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Jeudi de 11 h à 13 h (salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2009 au 27 mai 2010
Le séminaire aborde les spécificités du Saint-Empire à l’époque moderne sous l’angle de la construction sociale des espaces. L’étagement des échelons politiques (pouvoirs locaux, États territoriaux, niveau impérial), la division religieuse et la complexité des différences sociales se traduisent par une diffraction des appartenances et de leur actualisation par les agents sociaux. Au sein de ce processus, le séminaire privilégie deux directions : il s’interroge d’une part sur la notion d’« identité confessionnelle » dans ses échelles spatiales, ses contextes sociaux, ses cadres juridiques et politiques, ses mécanismes et ses chronologies ; il enquête d’autre part sur les pratiques pénales comme résultantes, constructions et appropriations des espaces imbriqués et en partie concurrents que dessine l’administration des peines.
Cette année, le séminaire aura pour fil directeur la construction de la différence, c’est-à-dire les mécanismes de distinction – et donc d’interaction – permettant de mieux comprendre les effets spécifiques du contexte impérial sur les critères de classement gouvernant les représentations sociales. Cette singularité allemande n’est toutefois pas considérée comme un objet en soi, mais comme une invitation à un retour comparatif sur le tissu contextuel des distinctions : là aussi, il s’agit de construire la différence, et non simplement de la constater.
Le séminaire fait alterner présentations générales, interventions extérieures et chantiers de recherche.
Cf. le descriptif du programme ici
Jeudi 28 janvier 2010 : Philippe Büttgen (CNRS), Prononcer l’appartenance : aspects théoriques et rhétoriques de la culture confessionnelle luthérienne dans le Saint-Empire
11 février 2010 : Mathilde Monge (Univ. Paris-I/Reims), Les « anabaptistes » en Rhénanie : construction d'une catégorie (Cologne, Juliers, Berg, XVIe-XVIIe siècle)
11 mars 2010 : Susanne Lachenicht, professeur à l'université de Bayreuth, "Les huguenots - construction d'identités nationales et confessionnelles au Saint Empire"
18 mars 2010 : Matthias Schnettger, professeur à l'Université de Mayence, "Le Saint-Empire et ses périphéries"
25 mars 2010 : Stefan Brakensiek (professeur à l'Université d'Essen-Duisburg et directeur d'études invité à l'EHESS) interviendra sur le thème "Aushandlungsprozesse zwischen Obrigkeiten und Untertanen : Empirische Befunde, europäische Gemeinsamkeiten und Differenzen, Typologien" ; (Négociations entre autorités et sujets : sources, comparaisons européennes, typologies)
6 mai 2010 : Juliette Guilbaud (ANR/EHESS), "Envers et contre tous ? Jansénistes dans le Saint-Empire au XVIIIe siècle"
Mots-clés : Droit, normes et société, Histoire, Spatialisation, territoires,
Aires culturelles : Allemandes (études), Europe,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Études allemandes
Intitulé général : Souveraineté partagée et construction des appartenances dans l'Allemagne moderne
Renseignements : prendre contact avec l'un des enseignants.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : projet écrit pour une inscription. Des connaissances en allemand sont utiles mais pas nécessaires.
Adresse(s) électronique(s) de contact : christophe.duhamelle(at)ehess.fr, bretschn(at)ehess.fr
Le séminaire se consacre à un double objectif. Il vise d’une part à faire des spécificités du Saint-Empire à l’époque moderne non un inventaire curieux d’une sorte d’exotisme irréductible, mais un laboratoire où explorer le jeu des échelles politiques, sociales et confessionnelles dans les sociétés européennes de l’époque moderne. Il poursuit d’autre part une approche des phénomènes de distinction et de structuration, de ce qui « fait société », approche soucieuse d’établir un lien entre l’interaction individuelle, le groupe vécu, et les institutions, ainsi que de travailler le rapport entre logique des acteurs, droit, marqueurs identitaires et développements normatifs. Il s’agit donc de faire se rejoindre des domaines encore étanches – singulièrement dans l’historiographie allemande – comme le « local » et le « général », mais aussi le religieux, le juridique et le social, afin de proposer à l’analyse comparée des systèmes politiques de l’Europe moderne une manière de travailler les cas comme configurations d’interactions entre acteurs et cadres généraux, que les acteurs à la fois reproduisent et actualisent. Les deux objectifs se sont rejoints cette année dans une volonté d’étudier le Saint-Empire sous l’angle de la construction des différences – thème pour lequel le morcellement politique, la division confessionnelle et les défis posés aux pratiques pénales par l’omniprésence des frontières ont servi de fils directeurs. La « construction » de la différence a été saisie au collet de ses mises en œuvre, parfois minuscules, mais en prenant au sérieux les pesanteurs dont elles sont tissées.
Tantôt, c’est donc au plus près des pratiques individuelles qu’a été reconstruit tout le « feuilleté » des espaces, des pouvoirs et des références, par exemple à partir du prénom comme marque confessionnelle, des comportements sociaux dans les lieux d’enfermement, ou des récits de conversion princières. Tantôt, c’est dans l’ordre des savoirs qu’ont été saisis les cadres impériaux, mis en actes et en arguments lors de controverses comme celle qui a contribué à définir la « maladie d’Annaberg » (1716-1720) ou celle qui eut lieu pendant plus d’un siècle sur le concile de Nicée dans le cadre de la querelle des calendriers confessionnels, ou lors de la création de l’université de Göttingen. Tantôt enfin c’est la notion de marqueur identitaire qui a été approfondie : quelles configurations religieuses, politiques, et même familiales se cristallisent-elles autour de l’usage des reliques des catacombes ? Que recouvre le terme même de « confession » ? En quoi la maison de correction donne-t-elle à comprendre les caractéristiques de l’État territorial allemand de l’époque moderne ? Le séminaire est également revenu sur la construction des frontières territoriales dans l’Empire, et à ses périphéries italiennes, ainsi que sur leurs conséquences, par exemple sur la pratique pénale du bannissement ou sur les processus de négociation entre sujets et autorités, replacés dans une comparaison européenne. Il a en outre réservé plusieurs séances à la manière dont la définition des marginalités religieuses fait jouer les différents niveaux, ainsi que la relation entre altérité et identité, constitutifs de la construction de différences : diaspora des huguenots, anabaptistes en Rhénanie, jansénistes dans l’Empire au XVIIIe siècle.
Après cinq séances consacrées au « cadres » institutionnels, spatiaux, juridiques et confessionnels du Saint-Empire, le séminaire a fait alterner les présentations par les deux enseignants et les interventions extérieures (Philippe Büttgen, Juliette Guilbaud, Mathilde Monge, Anne Saada, ainsi que trois directeurs d’études invités : Stefan Brakensiek, Susanne Lachenicht, et Matthias Schnettger). Il poursuivra l’an prochain la thématique générale en la centrant sur « les figures de l’espace et du temps ».
Publications
Christophe Duhamelle
• Avec Philippe Büttgen, Religion ou confession. Un bilan franco-allemand sur l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010, 609 p.
• « Auf der Suche nach der französischen Konfessionalisierung », dans Archiv für Reformationsgeschichte, 100, 2009, p. 235-255.
• « Individuel et collectif, intérieur et extérieur. De quelques critères de classement en France et en Allemagne », op. cit., p. 175-192.
Dernière modification de cette fiche : 3 mai 2010.
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