2009-2010

Espaces, pouvoirs et ressources

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e mardis du mois de 15 h à 17 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2009 au 25 mai 2010. La séance du 24 novembre 2009 se tiendra en salle 3, 105 bd Raspail 75006 Paris

Par-delà les grands récits explicatifs (la « mondialisation », la « transition »...), nous partirons d'un certain nombre de constats de terrain ou d'exemples historiques qui nous amèneront à examiner à nouveaux frais les thématiques classiques du global et du local, de l'articulation des espaces et des pouvoirs, et de l'appropriation des ressources. Les logiques de l'ethnicité qui sous-tendent la forme État-nation sont-elles susceptibles d'être mises en oeuvre par les organisations internationales aussi bien que par les acteurs locaux ? Dans quelle mesure les réalités locales participent-elles d'un système englobant et dans quelle mesure constituent-elles en elles-mêmes un système autonome ? Comment une logique dominante est-elle localement appropriée, détournée ou inversée ?

La comparaison se fondera notamment sur des exemples situés en ex-Union soviétique et en Europe du Sud-Est.

Mardi 9 février 2010 : Juhane Dascon (Université Toulouse II) présentera son film Les acteurs-paysans du tourisme au Kilimandjaro
Consacré à l’impact du tourisme au Kilimandjaro, le film s’interroge plus particulièrement sur l’effondrement de la ressource caféière et le développement massif du tourisme de trekking. Il analyse l’impact du mythe du « toit de l’Afrique » sur les rapports sociaux dans la société Chagga et donne à voir les rapports singuliers qui se nouent entre les trekkeurs occidentaux et la population locale.

Juhane Dascon est géographe et réalisateur. Ce film est le résultat d’une thèse de géographie soutenue à l’université Toulouse le Mirail en 2009

Mots-clés : Anthropologie,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Anthropologie des espaces politiques

Renseignements : Annie Télias, tél. : 01 53 63 51 57.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : Annie Télias, tél. : 01 53 63 51 57.

Niveau requis : master.

Site web : http://www.iiac.cnrs.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : iiac(at)ehess.fr

Compte rendu

Nous avons prolongé la réflexion menée depuis trois ans sur la diversité des rapports entre espaces, pouvoirs et ressources dans les sociétés contemporaines. Les deux premières séances ont été consacrées à une mise en perspective théorique de notre approche anthropologique et la présentation des différents terrains que nous utilisons pour construire nos données empiriques. En reprenant la notion d’enchâssement de Polanyi, nous nous interrogeons sur différents types de sociétés qui se caractérisent par une organisation spécifique des activités économiques à l’intérieur d’un territoire déterminé. Ces activités (agriculture, élevage, exploitation minière, forestière, commerce) produisent des ressources qui sont aussi bien matérielles qu’immatérielles. Par ailleurs, elles ne se limitent pas à une production au niveau local. De nombreuses sociétés présentent des situations de captation (comme le travail en situation migratoire, l’aide au développement, l’importation commerciale). Ces différentes formes économiques génèrent un rapport spécifique à l’espace aussi bien localement (droit et type de propriété) que nationalement (rôle de l’État, de la bureaucratie, gestion des frontières).
Après une revue de textes classiques, nous avons présenté différents terrains qui nourrissent notre réflexion, en étant plus particulièrement attentifs aux sociétés où les logiques de captation occupent une place dominante dans l’organisation économique. Tel est notamment le cas du Kirghizstan et d’une région de Sibérie du Sud. Boris Pétric a plus particulièrement présenté la situation du Kirghizstan post-soviétique, où les activités traditionnelles se sont effondrées (agriculture, élevage) pour laisser la place à des formes de captation variées (produits chinois, aide internationale, travail en Russie). Cette situation permet notamment de réinterroger la question de l’État et d’alimenter un débat concernant la diversité des formes politiques actuelles, le rôle des ONG et des organisations internationales. Jean-Francois Gossiaux est revenu sur différents terrains dans les Balkans et en Sibérie nourrissant la réflexion sur l’organisation du pouvoir dans les espaces post-socialistes.
Plusieurs intervenants extérieurs ont évoqué des situations qui se prêtent à la comparaison. Le géographe Juhanne Dascon est venu présenter son film documentaire consacré aux conséquences économiques et sociales du développement du trekking au Kilimandjaro. Ce film montre comment le tourisme international entre dans cette logique de captation d’une ressource extérieure, avec des incidences importantes sur les rapports de pouvoir dans la société kenyane. Notre collègue bulgare Ivaïlo Ditchev a exposé ses récents travaux concernant les nouvelles formes de mobilisation collective en Bulgarie (Twitter, Facebook, Internet etc.). La séance a permis d’établir des liens avec les formes de mobilisation qui se développent à l’Est, en particulier ce qui a été désigné sous le nom de « Révolutions de couleur ».
Les deux dernières séances du séminaire ont été consacrées à une réflexion générale sur la triangulation entre formes de rapports aux ressources (prédation, appropriation, captation etc.), formes de rapports à l’espace (propriété, droits d’usage, etc.) et formes de pouvoir. On s’est particulièrement attaché au développement actuel d’une forme d’espace politique très marquée par les logiques de captation. Ce type d’espace politique tend à se développer partout dans le monde où organisations internationales, puissances étrangères ou pouvoirs économiques transnationaux occupent une place de plus en plus importante, ce qui amène à poser à nouveaux frais les questions de légitimité et de souveraineté.

Publications
Europa mon amour. 1989-2009 : un rêve blessé, sous la dir. de Boris Pétric et Jean-François Gossiaux, Paris, Éditions Autrement (coll. Frontières), 2009.
• « Valaques et/ou Aroumains en Bulgarie : ethnonyme et politique », dans Nommer et classer dans les Balkans, sous la dir. de Gilles de Rapper et Pierre Sintès, Athènes, École française d’Athènes, 2008, p. 63-71.
• « “Il n’y a pas de pauvres chez nous”. De la supériorité des nomades sur les sédentaires », L’Homme, n° 189, 2009, p. 115-138.
• « Point de vue de l’acteur et regard myope. Anthropologie apocryphe de la déroute française en Corée (1866) », Socioanthropologie, nos 23-24, 2009, p. 189-210.
• « Le pasteur nomade. Actualité d’une figure traditionnelle des Balkans », dans Cultures populaires et terrains balkaniques. Mélanges offerts à Jean Cuisenier à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, sous la dir. de Mila Santova, Sofia, Éditions académiques Professeur Marin Drinov, 2009, p. 115-119.
• Préface à Thomas Pierre, Controverses institutionnelles en Pays Basque français. Usages politiques et déconstructions des préjugés socioculturels, L’Harmattan, collection Anthropologie du monde occidental, 2010, p. 11-15.

Dernière modification de cette fiche : 8 février 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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