2009-2010

Pratiques cinématographiques. Figures de l’islam et de ses mondes

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 15 h à 17 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 18 février 2010 au 27 mai 2010

L’image animée, d’emblée, travaille l’illusion du réel, de la vérité supposée de l’image capturée par l’outil technologique. Le film, quelle que soit la catégorie affichée, entre fiction et documentaire, synthétise des temps et des conceptions multiples. Il exprime des positionnements intellectuels, idéologiques ou relevant du croire. Il émerge d’un seul ou de plusieurs regards révélés par le cadrage, le mouvement, l’éloignement, la proximité. Il permet des lectures possibles, initialement orientées par la forme et l’esprit des propos, lectures voulues ou souhaitées par le(s) auteur(s), sans pourtant échapper à la subversion des regards spectateurs, ceux des publics, des acteurs sociaux et politiques, ceux des chercheurs….

L’équipe du séminaire propose de croiser différentes expériences disciplinaires (anthropologie, esthétique, histoire, science politique) et de présenter des thématiques variées concernées par un travail sur ou avec l’image filmée dans des contextes régionaux et historiques inscrits dans les mondes musulmans. L’entrelacs des disciplines, la confrontation des points de vue, les positionnements face au cinématographe, tour à tour archive, objet d’analyse, outil, carnet de notes ou écriture revendiquée, placent notre initiative dans un processus dynamique. Le questionnement, l’élaboration d’un savoir, l’émission d’hypothèses bénéficient des déplacements de focales disciplinaires, du mouvement sous-tendu par les pratiques de terrain. Cadrages, montages, lumière, paroles, sons (intrinsèques ou mêlés), narration, jeux des temps et de la durée nous intéresseront tout autant que les conditions et les contextes de production cinématographique, en amont (« industrie », institutions culturelles et étatiques), et que les défis d’installer une écriture visuelle dans les discours académiques, en aval.

Nous avons choisi Figures de l’islam et de ses mondes comme thématique de réflexion pour l’année 2009-2010. L’objectif est de développer une analyse comparative des images forgées par les sciences sociales et de celles produites par les médias, le cinéma et toutes les autres formes d’écriture visuelle, afin de faire émerger des constructions relatives aux figures de la religion, de son histoire, des pratiques du croire et des sociétés concernées. Ceci permettra d’interroger aussi bien les présupposés pratiques et théoriques des sciences sociales (modes d’enquête, de production et d’écriture) que ceux des autres praticiens de l’image. Ces « figures de l’islam et de ses mondes », parce qu’elles constituent un des enjeux de la fabrique des images du monde contemporain, s’imposent comme un objet privilégié de notre approche critique.

Jeudi 25 février : Cette séance sera animée par Annie Vernay-Nouri (BNF) et Bruno Ulmer (cinéaste) et aura pour sujet "La représentation du Prophète Muhammad en islam"
La communication sera suivie par la projection du film "Mohamed, carte postale numéro 106" de Bruno Ulmer

Jeudi 4 mars : "Le Coran : aux origines du Livre", projection du film et débat avec le réalisateur Bruno Ulmer (cinéaste)

Jeudi 1er avril : Chahryar Adle (CNRS), "Naissance précoce de la photographie et du cinéma en Iran"

Jeudi 8 avril : Débat avec le réalisateur Mehran Tamadon au sujet de son film "Au coeur du régime iranien, Bassidji". (Le film sera présenté le mercredi 7 avril de 19h à 21h, amphithéâtre du 105 bd Raspail, dans le cadre des "Projections mensuelles Sciences sociales et cinéma, cycle à la rencontre de l'autre")

Jeudi 15 avril : Cloé Drieu (CERCEC/CETOBAC), "L'acculturation par le film : la propagande anti-religieuse en Ouzbékistan (1924-1937)"

Jeudi 6 mai : Agnès Devictor (Université d'Avignon), "Icônes télévisuelles – séries-télé et figures religieuses en Iran"

Jeudi 20 mai : Yves Gonzalez-Quijano (Université Lyon 2), "Les vidéo clips, un art de l'islam moyen"

Jeudi 27 mai : Laure Fourest (CESTA-EHESS), "Représentation cinématographique et représentation politique en Palestine : cinéma, mémoire et identités"

 

Aires culturelles : Musulmans (mondes),

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Renseignements : sur rendez-vous.

Site web : http://iismm.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : penrad(at)ehess.fr, smervin(at)ehess.fr

Compte rendu

Conçu comme terrain d’échanges et de confrontations destiné à croiser différentes expériences disciplinaires, le séminaire a permis d’aborder le monde des images à l’échelle des temps de l’islam et dans la variété de ses formulations graphiques pour aboutir aux écritures cinématographiques. Afin d’éclaircir le statut de l’image en islam, Silvia Naef (Université de Genève) a tracé un panorama historique reflétant la complexité de la question de l’image à travers les siècles, selon les branches de l’islam et en relation avec des substrats culturels régionaux. Annie Vernay-Nouri (BnF) a prolongé ce panorama en se focalisant sur les représentations du Prophète Muhammad peintes dans les manuscrits, notamment celui du Miraj-Nâmeh, composé à Hérat en 1436. Par ailleurs, sa collaboration avec Bruno Ulmer (cinéaste) nous a permis de suivre le destin d’une image contemporaine, assez largement diffusée, en Iran notamment, censée représenter le Prophète. Le résultat de cette coopération a pris forme dans le film « Mohamed, carte postale 106 », réalisé par Bruno Ulmer. Celui-ci, dans un deuxième temps, autour d’un autre de ses films « Le Coran : aux origines du Livre », a débattu avec nous de la mise en images d’un récit considérant le Coran dans l’histoire, le défi étant de croiser deux types de savoirs, de concilier croyance et approches scientifiques, dans un dialogue respectueux et ouvert. Au-delà du traitement intellectuel du sujet, la question de l’image est posée aussi par le recours a des animations graphiques que l’on retrouve également dans d’autres productions didactiques comme la série « Mahomet » réalisée pour la chaine Arte.
La question de la mise en images cinématographique ne peut pas être abordée en rupture avec un monde des images inscrit dans la longue durée, en Orient comme en Occident. C’est en partant de ce constat que Jean-Claude Penrad (EHESS) a proposé une « archéologie » des représentations du Prophète Muhammad depuis le Moyen Âge. Le cinéma, héritier de ces représentations, ne fait souvent que les prolonger en y introduisant le mouvement, une illusion plus forte de la réalité. La transposition de l’œuvre de Dante, L’inferno (1911) réalisée par Francesco Bertolini, Adolfo Padovan et Giuseppe De Liguoro en est une superbe démonstration, à l’époque du cinéma muet. Dans un deuxième temps plusieurs œuvres cinématographiques ont été citées pour illustrer la variété des questions et des positionnements intellectuels, politiques et religieux soulevés par la mise en image. Documents iconographiques et cinématographiques à l’appui, Chahryar Adle (CNRS) a lui aussi mis en relation les traditions picturales anciennes, notamment l’intérêt manifesté dans l’Iran safavide pour le « portrait ressemblant », et l’adoption précoce des techniques photographiques et cinématographiques en Iran, sans pour autant éviter les débats religieux. Dans un contexte radicalement différent, celui des débuts de l’ère soviétique, dans les années 1920 et 1930, Cloé Drieu (CETOBAC et CERCEC-EHESS) a montré comment, en Asie centrale et plus particulièrement en Ouzbekistan, le cinéma naissant était mis à contribution dans le projet de construction d’un « homme nouveau », la propagande antireligieuse y occupant une place importante. Les films mentionnés dans sa démonstration, tels La fiancée de l’ishan (1931) d’Oleg Frelikh, Ramazan (1932) de Nabi Ganiev ou Le Dieu vivant (1935) de D. Vasil’ev, malgré une intention antireligieuse clairement affichée, laissent parfois percer des survivances à relier à un réformisme musulman anticlérical qui un temps s’était accommodé du projet révolutionnaire bolchévique. Il est aussi intéressant de remarquer l’usage qui est fait de documents relatifs à des manifestations confrériques ou aux cérémonies de Achoura (Bismillah de Sherizadeh, 1925).
Ces dernières pratiques vont être au cœur des contributions de Sabrina Mervin (CNRS-IISMM) et Michel Tabet (doctorant EHESS). Après une présentation des différentes pratiques rituelles observées dans les mondes chiites lors de ces célébrations, Sabrina Mervin est revenue sur son film « Le cortège des captives » (2006) qui montre une performance théâtrale montée par des villageois au sud-Liban. Elle explique comment elle a traité des questions qui se posent au chercheur telles que la restitution de l’émotion, le travail sur un texte sacré et la représentation de soi dans les interviews filmées. Michel Tabet avec son film Les larmes de Hussein (2006), tourné à Nabatiyeh, a souhaité nous introduire à des choix d’écriture visuelle visant à rendre compte des cérémonies de Achoura avec le minimum d’intervention du réalisateur, la seule contextualisation étant donnée par les interviews de certains protagonistes.
Agnès Devictor (Université d’Avignon) est intervenue à deux niveaux d’articulation du séminaire, l’un concerne la représentation de l’Imam ‘Alî dans une série télévisuelle iranienne, l’autre la figuration des combattants de l’islam dans la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988). Dans le premier cas, sont à nouveau soulevées les questions relatives à la figuration de personnages saints et les débats religieux qui s’ensuivent dans la société iranienne (visions chiites et sunnites) et au-delà, notamment à travers l’évocation des personnages négatifs. Yves Gonzalès-Quijano (Université de Lyon-II/Louis-Lumière), quant à lui, a également abordé ces nouvelles productions télévisuelles, maintenant largement diffusées sur Internet. Il s’est intéressé aux vidéo-clip islamiques où se pose aussi la question de la figuration et où se combinent à la fois des éléments formels constitutifs d’une nouvelle culture « populaire » mondialisée (grammaire du clip) et des motifs d’une culture religieuse à relier à d’autres expressions plus anciennes (éloges du Prophète, dhikr, anâshîd). Pour ce qui concerne les films de guerre, à travers la mise en scène des combattants de l’islam, nous assistons à l’élaboration d’un cinéma iranien où sont institués des codes et des tabous, reliant les figurations des personnages aux fondements éthiques du martyre de l’Imam Hussein, c’est ce qu’Agnès Devictor s’est employée à clarifier. La participation de Mehran Tamadon (cinéaste) a enrichi et prolongé ce thème de la représentation « positive » ou « négative » des personnages, notamment ceux considérés comme combattants ou défenseurs d’une conception politique de l’islam. L’articulation de sa participation au séminaire avec une séance du cycle mensuel « cinéma et sciences sociales » de l’EHESS a permis la projection intégrale de son film Au cœur du régime iranien. Bassidji (2009). Enfin, le séminaire s’est achevé sur une ouverture vers le cinéma palestinien actuel assurée par Laure Fourest (CESTA-EHESS).

Dernière modification de cette fiche : 30 avril 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

Haut de page

EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25