2009-2010

La parole représentée

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 13 h à 15 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 13 novembre 2009 au 14 mai 2010. La séance du 5 mars est annulée

Depuis les études de Benveniste sur l'énonciation, il est devenu banal d'inscrire dans le sens des énoncés, non seulement la présence d'un locuteur, mais également celle d'un destinataire - celui à qui la parole est ensuite donnée et quelquefois imposée. Nous nous proposons de chercher les traces linguistiques de ce destinataire dans la parole théâtrale. Le premier semestre sera consacré à l'étude des badinages et au poids qu'ils font peser sur la parole de l'autre. Le second semestre sera consacré aux récits dans le théâtre, qu'ils répondent à des questions de l'interlocuteur ou qu'ils soient, lors d'un monologue, faits par le locuteur dans le cadre d'une délibération. Les deux études s'appuieront sur des pièces classiques françaises (Hugo, Marivaux, Musset, Racine).

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Linguistique, sémantique

Intitulé général : Sémantique des langues naturelles

Renseignements : bureau 233, 54 bd Raspail 75006 Paris.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous uniquement.

Réception : sur rendez-vous uniquement.

Adresse(s) électronique(s) de contact : carel(at)ehess.fr

Compte rendu

Ce séminaire s’inscrit dans une étude de l’énonciation. Le corpus qui a été retenu était essentiellement constitué par des pièces de théâtre (Bérénice, Le Jeu de l’Amour et du Hasard, On ne badine pas avec l’amour). Nous n’avons pas cherché à étudier ces pièces dans leur totalité mais nous en avons extrait des passages qui illustrent les procédés énonciatifs intervenant dans la représentation de la parole. Certains de ces procédés sont communs au théâtre et à la langue ordinaire, par exemple la représentation de la question dans la réponse qui lui est donnée.
Dans cette étude, nous avons développé la Théorie Argumentative de la Polyphonie (TAP) qui, selon nous, ne se réduit à aucune des formes actuelles des théories polyphoniques, ni à la Scapoline construite par Nolke, Flottum et Noren, à partir de la théorie polyphonique de Ducrot, ni aux différentes théories de l’évidentialité, qui indiquent dans la signification d’une phrase les sources sur lesquelles se fonde le locuteur.
L’idée essentielle de la TAP est que la signification d’un énoncé peut se décrire par des triplets d’entités sémantiques. Chaque triplet contient d’une part la représentation d’un contenu et d’autre part la mise en discours de ce contenu, mise en discours qui elle-même consiste à la fois en l’indication de la fonction textuelle du contenu et en l’indication du ton sur lesquel le contenu est communiqué. Nous tentons de distinguer cette description de la signification linguistique de celle, proposée par Bally, qui discerne deux types d’éléments, un dictum objectif et un modus subjectif. Le contenu, pour nous, n’est jamais objectif dans la mesure où il est constitué d’argumentations, et par ailleurs la mise en discours n’est pas l’indication d’une subjectivité. Les fonctions textuelles sont des indications sur le rôle du contenu dans le discours : elles précisent ce que le locuteur compte faire du contenu introduit dans le texte qu’il construit. Les tons sont des contraintes sur le discours de l’interlocuteur, contraintes différentes selon que le contenu est présenté comme trouvé, comme reçu ou comme conçu.
Au cours des séminaires, il a été question de la sémantique de Benveniste, à qui nous avons repris certaines idées, notamment celle du ton du trouvé (énonciation historique où les événements se racontent d’eux-mêmes), mais nous n’avons pas retenu l’idée benvenistienne que les protagonistes de l’énonciation, locuteur et destinataire, peuvent être absents de certaines formes de discours : il nous a semblé que leur présence dans l’énoncé, par exemple dans les récits au passé simple, n’empêche pas que le contenu apparaisse comme trouvé dans le monde.

Publication
Marion Carel

• « Analyse argumentative du mot peur », dans La peur et ses miroirs, sous la dir. de Michel Viegnes, Imago, 2009, p. 241-261.
• Avec Oswald Ducrot, « Mise au point sur la polyphonie », Langue Française n° 164, 2009, p. 33-44.
• « L’ambivalence argumentative : sous-détermination des énoncés par les phrases », dans Argumentation : théorie-langue-discours, sous la dir. de Vahram Atayan et Daniela Pirazzini, Peter Lang, 2009, p. 123-143.

Dernière modification de cette fiche : 19 février 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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