S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Lundi de 17 h à 19 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 16 novembre 2009 au 8 février 2010
L’exploration des faits religieux par l’image sera poursuivie cette année à partir de pratiques rituelles filmées en Afrique, dans les mondes musulmans et sous d’autres horizons géographiques et religieux. Comme les années passées nous seront attentifs autant au contenu documentaire et aux analyses, qu’aux choix d’écritures visuelles, qu’aux approches filmiques, depuis la pratique d’un terrain et l’expérience du tournage jusqu’au montage, à la mise en écriture définitive.
L’individu concrètement engagé dans la croyance, les groupes constitués, dogmatiques ou marginaux, les contextes sociologiques, culturels et politiques seront approchés avec l’intention de révéler en quoi la pratique cinématographique permet (ou compromet éventuellement) l’approche de la complexité des réalités humaines qu’elles soient culturelles, sociales, politiques ou psychologiques. Au-delà de la connaissance, de la constitution de savoirs sur les pratiques rituelles, une vision sensible de l’intime devrait également émerger donnant ainsi de la chair et du souffle à la posture académique.
Mots-clés : Anthropologie, Arts, Cinéma, Culture, Écriture, Esthétique, Image, Religieux (sciences sociales du), Visuel,
Aires culturelles : Afrique, Arabe (monde), Contemporain (anthropologie du, monde), Maghreb, Musulmans (mondes), Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Images du religieux en Afrique
Renseignements : contacter le secrétariat du CEAf, tél. : 01 53 63 56 60 ou Jean-Claude Penrad, tél. : 01 53 63 56 65.
Direction de travaux d'étudiants : diplôme de l'EHESS et master, sur rendez-vous le mardi.
Réception : Jean-Claude Penrad, sur rendez-vous le mardi.
Site web : http://ceaf.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : penrad(at)ehess.fr
La séance de présentation générale du séminaire a été l’occasion de dresser un rapide panorama des écritures visuelles du religieux ainsi que de leurs traitements documentaires et fictionnels. Après l’évocation rapide des premiers usages « ethnographiques » du cinéma dans le Détroit de Torres à la fin du XIXe siècle, en Papouasie en 1904 et au Brésil en 1916, l’œuvre d’Edward S. Curtis (1868-1952), In the land of war canoës (1914-1972), ainsi que celles de Vittorio de Setta (né à Palerme en 1923) ont été convoquées pour engager notre propos. Cette introduction s’est ensuite prolongée par une présentation de l’évolution des modes d’écriture visuelle relative aux procédures rituelles. Les références, d’un côté, aux travaux d’Ernesto de Martino (1908-1965), à sa collaboration à la réalisation de La Taranta (1962), un film de Gianfranco Mingozi ayant bénéficié d’un commentaire du poète Salvatore Quasimodo et du travail musical de Diego Carpitella, et de l’autre à l’œuvre de Jean Rouch, notamment Le Dama d’Ambara (1974), nous ont permis de documenter et de discuter la variété des choix d’écriture dans des contextes historiques, techniques, culturels et intellectuels eux-mêmes très différents et en constante évolution. De fait, ce qui relie tous les documents évoqués c’est une « mise en spectacle » d’un événement, le rituel, compris dans sa grande diversité. Cette notion induite de performance à plusieurs niveaux, celui des acteurs eux-mêmes, celui des témoins, des spectateurs, localement, et celui du cinéaste qu’il soit chercheur, documentaliste ou réalisateur, a été ensuite traitée à partir de nos propres travaux sur les confréries musulmanes dans l’océan Indien occidental et en Syrie, mais aussi en nous référant à des réalisations de cinéastes arabes et iraniens.
La seconde partie du séminaire a bénéficié de l’intervention de jeunes chercheurs s’impliquant dans un travail visuel sur les terrains qu’ils pratiquent. Damien Mottier (post-doctorant EHESS) dans la suite de son film Prophète(s) (2008), traitant du prosélytisme pentecôtiste, s’est employé à souligner l’espace de dialogue, entre enquêteur et sujets, que constitue un tournage et la multiplicité des choix (cadrages, point de vue, durée de plan, mouvement…) intervenant entre l’événement filmé et le film re-construisant cet événement. À partir du vécu d’un seul individu, d’un prophète autoproclamé, en équilibre entre croyances, aliénation et création, Julien Bonhomme (musée du Quai Branly) nous a démontré comment un objet se construit par l’image. Son film God’s Graffiti (2008) nous permet en effet d’approcher une ritualisation de l’écriture aux multiples facettes, depuis la compilation de cahiers pour soi jusqu’aux graphes destinés aux regards des autres. La position de l’anthropologue sur son terrain et les interactions rituelles qui en découlent ont été au centre du discours de Ksenia Pimenova (EHESS-CEIFR/Académie des Sciences de Moscou-IEA), primée l’année passée à l’atelier d’écriture documentaire de l’EHESS. Elle nous a présenté son expérience de tournage, en Sibérie, chez une chamane de la République autonome de Touva. Pierre Lamarque (Société Française d’Anthropologie Visuelle) a lui regroupé des extraits de son film Le Roi ne meurt jamais (2007) enregistré au pays Konso, au sud de l’Éthiopie, et concernant la longue suite de rituels menant de la mort d’un roi local à l’intronisation de son successeur lors de la sortie de deuil, un an plus tard. Enfin, un autre primé de l’atelier d’écriture documentaire, Roger Canals (Université de Barcelone) s’est entretenu avec nous de l’évolution de son projet filmique débuté alors qu’il était en thèse. Une réflexion sur ses pratiques et ses matériaux l’a conduit d’une perspective uniquement tournée vers l’activité rituelle à une narration centrée sur les figurations de Maria Lionza, une divinité vénézuélienne, que dans son film Visages d’une déesse vénézuélienne (2007), nous retrouvons à nombre de niveaux de la vie religieuse, culturelle et politique.
Deux séances ont été réservées pour la présentation critique des travaux d’étudiants, trois d’entre eux sont intervenus dans ce cadre. David Knaute a traité des questions soulevées par la mise en scène d’un sacrifice présenté dans Land of thorns, un film dédié aux transformations du mode de vie pastoral dans le Karamoja, en Ouganda, et pour lequel il été conseiller scientifique. Thierry Devic a présenté ses premiers tournages, non montés, concernant la « psychedelic transe » de Goa, en Inde et Yasmine Kassari, à partir de ses réalisations cinématographiques L’enfant endormi (2004) et Quand les hommes pleurent (2001), nous a entraîné aux frontières de démarches communes aux anthropologues et à certains cinéastes, celles relevant de la pratique du terrain.
Par ailleurs, nous avons également assuré un enseignement d’initiation à l’anthropologie visuelle à l’Université de La Réunion ainsi qu’un autre sur les sociétés musulmanes et plurielles de l’océan Indien occidental, l’ensemble à destination des étudiants de master 2.
Dernière modification de cette fiche : 7 juillet 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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