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Mardi de 10 h à 13 h (salle A, 2e étage, EHESS, Centre de la Vieille-Charité, 2 rue de la Charité 13002 Marseille), les 2, 9 et 16 mars, 20 avril, 4, 11 et 18 mai, 1er juin 2010
Les explorations anthropologiques de l’État, en Afrique comme ailleurs, ont privilégié l’étude des modes d’enchâssement de l’idée de l’État dans les sociétés locales, ainsi que des attentes et des représentations dont il est l’objet. En revanche, les sciences sociales africanistes ont délaissé l’ethnographie de son fonctionnement quotidien, se limitant à produire des explications culturalistes des comportements déviants et dysfonctionnels des bureaucraties africaines. De ce fait, on connaît mal les cultures et les pratiques professionnelles des fonctionnaires, leurs modes de délivrance de biens et de services collectifs et publics, leurs représentations et réactions face à l’avancée des nouvelles politiques « participatives » et de décentralisation. Ce séminaire de recherche entend rendre compte des transformations récentes de « l’État local » en Afrique, lieu de rencontre entre agents de l’État et usagers de l’administration et lieu de production négociée des politiques publiques. Il s’appuie sur des enquêtes comparatives, récentes ou en cours, axées sur les relations entre agents de l’État et usagers, les mécanismes de la « petite corruption », les réformes de l’administration locale, ainsi que l’ethnographie du fonctionnement quotidien d’une administration spécifique, en l’occurrence les services des Eaux et Forêts au Niger et au Sénégal.
18 mai 2010 : Thomas Cantens (Unité Recherche et Stratégies de l'Organisation Mondiale des Douanes - Bruxelles), Que « valent » l'argent et le chef dans les douanes ? Réflexions à partir d'une expérience au Cameroun.
Mots-clés : Anthropologie, Développement, Politique,
Aires culturelles : Afrique,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie politique de l’État local en Afrique subsaharienne
Renseignements : Pour des renseignements sur le séminaire, contacter Laure Ginod, tél. : 04 91 14 07 29 ou Giorgio Blundo, tél. : 06 23 01 44 60.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Site web : http://shadyc.ehess.fr/document.php?id=53
Adresse(s) électronique(s) de contact : giorgio.blundo(at)univmed.fr
Ce séminaire, étroitement lié à mes enquêtes de terrain sur l’État et la délivrance des services publics en Afrique, s’est donné pour objectif de fournir aux étudiants les éléments théoriques et méthodologiques pour l’étude du fonctionnement quotidien d’une administration publique. La nécessité d’une enquête « au cœur de l’État » est née de la conviction, mûrie pendant mes terrains sur la corruption au quotidien, que l’anthropologie politique ne peut se limiter à rendre compte de formes de diffusion de l’« idée » de l’État dans le tissu social, ou à en explorer les marges ou les interstices. Elle se doit aussi de restituer le fonctionnement quotidien des appareils étatiques. Observer l’État africain « par le bas » revient à cerner les fonctionnaires dans leur univers spécifique, dans leur propre environnement. Au lieu de considérer l’État comme une source unifiée d’intentions, politiques et plans cohérents en mesure de rendre « lisible » un monde social fluctuant et complexe, ce séminaire entend rendre « lisible » l’État lui-même, en l’observant par les pratiques concrètes des fonctionnaires et en se demandant si ces derniers « voient » et agissent de la même façon que l’État.
Après une revue critique des principales approches à l’étude de l’État, le séminaire a abordé différentes thématiques, en adoptant une démarche interdisciplinaire croisant anthropologie et sociologie politique, sociologie des organisations, histoire de l’État et des administrations publiques. En prenant comme objet d’analyse un service administratif peu étudié en dépit de l’ancienneté de son implantation en Afrique de l’Ouest, les services forestiers, j’ai en premier lieu discuté de la spécificité d’une étude anthropologique en milieu administratif, qui demande une enquête multi-située et de longues négociations avec les interlocuteurs locaux. Ensuite, l’analyse des dynamiques de recrutement et d’avancement, celle des relations avec les usagers de l’administration et de la corruption érigée en mode de gouvernance du service ont permis de revisiter des notions classiques des sciences sociales, comme le clientélisme – dont on a montré qu’il n’est pas incompatible avec des processus de gestion de type légal-rationnel –, la redevabilité, la privatisation et le pluralisme normatif. L’étude de la gouvernance « concrète » de cette administration et des pratiques professionnelles de ses agents révèle que ces derniers sont soumis à des injonctions contradictoires, dictées par un contexte de pluralisme normatif, mêlant normes sociales, normes pragmatiques apprises sur le tas et normes officielles, véhiculées de plus en plus par les politiques mondiales de « bonne gouvernance ».
Invité par le Center for African Studies, Université de Floride, j’ai exposé ce programme de recherche lors d’une conférence intitulée « Seeing like a State Agent : Bureaucratic cultures and local reforms in West Africa », donnée à Gainesville le 13 avril 2010. Les enquêtes sur les services forestiers se sont poursuivies en septembre 2010 au Niger, dans le cadre d’un programme comparatif intitulé « Power and Politics in Africa » (2007-2012), conduit par un consortium de recherche dirigé par l’Overseas Development Institute (ODI) de Londres et réunissant le Centre Norbert Elias, l’Université de Floride, la SOAS (Londres), le LASDEL (Niamey), ainsi que des centres de recherche basés au Ghana et en Afrique du Sud.
J’ai également animé pour la deuxième année consécutive, avec Boris Pétric (CNRS-LAIOS), un séminaire groupé en M2 intitulé Dispositifs transnationaux d’appui à la bonne gouvernance : nouveau lieu du politique ? Émanation directe d’un programme de recherche financé par l’ANR (2006-2009), le séminaire a présenté des études de cas sur les dynamiques et les acteurs transnationaux de la démocratisation et de la « bonne gouvernance » en Afrique, en Amérique Latine, en Asie et en Europe : le rôle des think thanks en tant que nouvel acteur politique (Dostena Anguelova-Lavergne, EHESS/CNRS), la question de la « société civile » dans la transition développementiste au Sikkim (Inde) (Julien Garcia, Université de Nice), l’action des fondations politiques allemandes aux Philippines (Marc-Antoine Pérouse de Montclos, IEDES, IRD), les acteurs de la « transition » cubaine (Dejan Dimitrijevic, Université de Nice), une coalition d’ONG locales au Kirghizstan (Boris Pétric, IIAC-CNRS), la circulation des nouvelles élites de la « bonne gouvernance » en Serbie (Theodora Vetta, EHESS), les conditionnalités du Conseil de l’Europe en Azerbaijan (Raphaelle Mathey, EHESS), les enjeux du global-politique dans la gouvernance transnationale (Marc Abélès (IIAC-CNRS, EHESS), l’appropriation locale de la lutte internationale contre la corruption au Sénégal (Giorgio Blundo).
J’ai exposé les résultats de ce deuxième terrain sur les mouvements civiques de lutte contre la corruption au congrès annuel de l’American Anthropological Association (AAA), à Philadelphie, le 2 décembre 2009. Invité par le département d’anthropologie de l’Université de Yale, j’ai donné une conférence intitulée « From local corruption to global anti-corruption : an anthropological journey on politics and power in West Africa », le 30 novembre 2009, résumant mon parcours de recherche sur l’anthropologie de la corruption.
Publication
• « Des ordures et des hommes : la gouvernance de l’assainissement à Dogondoutchi », dans Les pouvoirs locaux au Niger. Tome I : À la veille de la décentralisation, sous la dir. de Jean-Pierre Olivier de Sardan. et Mahaman Tidjani Alou, Paris, Codesria-Karthala, 2009, p. 113-150.
Dernière modification de cette fiche : 12 mai 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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