2009-2010

Questions autochtones contemporaines

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 11 h à 13 h (salle 10, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 18 février 2010 au 27 mai 2010. La séance du 25 février se déroulera en salle 11

Les mouvements au nom de l’autochtonie ont acquis depuis les années 1970 une visibilité croissante. Engagés dans des luttes de décolonisation, nationalistes et souverainistes, les peuples autochtones portent leurs revendications à l’autodétermination et à la reconnaissance de droits spécifiques sur les scènes nationales et internationale. Au niveau international, ces luttes se font à travers la formation de réseaux autochtones et l’affirmation de leurs droits et de l’importance de la culture des Premiers Peuples face au reste du monde. Les travaux de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur la définition des droits des peuples autochtones sont révélateurs de l’importance globale des enjeux de la catégorie « peuples autochtones », tant aux plans politique que juridique et constituent à cet égard un aspect majeur des phénomènes de mondialisation. Au niveau national, les populations autochtones engagent des relations avec les États et les populations majoritaires, dans le cadre de configurations spécifiques héritées de la période coloniale et de contextes de minorisation situées historiquement et géographiquement.

Cette année, trois thématiques seront abordées plus spécifiquement :

  • Littératures autochtones : création littéraire et identité
  • Les intellectuels indigènes, ou négocier les frontières entre autochtonie et identité nationale
  • Colonisation et citoyenneté : limites et possibles

Il s’agit d’un séminaire ouvert aux chercheurs comme aux étudiants, dans lequel seront discutés des textes de référence et invités des chercheurs français et étrangers qui exposeront leurs travaux. Les participants seront aussi invités à présenter leurs recherches en cours.

Jeudi 25 février 2010 : Maite Boullossa (Université d'Amiens), Les passeurs culturels : des élites locales pour une identité indienne ré-élaborée ? Étude de cas de deux villages du nord-Ouest argentin

Jeudi 4 mars 2010 : Martine Dauzier (U. Paris-Est Créteil et CREDAL), spécialiste du mouvement autochtone au Mexique et des écrivains indiens mexicains, "Intellectuels et écrivains autochtones en Amérique latine - 1970-2000".
Ce séminaire, animé conjointement par Jonathan Friedman (Iris), Natacha Gagné (U.Ottawa et Iris), Paula Lopez (CNRS-Ceri) et Marie Salaün (Iris)

Jeudi 11 mars 2010 : Interventions croisées de Fabien Lebonniec (EHESS - Iris), « L’émergence des "cosmovisionnistes" au sein du mouvement mapuche contemporain dans le sud du Chili : entre connaissance et pouvoir » et Paula López Caballero (Sciences-Po - Ceri), « Altérités intimes, altérités éloignées. La greffe du multiculturalisme au Mexique à partir de trois générations d’intellectuels Nahuas »
À partir des cas contrastés du Chili et du Mexique, où la place des populations autochtones au sein de la Nation a eu un rôle très différent dans chacun de ces pays, ces deux présentations aborderont la constitution d’élites culturelles parmi les deux groupes autochtones majoritaires : les Mapuche au Chili et les Nahuas au Mexique. Ces présentations s’interrogeront donc sur ces figures – de plus en plus visibles au sein des communautés indiennes – qui ont l’autorité pour parler de la propre « culture », à ce qu’ils valorisent, leurs sources d’inspiration et comment cela leur permet de se positionner ou pas dans la scène nationale. Plutôt que rentrer dans des débats 'inventionnistes', l’examen de leurs pratiques et discours ouvre la porte à des questionnements autour de l’imbrication entre sphères culturelle et politique, ainsi que sur la production d’une identité autochtone et de l’identité de la Nation, dans le contexte actuel où celle-ci se définit, constitutionnellement, comme pluriculturelle.

Jeudi 18 mars 2010 : Estelle Castro (Royal Holloway, University of London), "Poétique et politique de l’engagement et de la reconnaissance dans la littérature aborigène contemporaine". Proposant un panorama de la littérature aborigène australienne (depuis son émergence dans les années 1960), ce séminaire soulignera les interactions entre l’histoire et l’espace littéraires aborigènes et la scène politique australienne et internationale. Il s’intéressera aux dialectiques identitaires et aux techniques de réécriture qui façonnent et s’articulent dans la littérature aborigène, dans laquelle s’entrelacent traditions orales et traditions de l’écrit, histoires ancestrales et histoires de la colonisation et de la mondialisation. L’analyse d’œuvres et de performances où s’expriment une mise à distance de différentes formes de violence et l’espoir qu’un terrain symbolique et culturel puisse être regagné sur le continent australien, permettra de mettre en lumière les enjeux poétiques, sociopolitiques et axiologiques qui traversent cette littérature. Estelle Castro poursuit ses recherches sur la littérature aborigène et les performances aborigènes et autochtones dans les festivals dans le cadre d’un projet international et pluridisciplinaire sur l’autochtonie dans le monde contemporain (http://indigeneity.net/). Elle est titulaire d’une thèse de doctorat (Sorbonne Nouvelle-Paris-III/University of Queensland, 2007) sur la littérature aborigène des XXe et XXIe siècles, et a enseigné la civilisation australienne et l’histoire politique et économique de l’Australie à l’Université Paris-XII.

Jeudi 25 mars 2010 : Maurizio Gatti (Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises) : "Qu'apprend-on sur l’'identité des Amérindiens du Québec à travers leur littérature ?"
Après une introduction générale à la littérature amérindienne du Québec, nous aborderons quelques unes des questions identitaires qui touchent les écrivains amérindiens contemporains. Certains éléments récurrents semblent en effet les définir : écrire en langue amérindienne, habiter la réserve, être un écrivain engagé et écrire principalement sur les Amérindiens. Nous verrons comment les écrivains sont portés à gérer ses constantes et comment, aujourd’hui, ils s’en éloignent aussi.
Maurizio Gatti est Chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) de l’Université Laval à Québec. Après un doctorat et un postdoctorat sur la littérature amérindienne, il a publié un essai, "Être écrivain amérindien au Québec : indianité et création littéraire" (2006) et deux anthologies, "Mots de neige, de sable et d’océan : littératures autochtones (Québec, Maroc, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Algérie)" (2008) et "Littérature amérindienne du Québec : écrits de langue française" (2009).

Jeudi 8 avril 2010 : Eric Wittersheim, Les transformations du leadership autochtone dans le Pacifique : des luttes d'indépendance à la scène postcoloniale.

Eric Wittersheim est anthropologue et cinéaste. Il s’intéresse aux processus d’étatisation et à l'engagement démocratique dans les sociétés postcoloniales, celles du Pacifique Sud et de Mélanésie en particulier. Il interroge notamment la manière dont les populations anciennement colonisées évoluent aujourd'hui au sein des institutions étatiques, comment elles construisent et pratiquent la nation et l’État. Ses recherches actuelles s’inscrivent dans un contexte différent de celui qui a dominé l’ère des indépendances océaniennes, comme le montrent les imaginaires et les pratiques politiques du Vanuatu et de la Nouvelle-Calédonie : tensions entre leaders coutumiers et élus mélanésiens, développement du provincialisme et de discours ethniques, construction juridique de l’Etat postcolonial et de la citoyenneté, émergence de classes, effervescence de nouvelles Eglises. Il s'agit donc moins ici de décrire des structures sociales bien établies que des processus sociaux mouvants. Il faut, à propos du Pacifique, penser la question de l’Etat postcolonial à partir de ses configurations locales particulières.
En 2009, il a publié Luttes autochtones, trajectoires postcoloniales (Amériques, Pacifique), co-édition Bastien Bosa, Editions Karthala, « terrains du siècle », Paris.
Eric Wittersheim, "Le sens du vote", chapitre 5, Après l'indépendance, Le Vanuatu, une démocratie dans le Pacifique, éditions Aux lieux d'être, 2006.
Eric Wittersheim, "Les Chemins de l’authenticité. Les anthropologues face à la renaissance mélanésienne", L’Homme, 1999, 151 : 181-206.

Jeudi 6 mai 2010 : Laurent Jérôme (Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones - Université Laval Québec), "Être enfant et autochtone au Québec : entre assimilation et affirmation".
Cibles privilégiées des politiques officielles d'assimilation qui ont visé les groupes autochtones du Canada, les enfants doivent aujourd’hui être considérés comme des  acteurs majeurs des transformations de leur société. Tout en revenant sur ces politiques historiques qui ont placé l’enfant au cœur du projet d’assimilation, j’insisterai dans cette présentation sur les espaces politiques, sociaux, culturels et économiques investis aujourd’hui par différents groupes autochtones pour replacer l’enfant au centre de leur projet de société.
Laurent Jérôme collabore depuis plusieurs années avec les Atikamekw de la Haute-Mauricie pour lesquels il a réalisé divers mandats de consultation. Il s’intéresse particulièrement aux jeunes autochtones, aux innovations musicales et aux transformations des systèmes religieux amérindiens au Canada. Parmi ses publications, il a récemment codirigé (avec Natacha Gagné) un ouvrage collectif Expériences de jeunesses autochtones. Affirmation, innovation et résistance dans les mondes contemporains (Presses de l'Université Laval et Presses universitaires de Rennes, 2009). Il a également publié sur les thèmes de l’enfance dans les rituels amérindiens (Recherches amérindiennes au Québec), de l’humour dans les processus de guérison (Anthropologica) ou du terrain anthropologique dans un contexte de décolonisation de la recherche (Anthropologie et sociétés).

La présentation sera précédée d’un commentaire introductif sur la thématique des séances des 6 et 13 mai, « Jeunesses autochtones », par Natacha Gagné (U. Ottawa).

 

Renseignements : Émilie Jacquemot, IRIS, bureau 10, 105 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 53 63 51 44, emilie.jacquemot(at)ehess.fr.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous auprès de l'enseignante.

Site web : http://iris.ehess.fr/

Adresse(s) électronique(s) de contact : salaun(at)ehess.fr

Compte rendu

Cette troisième année du séminaire a vu l’organisation de 12 séances, du 18 février au 27 mai 2010. En moyenne, le séminaire a regroupé une quinzaine de participants.
Il a débuté par une présentation, par Marie Salaün et Paula López Caballero, de l’historique de l’émergence de la catégorie des « peuples autochtones » en droit international : comment le « nous » autochtone, interprété historiquement et pensé dans son rapport avec la population dominante, a-t-il été le catalyseur de revendications qui ont progressivement gagné en légitimité aux yeux de la communauté internationale ?
Trois thématiques ont été développées :
1) Littératures autochtones : création littéraire et identité.
Sous la responsabilité de Marie Salaün, le séminaire a reçu Maïté Boullosa (Université d’Amiens) qui analyse l’importance des passeurs culturels dans un processus d’ethnicisation des conflits agraires, sociaux et politiques en Argentine. Ensuite, Estelle Castro (Royal Holloway, Université de Londres) a proposé un panorama de la littérature aborigène australienne depuis son émergence dans les années 1960. Le troisième invité du thème était Maurizio Gatti (Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises), autour d’une question : qu’apprend-on sur l’identité des Amérindiens du Québec à travers leur littérature ?
2) Les intellectuels indigènes ou négocier les frontières entre autochtonie et identité nationale.
Sous la responsabilité de Paula López Caballero, nous avons écouté Martine Dauzier (Université Paris-XII/Créteil Val-de-Marne) qui s’est intéressée aux instituteurs en milieu rural (maestros rurales) au Chiapas. Elle analyse la formation d’une élite intellectuelle indienne, souvent fortement liée à l’État mais parfois aussi contestataire. Fabien Lebonniec (IRIS–EHESS) et Paula López Caballero (CERI-Sciences Po) ont présenté deux cas contrastés en matière de constitution d’élites culturelles parmi deux groupes autochtones majoritaires : les Mapuche au Chili et les Nahuas au Mexique.
3) Les jeunesses autochtones.
Sous la responsabilité de Natacha Gagné, nous avons accueilli Laurent Jérôme (Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones de l’Université Laval à Québec) qui a fait une présentation sur les espaces politiques, sociaux, économiques et culturels investis par les jeunes autochtones du Québec, en particulier les jeunes Atikamekw, pour s’affirmer. Le thème fut aussi l’occasion de recevoir Simon Valzer (Université de Provence) pour un exposé sur les usages et significations des arts performatifs traditionnels (kapa haka) chez les jeunes Māori de Nouvelle-Zélande.
Sous la responsabilité de Jonathan Friedman, Eric Wittersheim est intervenu le 8 avril sur le sujet des transformations du leadership autochtone dans le Pacifique, des luttes d’indépendance à la scène postcoloniale, à travers l’exemple de la formation et les enjeux des élites politiques à Vanuatu. La conclusion du séminaire a été organisée autour de la projection du film River of Renewal (dir. C. Bolado) qui aborde les questions de territoire, de destruction et d’un écosystème comme d’une mode de vie et de subsistance des Indiens Klamath en Oregon.
Pour finir, la séance de présentation de leurs travaux par les étudiants a été l’occasion de mesurer la grande qualité des recherches en cours.

Dernière modification de cette fiche : 3 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

Haut de page

EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25