2009-2010

Genèses de l’anthropologie : le paradigme des derniers

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e jeudis du mois de 14 h 30 à 17 h (11, rue du Séminaire de Conflans 94220 Charenton-le-Pont), du 10 décembre 2009 au 10 juin 2010

Après une présentation générale des grands paradigmes qui ont traduit l’émergence de l’expérience puis de la discipline anthropologique, le séminaire sera consacré à l’exploration du paradigme romantique, généralement inaperçu, occulté voire refoulé, celui des « derniers ». Impliquant une conception apocalyptique de l’histoire, il fait de l’ethnographe non tant celui qui explore l’altérité exotique que celui qui se met à l’écoute du survivant, promu comme individu-monde. L’histoire culturelle de cette figure sera explorée ainsi que son implication dans la définition, très singulière au sein des sciences de l’homme, de la discipline anthropologique et de ses pratiques de recherche (notions d’informateur privilégié, de survivance et de culture ; privilège de l’échange oral et du récit ; unité fondatrice du lointain et du proche ; liens organiques avec la littérature narrative moderne etc.).

Le propos du séminaire sera développé par le directeur d’études, il sera parfois redoublé d’un dialogue direct avec des écrivains contemporains qui ont récemment reformulé ce paradigme du ou des « derniers ».

Mots-clés : Anthropologie,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Anthropologie de l'Europe

Renseignements : on trouvera un calendrier précis et une présentation plus détaillée du séminaire sur le site du LAHIC (http://www.lahic.cnrs.fr/) ; au fur et à mesure de son déroulement, des résumés d’exposés et des bibliographies y seront également proposés.

Direction de travaux d'étudiants : mercredi après-midi, une semaine sur deux, sur rendez-vous uniquement.

Réception : Nadine Boillon, secrétariat du LAHIC, 11 rue du Séminaire de Conflans 94220 Charenton-le-Pont ; M° 8, station Liberté, tél. : 01 40 15 76 20.

Niveau requis : rédaction d'un projet de recherche et entretien avec le directeur d'études.

Site web : http://www.lahic.cnrs.fr/

Adresse(s) électronique(s) de contact : nadine.boillon(at)culture.fr

Compte rendu

Pour la troisième année consécutive le séminaire a été consacré à l’élucidation du « paradigme des derniers » considéré comme fondateur non seulement de la curiosité anthropologique mais aussi des instruments de l’observation et de beaucoup des principes de la construction des objets de la recherche. La véritable « altérité » qui suscite la pulsion anthropologique, avant de justifier la discipline, n’est pas géographique mais historique, elle repose sur une philosophie de l’histoire attentive à la fin des mondes, attachée à rendre compte de l’expérience collective des marginaux, des vaincus, des victimes de l’histoire. Cette expérience ne s’exprime pleinement que dans la situation du dernier qui prend conscience, de son propre chef ou dans l’échange ethnographique, de la coïncidence entre sa disparition personnelle et l’abolition d’un univers humain qui s’efface avec lui. Il se constitue ainsi en « individu-monde » qui correspond à « l’informateur privilégié » dont la représentativité ne saurait être statistique mais purement situationnelle, découlant d’une position dans l’histoire qui, elle, avance avec les vainqueurs. De plus cette situation a permis, de fait, la distinction entre la « société » et la « culture » qui ne sont jamais exactement contemporaines puisque cette dernière implique toujours un rapport au passé et à la force d’érosion du temps.
Plus précisément, le séminaire de l’année s’est attaché à élucider la relation entre anthropologie et littérature en prenant comme angle de vue le paradigme des derniers. Après avoir montré combien les explications proposées de la convergence entre les deux discours étaient faibles (partage des mêmes « documents humains », souci de rendre des atmosphères, rencontre au sein des avant-gardes du xxe siècle, formation philosophico-littéraire des ethnologues etc.), une relation beaucoup plus fondamentale a été mise en évidence. Mis en scène par Montesquieu dans une des Lettres persanes (à propos du dernier zoroastrien), le paradigme des derniers innerve une bonne part de la littérature romantique après Ossian mais, surtout, constitue le point focal de grands cycles romanesques. Thomas Hardy, étudié par Yvonne Verdier, Marcel Proust, par Vincent Descombes ou William Faulkner, par Jean Jamin, apparaissent véritablement, au delà de leurs évidentes différences, comme les chroniqueurs tragiques d’un monde en train de naufrager. L’enquête a fait un saut jusqu’à la période très contemporaine en illustrant ce qu’un jeune critique (Lionel Ruffel) a désigné comme le « dénouement ». À travers les œuvres de Pierre Michon, Pierre Bergougnioux, Pascal Quignard, Richard Millet…, on a tenté d’expliciter les formes actuelles de la pensée des derniers qui conjoint une sorte de double millénarisme : le premier focalisé sur la fin du néolithique, le second sur la fin de la langue écrite et, pour certains, de la littérature.
En conclusion, le séminaire est revenu sur la présence souterraine ou proclamée des derniers au principe des monographies d’ethnologues. La comparaison minutieuse de la Chronique des Indiens Guayaki de P. Clastres et du Bal des célibataires de Pierre Bourdieu a constitué une sorte de mise à l’épreuve – pleinement réussie – du paradigme, incluant les choix de composition et d’écriture qui en découlent et les dimensions autobiographiques plus ou moins déniées (chez Bourdieu en particulier) qui font résonner le thème dans les choix les plus constants du chercheur et de l’auteur.

Publications
• Avec Anna Iuso, Les monuments sont habités, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2010, 336 p.
• Avec Jean Jamin et Marcello Massenzio, « Auto-biographie, ethno-biographie », L’Homme. Revue française d’anthropologie, nos 195-196, juillet-décembre 2010, 592 p.
• Avec Christian Hottin, « Ethnologie vagabonde. Préface » à Daniel Fabre et Anna Iuso, Les monuments sont habités, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2010, p. 9-15.
• « Habiter les monuments », op. cit., p. 17-52.
• « Un récit des origines », Préface à Jean Guilaine, Un désir d’histoire. L’enfance d’un archéologue, Carcassonne, Garae-Hésiode, 2010, p. 7-21.
• Avec Jean Jamin et Marcello Massenzio, « Jeu et enjeu ethnographiques de la biographie », dans « Auto-biographie, ethno-biographie », L’Homme. Revue française d’anthropologie, nos 195-196, juillet-décembre 2010, p. 7-20.
• « Autobiographie, histoire et fiction. Entretien de Daniel Fabre, Marcello Massenzio et Jean-Claude Schmitt », dans « Auto-biographie, ethno-biographie », L’Homme. Revue française d’anthropologie, nos 195-196, juillet-décembre 2010, p. 83-102.
• « L’enfer de la mémoire », dans « Auto-biographie, ethno-biographie », L’Homme. Revue française d’anthropologie, nos 195-196, juillet-décembre 2010, p. 125-162.
• Avec Marcello Massenzio, « Préface » à Alessandro Barbato, L’alternativa fantasma. Pasolini e Leiris, percorsi antropologici, Bologne, Ed. Libreriauniversitaria, p. 5-9.

Dernière modification de cette fiche : 1 juillet 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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