2009-2010

Séoul 1920-1940 : histoire sociale de la Corée coloniale

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e vendredis du mois de 11 h à 13 h (Maison de l'Asie, salle de conférences, rez-de-chaussée, 22 av du Président-Wilson 75016 Paris), du 13 novembre 2009 au 11 juin 2010

Que devient Séoul, capitale coréenne pluricentenaire, lorsque soumise au jeu de forces de la colonisation japonaise (1910-1945) ; lorsque deux populations (70 % de Coréens) nourries de modernisme nationaliste doivent l’une contre l’autre faire face aux mobilisations impérieuses et hésitantes de l’État colonial ?

Dans la ville, le déni de colonisation - statut juridique indifférencié - se décline en réalités plus critiques violence, racisme, ou plus opaques règles, classements, pour donner naissance à une morphologie originale territoires, paysages, réseaux ; guider les tactiques quotidiennes d’interaction, frontières, évitements, affrontements ; engager des stratégies mobiles : lignages et contre-enquêtes côté coréen ; exhibition cérémonielle et instabilité réglementaire côté japonais.

Thème 2009-2010 : territoires et interfaces.

 

Aires culturelles : Asie orientale, Corée, Japon,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie

Intitulé général : Histoire de la Corée moderne

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : sur rendez-vous.

Site web : http://crc.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : delissen(at)ehess.fr

Compte rendu

On a poursuivi l’examen des formes et des dynamiques territoriales qui ont affecté Séoul pendant les premières décennies de la colonisation japonaise. Au-delà d’une représentation figée du dualisme colonial, plusieurs années de travail sur les recensements avaient établi l’ampleur des turbulences démographiques quand d’autres données – notamment foncières – les avaient complétées pour poser l’enjeu des frontières intra-urbaines en situation coloniale coréano-japonaise.
On a choisi de reprendre la question à partir d’une autre notion cardinale de l’analyse spatiale – la centralité – et de l’examen de sources cartographiques. Contrairement aux attentes, la carte – parce qu’elle est une image ? Parce qu’elle est trop vite dépassée par la mobilité du monde ? – n’a pas fait l’objet d’investissements marqués du gouvernement colonial. On est loin, à Séoul, du Damas exploré dans l’intimité de ses trames dépliées sur la longue durée par Jean-Luc Arnaud. Même pour cette période proche, il faut se contenter d’imparfaits recueils, presque toujours privés, de cartes anciennes, délicates à utiliser et jamais disponibles dans la cohérence d’une série.
Aussi a-t-on pu être déjà satisfait de disposer d’une carte officielle de 1923 (Keijō shigaizu), aussi bien légendée que dense en informations et ayant fourni la matrice de diverses dérivées « pirates ». Pour s’en tenir à la partie intra-muros de Séoul, on se souvient d’un schéma qui distingue deux foyers résidentiels organisés autour d’une rivière centrale faisant office de frontière. À partir des indications morpho-paysagères de cette carte – la centralité dégagée du tissu urbain ordinaire sous forme monumentale – d’une part, à partir d’autre part d’un index qui différencie des fonctions urbaines et désigne une centaine de lieux de commandement, s’esquisse une géographie coloniale plus dynamique et un peu mieux différenciée.
Conformément au schéma attendu dans la veille capitale pénétrée intensément par l’occupant japonais, les fonctions centrales se dédoublent sur chaque rive du Ch’ŏnggye. Ainsi, à la monumentalité horizontale et close des vieux palais coréens, au Nord, répond en miroir au Sud l’essor architectural des organes bien différenciés et ouverts sur la ville du gouvernement colonial japonais. À y regarder de près cependant, le dédoublement des fonctions urbaines ne se résume pas à ce que l’urbanisme colonial inscrit ainsi en termes discursifs d’archaïsme et de modernité. Critiques sur le plan idéologique, les équipements scolaires sont ici autrement révélateurs. Dédoublés eux aussi, ils trahissent la vie quotidienne séparée des deux segments de la population : une ségrégation qui vient contredire les discours de l’harmonie partagée (yūwa) sous un même toit réglementaire. La contradiction gît aussi entre les deux données du document : la carte porte de multiples installations scolaires coréennes au nord de la ville que l’index, nippo-centré, oublie (dénie ?).
Enfin, on a pu saisir une double dynamique frontalière. Comme l’avait déjà montré une carte commerciale de 1925 (Keijō shōgai chizu), la zone de peuplement mixte gisant entre les deux foyers ethniques évoquait la fonction « suture » du petit commerce urbain. La carte officielle de 1923 en a complété l’intuition. À l’ouest de cette limite, près de la gare de Séoul, à la jonction de la ville interne et externe, à égale distance des bastions coréens et japonais apparaît un nœud – pôle majeur – où se ravaude, en actions et fréquentations obligées, un espace social clivé. Aux fonctions de commandement économique (banques, monopoles, transports, communications), il en ajoute d’autres (presse, édition et culture) qui pointent vers une « bourgeoisie », coréenne et japonaise, en voie de formation. C’est elle aussi (peut-être dans sa version administrative) qui paraît être le moteur d’une conquête poussant au Nord un front spectaculaire (université, hôpitaux, nouveau siège de l’État) dans le « vieux » tissu urbain « coréen ». On fait l’hypothèse provisoire qu’à l’abri de ces installations protectrices reliées entre elles par le gros des efforts d’équipement (transports, réseaux, adductions), mobilité sociale et mobilité spatiale se conjuguent. Elles permettent, ailleurs, de laisser s’insérer le flux vigoureux des nouveaux venus des campagnes japonaises ou coréennes. Pour un temps, ces migrants s’insinuent encore dans la ville, avant de se déverser, et l’urbain avec eux, en dehors du Séoul administratif. S’en déduit un thème fondamental, colonial et moderne : l’insertion. De quoi s’agit-il ?

Publications
• « Je suis un tigre. Figurations et horizons géohistoriques du monde coréen », dans Écrire l’histoire, n° 4, automne, 2009, p. 157-166.
• « Mémoires de guerres périphériques. Corée, Vietnam et Algérie au royaume des commémorations » (en coréen), dans Kieok-kwa cheonjaeng [Mémoire et Guerre], sous la dir. de Lee Jae-Won, Seoul, Humanist, 2009, p. 51-73.

Dernière modification de cette fiche : 3 juillet 2009.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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