2009-2010

Penser la formation de sociétés et de cultures nouvelles dans les Amériques coloniales

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e mardis du mois de 16 h à 18 h (salle 12, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 novembre 2009 au 18 mai 2010

Poursuivant la démarche commencée l’année dernière, ce séminaire cherchera à analyser, critiquer et confronter les nombreux concepts (créolisation, africanisation, transculturation, hybridité, syncrétisme, etc.), que les historiens et anthropologues ont forgés pour penser la formation de sociétés et de cultures nouvelles, nées de la rencontre entre Amérindiens, Européens et Africains aux Amériques, dans le contexte de la colonisation et de l’esclavage ou d’autres formes de travail forcé du XVIe au XIXe siècle. Il s’intéressera également aux modèles de développement que les chercheurs ont élaborés pour penser l’évolution dans le temps de ces sociétés et cultures nouvelles et étudier les rapports qu’elles entretenaient avec les sociétés et cultures européennes et africaines dont provenaient les colons et les esclaves et avec les sociétés et cultures amérindiennes auxquelles elles étaient confrontées. Il s’agira de faire l’histoire de ces concepts et de ces modèles de développement et de croiser les manières dont ils sont utilisés par les différentes disciplines, par les différentes historiographies nationales ou régionales, ainsi que par les spécialistes des différents groupes sociaux et ethniques.

Mardi 4 mai 2010: Emily Clark, Clement Chambers Benenson Professor in American Colonial History & Associate Professor, Tulane University (New Orleans, États-Unis): "Bancroft's Paradox ».
Résumé: “The maturity of the nation is but a continuation of its youth,” wrote George Bancroft in 1834 in the preface to the first edition of his History of the Colonization of the United States. The rise of Atlantic history indicts Bancroft’s work not only for its exclusion of Indians, the enslaved, and women, but also for its conflation of early America with mainland British colonial America. But Atlantic history alone is not enough to rescue the history of Louisiana from the margins. Beginning with Charles Gayarré’s “Lectures on the Romance or Poetry of the History of Louisiana,” historians of the state and of its colonial capital, New Orleans, have nursed a paradigm of romantic exceptionalism that makes the reconciliation of the national and regional historical narratives difficult. This seminar traces the historiographical and political construction of Louisiana as America’s internal “other.”

Mardi 18 mai 2010 Emily Clark, Clement Chambers Benenson Professor in American
Colonial History & Associate Professor, Tulane University (New Orleans, États-Unis): « Les Étrangers or Native Sons? »
Résumé : Two case studies drawn from largely unexamined archival sources in New Orleans disrupt assumptions about the identities claimed and lived by Anglophone Orleanians. Anglophones in late colonial and early national New Orleans have generally been portrayed in historical scholarship – and indeed often presented themselves in their own writing as interloping or enterprising aliens in a backward Francophone Babylon. Jacob Cowperthwait, a Quaker merchant and builder from Philadelphia who migrated to New Orleans in the 1780s, shed critical features of his birth culture during the decade he lived in New Orleans when he contravened the Quaker prohibitions on slavery by adding slave-trading to his business activities, swore an oath that he had been baptized a Catholic in order to marry in the colonialchurch, and wrote out his last will and testament in French. Samuel Phillip Moore, the son of a Protestant Irish immigrant to British West Florida, enacted what Anglophone critics condemned as the essential sin of French Louisiana when he settled in New Orleans with free woman of color, Dorothea Lassize, and fathered a family of eight children with her in the early nineteenth century.

Aires culturelles : Amériques, Atlantiques (mondes),

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M1S1 M1S2 M2S3 M2S4)

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations des Amériques

Intitulé général : Colonisation, esclavage et créolisation dans l'Amérique atlantique

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous au CENA.

Réception : sur rendez-vous au CENA.

Niveau requis : licence.

Site web : http://www.ehess.fr/cena/enseignements/societescoloniales.html

Adresse(s) électronique(s) de contact : cecile.vidal(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire a poursuivi le travail de réflexion entamé l’année dernière à propos des outils conceptuels nécessaires pour mener à bien une histoire comparée et croisée des sociétés et des cultures nouvelles formées aux Amériques coloniales. Les concepts de transculturation, de syncrétisme et d’hybridité ont été confrontés avec ceux d’acculturation, de créolisation et de métissage déjà analysés. Il est apparu extrêmement souhaitable de systématiser la démarche proposée par Charles Stewart à propos du syncrétisme consistant à développer une anthropologie (ou une histoire) du syncrétisme qui accorde une place essentielle à l’analyse des discours sur, pour et/ou contre le syncrétisme et aux enjeux politiques au cœur de ces discours et des pratiques syncrétiques.
En dehors de ces concepts élaborés ou réappropriés par des anthropologues ou des historiens pour penser les transferts culturels entre Européens, Amérindiens et Africains, le séminaire s’est également intéressé aux concepts de colonial, de race et de racialisation. Ils servent en effet à réfléchir plus globalement aux rapports de pouvoir et aux dynamiques sociales au sein des sociétés nouvelles formées aux Amériques entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Placer au cœur de sa réflexion ce qui fait le colonial, à l’instar des tenants des (post)colonial studies, permet de ne pas tenir pour acquis et de ne pas réifier le caractère colonial de ces sociétés et de ne pas dissocier la dimension externe et interne de leur colonialité, mais d’en faire au contraire un processus à historiciser et de montrer que cette colonialité fut progressivement construite d’une double façon, tant dans la relation unissant métropole et territoire ultramarin que dans les rapports internes à la société coloniale entre les différents groupes ethniques, ces deux dimensions étant étroitement liées. Le concept de racialisation quant à lui permet de mettre en évidence que la pensée raciale commença à informer les pratiques sociales bien avant qu’une théorie scientifique de la race ait été élaborée et systématisée et donc de remettre en cause l’idée, encore communément admise en dehors des États-Unis du fait de la dissociation entre histoire intellectuelle et histoire sociale de la race, que l’on ne pourrait légitimement utiliser le concept de race pour étudier les sociétés américaines qu’à partir du XIXe siècle.
La valeur heuristique de ces trois concepts a également été testée à travers une série d’études de cas portant sur la Louisiane coloniale sous le Régime français et, plus particulièrement, sur La Nouvelle-Orléans entre 1718 et 1769. Ont ainsi été examinées la notion et la formation de familles d’esclaves, la législation sur l’esclavage entre théorie et pratique, la possibilité pour les esclaves de se faire entendre au sein de l’institution judiciaire, ainsi que la formation d’une élite et d’un corps de libres de couleur. Ce travail sur la Louisiane française s’est poursuivi avec deux interventions d’Emily Clark, professeur invitée à l’EHESS en mai 2010, à propos de cette même société pendant les périodes espagnole et américaine. Elle a expliqué les raisons pour lesquelles la Louisiane avait été jusqu’à récemment continuellement marginalisée au sein de l’historiographie nord-américaine et a montré comment il fallait repenser les rapports entre métissage et culture nationale ou impériale.

Publications
• « Francité et situation coloniale : Nation, empire et race en Louisiane française (1699-1769) », Annales HSS, vol. 63, n° 5, 2009, p. 1019-1050.
• « From Incorporation to Exclusion : Indians, Europeans, and Americans in the Mississippi Valley from 1699 to 1830 », dans Empires of the Imagination : Transatlantic Histories of the Louisiana Purchase, sous la dir. de Peter J. Kastor et François Weil, Charlottesville, University of Virginia Press, 2009, p. 62-92.

Dernière modification de cette fiche : 19 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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