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Jeudi de 9 h à 11 h (salle des artistes, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 12 novembre 2009 au 17 juin 2010. La séance du 4 mars est annulée, une séance supplémentaire sera programmée ultérieurement. La séance du 25 mars est annulée.
Le concept de quotidien (cf. Alltag) tel qu’il a été développé par Alf Lüdtke, Adelheid von Saldern ou Dorothee Wierling renvoie aux questions du cadre de vie des individus. Il interroge la sphère du privé sur autant de sujets que le travail, les loisirs, la nutrition, l’habillement ou encore l’amitié ou la sexualité. Toutefois, l’étude du quotidien ne peut pas être séparée de la sphère politique. En donnant la primauté aux acteurs, les historiens du quotidien conçoivent l’histoire comme un processus multidirectionnel, sans cesse transformée par ceux qui la font et la subissent. L’Alltagsgeschichte attire notre attention sur les pratiques culturelles, les relations qui se nouent dans un cadre microsocial, sans que ne soient opposées vie privée et vie publique. Ainsi, en se focalisant sur les pratiques culturelles et sociales des individus, nous pouvons mieux percevoir « l’attraction » qu’ont exercée le nazisme et l’apparition des formes de violence. Nous observerons comment les émotions croisent des intérêts matériaux et des besoins individuels dans la mise en œuvre de la politique de destruction et de persécution nazies.
Ce séminaire proposera un tour d'horizon sur les recherches récentes du monde germanique (en incluant aussi quelques travaux du monde anglophone) tout en présentant les concepts-clefs de l'Alltagsgeschichte. Il est ouvert à tous les étudiants intéressés et se déroulera en langue française.
12 novembre 2009 : Présentation et introduction du séminaire
19 novembre 2009 : « Appropriation », « Sens du soi », « Domination » : autour des concepts-clef de l’histoire du quotidien
16 novembre 2009 : La constitution de la « Communauté de peuple » par l’action collective (1933-1939).
3 décembre 2009 : Raillerie – pillage –violence : la foule comme acteur.
10 décembre 2009 : La nazification à Hildesheim : une étude de cas.
17 décembre 2009 : La révolution nazie : des hommes ordinaires dans un temps extraordinaire.
7 janvier 2010 : L’histoire des femmes/du genre face et l’histoire du nazisme : un regard croisé
14 janvier 2010 : séance annulée
21 janvier 2010 : Jennifer Meyer, « La génèse du racial-féminisme. Race, classe et genre dans l’œuvre de Pia Rogge-Börner »
28 janvier 2010 : séance annulée
4 février 2010 : Femmes allemandes au service du Reich en Pologne occupée
11 février 2010 : Eichmann I. Projection du film de Rony Brauman & Eyal Sivan (v.o. soutitré en français), Un spécialiste. Portrait d’un criminel moderne (1999)
18 février 2010 : Eichmann II. « Responsabilité personnelle et régime dictatorial : Autour de Hannah Arendt » séance animée Sergio Amortegui
25 février 2010 : Eichmann III. Discussion : Les acteurs du génocide : bureaucrates (Schreibtischtäter) versus acteurs de violence physique (Gewalttäter)
4 mars 2010 (sous reserve) : La guerre et le front patriotique (Heimatfront) : Les épouses des soldats. La séance est annulée
11 mars 2010 : Les soldats de la Wehrmacht I. La guerre sur le front de l’est (introduction) et projection de la première partie du film documentaire de Ruth Beckermann (v.o. sous-titrée en français) : « Jenseits des Krieges (Au-delà de la guerre) » (1996)
18 mars 2010 : Les soldats de la Wehrmacht II. Projection de la deuxième partie du film documentaire de Ruth Beckermann (v.o. sous-titrée en français) : Jenseits des Krieges, (1996) et discussion
25 mars 2010 : séance annulée
1er avril 2010 : Les soldats de la Wehrmacht III. Le quotidien de l’occupation en France et en Norvège : une perspective croisée
8 avril 2010 : Les soldats de la Wehrmacht IV. Les déserteurs de la Wehrmacht : études de cas
15 avril 2010 : Les soldats de la Wehrmacht V. Les déserteurs de la Wehrmacht : L’armée, violence et masculinité(s)
6 mai 2010 : Les travailleurs forcés en Allemagne nazie. Séance animée par Mark Spoerer, chercheur invité à l’Institut Historique Allemand (IHA)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Études allemandes
Intitulé général : Le nazisme au quotidien
Adresse(s) électronique(s) de contact : mailaender(at)ciera.fr
Ce séminaire se propose d’étudier la face interne de l’ascension et de l’installation du nazisme, en donnant la primauté au vécu et aux pratiques des Allemands et Autrichiens ordinaires.
Les deux premières séances ont situé l’histoire du quotidien dans son cadre historiographique et ont introduit quelques concepts-clef de l’Alltagsgeschichte, comme l’appropriation, le sens de soi et la domination comme pratique sociale. Le concept de quotidien (cf. Alltag), tel qu’il a été développé par Alf Lüdtke, Adelheid von Saldern ou Dorothee Wierling, renvoie aux questions du cadre de vie des individus qui s’approprient sans cesse le monde et leur réalité sociale. Cette appropriation est définie par Alf Lüdtke par moment aussi comme Eigen-Sinn (sens de soi), « humeur rebelle », « comportement déviant ». Le sens de soi, acte individualiste, répond à des besoins et des intérêts ponctuels. C’est une mise à distance momentanée, une prise de recul face aux situations de contraintes à assumer – mais ni l’un ni l’autre ne peuvent supprimer la dépendance. Donner aux expériences et au vécu une signification et une place change l’objet de l’observation et d’analyse. Jacques Revel l’a comparé aux échelles de représentation en cartographie qui ne représentent pas une réalité constante en plus grand et en plus petit, mais qui transforment le contenu de la représentation. C’est ainsi que l’Alltagsgeschichte interroge la sphère du privé sur autant de sujets que le travail, les loisirs, la nutrition, l’habillement ou encore l’amitié ou la sexualité. Toutefois, l’étude du quotidien ne peut pas être séparée de la sphère politique. En concevant l’histoire comme un processus multidirectionnel, sans cesse transformée par ceux qui la font et la subissent, l’Alltagsgeschichte attire notre attention sur les pratiques culturelles, les relations qui se nouent dans un cadre microsocial sans que ne soient opposées vie privée et vie publique. Par la suite, ce séminaire a proposé un tour d’horizon sur les recherches récentes issues du monde germanophone en incluant aussi quelques travaux du monde anglophone.
Dans un premier temps, nous avons étudié la politisation de la société civile allemande entre 1933 à 1939 en faisant un focus sur la participation des gens ordinaires et en s’appuyant sur les travaux d’Andrew Stuart Bergerson et de Michael Wildt. La troisième séance portait sur la question de la constitution de la « Communauté de peuple » (Volksgemeinschaft) par l’action collective (1933-1939), pour ensuite aborder les pratiques de violence collective comme la raillerie et le pillage, en conceptualisant la foule comme un acteur. La cinquième et sixième séance traitaient une étude de cas, la nazification à Hildesheim, en étudiant des hommes ordinaires dans un temps extraordinaire. Ici on a pu voir que la « communauté du peuple » ne fut pas uniquement une construction théorique, mais vécue, établie et produite par les gens ordinaires dans les rues et dans les villages. Elle créait un ordre à la fois réel et imaginaire, en constituant à la fois une surface de projection et une forme concrète d’expérience et d’action.
Dans une deuxième partie, nous nous sommes consacrés à l’histoire des femmes en portant un regard croisé sur la question du genre face et l’histoire du nazisme, puis sur celle de la genèse du racial-féminisme. Elizabeth Harvey a présenté une étude de cas sur les femmes allemandes au service du Reich en Pologne occupée. Certes, les femmes occupaient des fonctions de subordonnées, mais leur attribuer un statut de dominées ne rend pas compte de la réalité historique et sociale. On a pu voir qu’elles disposaient de nombreuses marges de manœuvre dans les différentes fonctions qu’elles pouvaient occuper. Ainsi les femmes allemandes et autrichiennes n’assuraient pas uniquement la stabilité du régime nazi en tant que femmes au foyer et mères de famille, mais leur fonction de « conseillère de colonisation », d’institutrice etc., leur donnait un rôle actif dans le combat ethnique et territorial nazi.
Nous avons ensuite étudié le cas d’Adolf Eichmann à travers le film documentaire de Rony Brauman & Eyal Sivan : « Un spécialiste. Portrait d’un criminel moderne » (1999). Cela nous a permis d’aborder à l’aide des travaux historiographiques récents la question des acteurs du génocide en juxtaposant les bureaucrates « Schreibtischtäter » aux acteurs de violence physique « Gewalttäter ». Ce complexe thématique s’est conclu par l’intervention de Sergio Amortegui qui a présenté son travail de master portant sur « Responsabilité personnelle et régime dictatorial : autour de Hannah Arendt ». Là aussi, la question de la participation et des marges de manœuvre se pose d’une manière radicale. Toutefois, il est important de ne pas réduire les actions des exécuteurs à une linéarité, mais de rendre compte de leur complexité et des contradictions qui leur sont inhérentes, en prenant en considération aussi bien les moments de radicalisation que des moments d’hésitation et de ralentissement.
Le quatrième complexe thématique a traité de la guerre et des expériences des soldats au front (1939-1945). Avec le travail d’Ebba Drolshagen, nous avons cherché à porter un regard croisé sur le quotidien de l’Occupation en France et en Norvège pour observer deux réalités d’occupation divergentes, souvent avec les mêmes acteurs. Avec la projection du film documentaire de Ruth Beckermann : « Jenseits des Krieges (Au-delà de la guerre) » (1996) et l’étude de Magnus Koch sur les déserteurs de la Wehrmacht, nous avons étudié les auto-représentations et auto-justifications des anciens soldats allemands et autrichiens devant les services de renseignement suisses (1941-1944) et lors de l’exposition sur les crimes de la Wehrmacht à Vienne (1995). C’est notamment le caractère contradictoire des sources et les dissensions qu’elles suscitent qui méritent une attention particulière en tant que prisme qui nous permet d’observer les contraintes sociales et politiques du processus d’interprétation et d’attribution de sens historiques. Dans ce sens, le non-dit se révélait très parlant. Ceci nous a permis d’aborder la question des masculinités, voire la corrélation entre armée, masculinité et violence. Étant une catégorie relationnelle, le « genre » est indissociable des catégories « race » et « classe ». Comme nous l’avons vu, dans une armée, espace par définition exclusivement masculin, il y a des masculinités qui se heurtent. Impossible alors de faire une analyse des dynamiques de groupe et contraintes sociales sans tenir compte des dynamiques de genre.
La cinquième et dernière partie du séminaire portait, avec le travail forcé, sur la persécution des Juifs en Allemagne, les camps de concentration ainsi que sur les pratiques et le vécu de l’incarcération. Le chercheur invité à l’Institut historique allemand Mark Spoerer a présenté sa recherche sur les travailleurs forcés en Allemagne nazie. Avec l’intervention d’Alain Parrau, nous avons ensuite consacré deux séances au journal de Viktor Klemperer (1933-1945) en plaçant le vécu de l’exclusion et de la persécution au cœur de nos discussions. Mara Polgovsky Ezcurra a présenté son projet de master 2 qui porte sur « Les culture de catacombes à Buenos Aires sous la dictature militaire (1976-1983) ». En nous penchant sur les liens entre vie culturelle et dissidence nous avons pu discuter et tester les concepts et méthodes de l’histoire du quotidien sur un terrain autre que l’Allemagne nazie – ce qui a entraîné des discussions très fructueuses.
Le séminaire s’est terminé par une séance sur les camps de concentration et le personnel de surveillance féminin. Là encore on pouvait observer que comprendre le national-socialisme et sa soif de destruction, c’est avant tout aborder le quotidien des gens ordinaires, citoyens, voisins, pères, mères, bureaucrates, soldats et personnel SS et leur appropriation du travail et des conditions de vie. Cette perspective par la vie quotidienne qui focalise sur les pratiques culturelles et sociales des individus, montre bien la facilité avec laquelle la plupart des Allemands et Autrichiens, dans le banal souci de s’en sortir, ne se sont pas uniquement cramponnées au pouvoir nazi, mais y ont participé en s’engageant activement. L’intensité des émotions politiques qui émanaient de ces actions individuelles et collectives constituait une importante attractivité et attirance du nazisme. La violence physique y avait une place centrale car elle ne servait pas uniquement d’instrument politique mais elle fut politique (Wildt, p. 355). Les pratiques de violence individuelle et collective formaient, reformaient et transformaient la société nazie, la Volksgemeinschaft. Ce processus de radicalisation fut très certainement marqué par des ruptures, des doutes, mais il n’y a pas de « grand saut ». La violence n’a jamais jailli de la contrainte car il y avait à tout moment des marges de manœuvre qui n’ont pas ou peu été utilisées.
Publications
• Avec Ebba D. Drolshagen, Der freundliche Feind. Wehrmachtssoldaten im besetzten Europa, Munich, Droemer, 2009.
• Gewalt im Dienstalltag. Die SS –Aufseherinnen des Konzentrations– und Vernichtungslagers Majdanek 1942-1944, Hambourg, Hamburger, édition 2009.
Dernière modification de cette fiche : 22 mars 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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