handman
• « Le retour de l’ordre moral ? Éducation et sexualité », dans Éduquer dans un monde en mutation, sous la dir. de Marie-Christine David et Laurent Ott, Paris, Erès, 2009, p. 89-102.
• « Enquête récente sur la prostitution », dans Actes du Colloque Genre et sexualités, sous la dir. d’Elsa Dorlin et Éric Fassin, Paris, BPI 31 mars et 1er avril 2006, Éditions de la Bibliothèque publique d’information/Centre Pompidou, 2009, p. 163-178.
Dernière modification de cette fiche : 7 juillet 2009.
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