2009-2010

Archéologie et orientalisme : lieux communs

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er mercredi du mois de 11 h à 13 h (IISMM, salle de réunion, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 2 décembre 2009 au 2 juin 2010

On abordera dans les perspectives croisées de l’histoire et de l’anthropologie, un certain nombre de dossiers où l’on voit interférer activement l’évocation de mondes anciens et la lecture de l’exotisme oriental. Méditations sur les ruines et rêveries dans les sites antiques situés en pays d’islam, scènes «bibliques », spectacles intemporels de la cruauté ou du despotisme transplanté d’un décor à l’autre, sont évoqués en échos par les écrivains-voyageurs du « grand tour », les peintres orientalistes, tous ceux qui réfléchissent sur le destin des civilisations. On étudiera la circulation anachronique et atopique des paradigmes et modèles d’intelligibilité, passant d’un monde à l’autre, d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

25 novembre 2009 : François Charette (Chester Beatty Library, Dublin et Université de Francfort), L'historiographie orientaliste des sciences islamiques (1750-1870)

2 décembre 2009 : François Lissarrague, Archéologie et orientalisme

9 décembre 2009 : Barkahoum Ferhati, CNRPAH, Alger/CHSIM, Bnât el-qahwa : une anthropologie de la prostitution en Algérie

16 décembre 2009 : Claude Lefébure (CNRS/CHSIM), Violences sexuelles au Maroc : ce qu'en dit la littérature

7 avril 2010 : Shaw Smith (Davidson College, NC), L'oeil du Tigre : Eugène Delacroix et l'Indoustan.

2 juin 2010 : Mercedes Volait (CNRS/INHA) fera une présentation de son livre : Fous du Caire : Excentriques, architectes et amateurs d'art en Egypte, 1863-1914 (Eds L'Archange Minotaure, 2009)

 

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulé général : Archéologie et orientalisme : lieux communs

Renseignements : sur rendez-vous : tél. : 01 53 63 56 05 ou par courriel à l'un des enseignants.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Niveau requis : lettre (ou courriel) de motivation.

Adresse(s) électronique(s) de contact : flissa(at)ehess.fr, pouillon(at)ehess.fr

Compte rendu

Reprise d’un séminaire amorcé depuis quelques années sur les échos et interférences entre la pensée de l’Antique et la perception de l’Orient, nous sommes revenus cette année sur quelques auteurs qui, au xixe siècle, se sont remarquablement illustrés dans ce registre. Pour la peinture, nous sommes partis, comme à l’accoutumée, d’Eugène Delacroix mais, grâce à Shaw Smith (Davidson College, NC), avec un aspect peu fréquenté de sa thématique, l’évocation véritablement exotique de l’Indoustan. Nous sommes vite retournés cependant au centre de notre problématique avec la reprise du dossier du peintre David Roberts (1796-1864), admirable pèlerin anglais que nous avons suivi depuis l’Écosse, où il se forme dans la pratique du décor de théâtre, avant de s’orienter vers les illustrations de voyage, en commençant par l’Espagne, dont les aspects orientaux retiennent son attention. Mais c’est avec les six volumes intitulés The Holy Land, Syria, Idumea, Arabia, Egypt and Nubia (1842-1849) qu’il s’assure une notoriété encore vivace : au-delà des galeristes qui les débitent à qui mieux mieux dans les ventes orientalistes, les éditeurs de cartes postales basés au Moyen-Orient continuent d’en tirer pour leurs touristes une imagerie spectaculaire qui fait de leurs pays de véritables théâtres archéologiques. Retour obligé aussi sur Horace Vernet (1789-1863), pour ce qui concerne les « rapports qui existent entre le costume des anciens Hébreux et celui des Arabes modernes » (conférence au titre emblématique prononcée à l’Académie des Beaux-Arts, à la veille de la Révolution de 1848). C’est en effet l’inventaire de son illustration de thèmes antiques (ou bibliques) qui nous a retenus cette fois, plutôt que ceux de peinture « d’histoire » qui s’illustre particulièrement, en ce temps, par les chroniques des combats de la conquête de l’Algérie où les burnous des indigènes ressemblent tant à des toges. Pour les théoriciens, nous avons évoqué la figure centrale du chantre de la romanité coloniale, Louis Bertrand (1866-1941). Les conclusions qu’en tira Kahina Mazari (doctorante EHESS) furent néanmoins fort peu convenues, car elle a bien souligné tout ce que lui doivent des auteurs que nous jugeons si proches de nous, comme Camus et Braudel, ainsi que l’Algérie actuelle, pourtant nationaliste arabe et musulmane, pour l’approche de son patrimoine archéologique. Grâce au Dr Claire Christien, psychanalyste de son état, nous nous sommes risqués pour finir sur le dossier du Dr Gaëtan Gatian de Clérambault (1852-1934) dont la « passion des étoffes » a été explorée tant à partir de l’impressionnante mais passablement énigmatique collection de photographies de costumes drapés prise lors de son séjour au Maroc, que des leçons qu’il en a tirées pour un enseignement sur le vêtement antique donné à l’École des Beaux-Arts dans la continuité de celui créé par Léon Heuzey. La perspective d’une exposition Jean-Léon Gérôme au musée d’Orsay a été l’occasion de reprendre l’analyse comparative que nous avions faite des iconographies antiques et orientales, que Gérôme traita non pas, comme Vernet, en continuité mais en contraste.

Publication
• François Lissarrague et François Pouillon, « Gérôme, l’Antique et l’Orient », Qantara, n° 77, 2010, p. 16-18.

Dernière modification de cette fiche : 31 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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