2009-2010

Anthropologie de la Chine : théories et terrains

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 13 h à 15 h (salle 451, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 4 mars 2010 au 3 juin 2010. Séance supplémentaire le 10 juin 2010, salle 241, même heure, même adresse

Cet enseignement se propose d'aborder les nouvelles thématiques relatives à l'anthropologie du monde chinois. Son intention est de confronter des travaux et des expériences de terrain récentes, tout en les mettant en perspective au sein de la littérature classique sur les sujets abordés. Une attention particulière sera apportée aux possibilités de comparatisme avec les aires voisines (Corée, Japon).

Mots-clés : Anthropologie, Histoire,

Aires culturelles : Asie orientale, Chine,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie

Intitulé général : Anthropologie culturelle du monde chinois contemporain

Direction de travaux d'étudiants : jeudi après-midi, sur rendez-vous.

Niveau requis : la connaissance du chinois est souhaitée, mais l'enseignement est conçu pour pouvoir être suivi par des étudiants parlant peu ou pas cette langue.

Site web : http://cecmc.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : alles(at)ehess.fr, thoraval(at)ehess.fr

Compte rendu

Nous avons choisi d’ouvrir le séminaire de cette année par une série d’aperçus transdisciplinaires sur la notion cardinale de « piété filiale » (xiao), qui nous a permis de mener des lectures et des discussions communes sur trois dimensions de la culture chinoise qui lui sont intimement liées : les représentations éthiques et juridiques, les rituels religieux et les structures de parenté. Selon notre habitude, nous avons encouragé la mise en rapport d’études devenues classiques et de travaux de terrain récents.
La piété filiale nous a conduit à des discussions historiographiques sur les pratiques anciennes de deuils (tels les « cinq degrés » énoncés, par exemple par le Code impérial) et sur la tension qui lie nécessairement cette vertu filiale à celle qui lui est attachée de « fidélité au prince » (zhong). Mais nous avons fait porter l’accent sur des aperçus qui venaient souligner à la fois la spécificité et la complexité de cette vertu officielle : d’abord, en prenant pleinement en compte le défi que représente la rencontre avec la vision bouddhiste (telle cette création d’une piété filiale unissant non plus le fils et le père, mais le fils et la mère, A. Cole, 1998), ensuite en mesurant la différence qui sépare le cas chinois de la situation du Japon, pourtant « confucianisé » (Mizoguchi Y., 1998).
Nous sommes ensuite passés au terrain ethnologique en examinant la relation inter-générationnelle au sein du groupe de parenté. Concernant le soutien donné par les descendants à leurs vieux parents, nous avons confronté les analyses comparatistes de l’anthropologue Fei Xiaotong (1988) avec les perspectives offertes par l’histoire du droit, qui met notamment l’accent sur les ambiguïtés de la période républicaine, entre modèles occidentaux et autochtones (Huang, 1996) mais aussi avec les enquêtes ethnologiques menées tant à Taïwan que sur le Continent autour des contrats rédigés par les membres d’une famille pour la définition de leurs devoirs inter-générationnels (Cohen, 2005).
La vitalité actuelle de la « piété filiale », ou au contraire sa remise en question, ont pu être entrevues au travers d’enquêtes de terrains menées dans les années 1990 (Ikels, 2004) : évolution de la pratique de la co-résidence dans la famille du père, « féminisation » des devoirs effectivement assumés envers des vieux parents (les filles prenant souvent le relais des fils, partis à la ville), etc.
Les questions suscitées chez les participants par ces explorations sur la parenté en Chine ont conduit à quelques mises au point théoriques (l’importation des concepts de l’anthropologie britannique dans le domaine chinois), à la discussion de l’évolution de la réflexion historiographique sur l’institution du lignage (Faure, 2007), mais aussi à l’étude de travaux de terrains nouveaux sur des problèmes comme le célibat à la campagne (Han Hua, 2009) ou le degré réel de « matriarchy » repérable dans la société chinoise d’aujourd’hui (Stafford, 2009).
Plus largement, la mise en cause de modèles classiques de l’analyse anthropologique en Chine au nom de « l’individualisation » de la société chinoise (Yan Yunxiang, 2009) nous a conduit à examiner la question de l’individu et du « privé » dans une perspective comparative. Le modèle fameux de Fei Xiaotong sur le caractère « égo-centré » de la société chinoise par opposition au caractère « individualiste » de la société américaine de son temps (1937) a été repris dans une perspective comparatiste : on a ainsi opposé les notion de « si » (égoïsme/privé) et de « gong » (impartialité/public) telles qu’elles ont été interprétées dans la Chine et le Japon modernes. Les analyses devenues classiques de Mizoguchi Yûzô (1994) opposant les perceptions chinoises et japonaises du « public » (gong/ôyage), selon lesquelles la conception étroitement officielle et étatique du Japon s’opposait à un universalisme chinois, ont pu être nuancées grâce à la participation active du Pr. Shino Yoshinobu (Université Meiji, Tokyo). Celui-ci nous a permis de relativiser cette opposition grâce aux travaux d’historiens sociaux tels qu’Amino Yoshihiko et Katsumata Shizuo : la notion originale de « kugai » (espace public relativement soustrait au contrôle étatique) a notamment été discutée.

Dernière modification de cette fiche : 7 juin 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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