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1er et 3e jeudis du mois de 17 h à 19 h (salle 9, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 19 novembre 2009 au 20 mai 2010. Pas de séance le 4 mars 2010
Toute la recherche sur le théâtre médiéval a été tournée jusqu’à aujourd’hui vers un seul but : le faire entrer de force dans les normes de l’histoire du théâtre occidental, le décliner en genres, le passer aux grilles de lecture aristotélicienne, et lui reconstruire son espace. La proposition est de déplacer l’étude des genres vers l’étude des pratiques, et l’étude des lieux vers l’étude des acteurs. Du XIIIe au XVIe siècle, on repère une multiplicité de pratiques théâtrales et performatives, liées aux pratiques communautaires et à l’activité professionnelle, aux pratiques didactiques et à la transmission des savoir-faire. Le séminaire sera consacré d’une part à l’étude de différents dossiers documentaires permettant d’observer l’acteur au travail (situations d’apprentissage, marché du travail, situations contractuelles, rémunérations, division du travail) et d’appréhender son statut social et juridique ainsi que celui de sa parole dans la société médiévale, d’autre part à la construction historiographique des points de rupture entre le théâtre "médiéval" et le théâtre "moderne", à travers l’interrogation du paradigme du "processus de professionnalisation de l’acteur".
Mots-clés : Arts, Histoire, Moyen Âge/Histoire médiévale, Théâtre, Travail,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Renseignements : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous par courriel.
Niveau requis : ouvert aux étudiants de master.
Adresse(s) électronique(s) de contact : marie.bouhaik(at)orange.fr
Lors de cette première année de séminaire, nous avons proposé un déplacement du regard sur l’histoire du théâtre médiéval, de l’étude des genres vers l’histoire des pratiques, de l’étude des lieux et des espaces vers l’histoire des acteurs. Dans une tradition critique texto-centrée, la place des acteurs dans l’historiographie sur le théâtre médiéval est en effet quasi nulle. Dans les premières séances, nous avons posé les jalons d’une histoire de l’acteur avant le XVIIe siècle. Nous avons pris acte de la nécessité de s’affranchir des cadres de l’histoire littéraire, de ses catégories, notions et concepts, pour s’appuyer sur les modèles d’analyse de l’histoire et de la sociologie du travail. Nous nous sommes attachés à circonscrire une enquête sur les pratiques sociales et professionnelles de l’acteur, sur son métier et sur les constructions sociales et juridiques de son activité face aux pratiques du droit, aux différentes juridictions et aux normes de la société médiévale. Deux séances ont alors été consacrées à l’organisation du travail des acteurs. L’examen de contrats notariés d’association de joueurs de farce parisiens datant de la fin du XVe siècle – alors que les spécialistes avaient jusqu’alors repéré les premiers du genre à la fin du XVIe siècle –, a montré que les acteurs, se pliant à la pratique juridique contemporaine, s’organisent en sociétés commerciales. La comparaison avec les pratiques italiennes de la même période a permis de remettre en question l’un des points de rupture sur lequel est fondée la distinction entre le théâtre « médiéval » et le théâtre « moderne » : l’apparition de l’acteur professionnel, en Italie au milieu du XVIe siècle. C’est le processus de professionnalisation de l’acteur et les catégories « amateur » et « professionnel » qui lui sont liées qui sont ainsi interrogés. Dans ce cadre, J.-B. Huet (master, Université Paris-I/Panthéon-Sorbonne) a exposé les résultats de son travail sur la pratique théâtrale d’après les documents de la Passion de Mons (1501). Dans un deuxième temps, la question du statut de la parole de l’acteur nous a retenus. Nous avons porté attention à la façon dont la parole publique sur la scène de théâtre fait l’objet de contrôle, ainsi qu’à la manière dont l’acteur légitime sa prise de parole et refuse sa responsabilité, en étudiant les procès d’acteurs dans lesquels la question de lèse-majesté est centrale (XVe siècle). Pour compléter ce dossier, Simon Gabay, doctorant au sein du programme de recherche Law and Drama (Université d’Amsterdam), a présenté un dossier sur les prescriptions normatives de l’Église sur le théâtre : quand l’histrion est condamné dans les conciles ecclésiastiques, de qui parle-t-on ? Dans le troisième volet du séminaire, nous avons décliné la question du savoir-faire rhétorique de l’acteur, de sa formation à la performance oratoire et de sa maîtrise linguistique du vernaculaire. Dans le cadre des séances sur la rhétorique française, le professeur Serge Lusignan (Montréal) a donné une conférence intitulée « “Dire la vérité” en français (fin du XIIIe siècle) ». L’analyse de la farce Maître Mimin étudiant qui met en scène le face à face latin/vulgaire par Mario Longtin (Western Ontario) nous a donné l’occasion d’approfondir la question linguistique au théâtre. Deux séances ont ensuite été consacrées aux acteurs et aux musiciens. Nous avons bénéficié de la conférence de Silvère Menegaldo (Orléans) sur le théâtre des jongleurs au XIIIe siècle et entendu François Rivière (doctorant au CRH), qui a exposé les premiers résultats d’une recherche sur les pratiques professionnelles des jongleurs et ménestrels à la fin du Moyen Âge. La dernière séance a enfin été consacrée à l’examen de documents issus des délibérations de la ville de Chalon-sur-Saône (1497) dans lesquelles des « experts » sont nommés parmi les notables pour corriger un texte de théâtre avant sa représentation. Ce premier exposé d’une enquête en cours, qui sera prolongée l’année suivante, a permis d’ouvrir un dossier sur les « acteurs du texte », afin de reprendre à nouveaux frais la question de la variance.
Dernière modification de cette fiche : 15 juillet 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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