2009-2010

Sociologie d'un monde libéral : fascination, oppression, dépression

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4 lundis du mois de 15 h à 19 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 9 novembre 2009 au 8 février 2010

Le séminaire porte sur les nouvelles extensions du libéralisme et ses conséquences sur les institutions. Il s’interroge sur l'extension des outils d'analyse que nécessite son examen critique. Trois questions guideront cet examen :

  • quelles sont les raisons de la fascination qu'exerce un monde libéral conjuguant l'exploration, l'innovation et la spéculation sur l'incertain, avec l'appui d'outils de communication ?
  • quelles sont les modalités d'oppression qui résultent des organisations dite performantes, et les conditions dans lesquelles cette oppression peut se faire entendre comme critique publique ou, à l'inverse, être tenue au silence par la forme critique retenue ?
  • quelles espèces de dépression sont rendues pathologiques par les activités de production et de consommation destructrice, en raison de la pression s'exerçant sur des soucis d'accommodement durable au monde environnant.

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulé général : Sociologie d'un monde libéral : fascination, oppression, dépression

Renseignements : sur rendez-vous par courriel.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : M1, M2.

Site web : http://gspm.ehess.fr/sommaire.php?id=30

Adresse(s) électronique(s) de contact : auray(at)enst.fr, brevig(at)ehess.fr, thevenot(at)ehess.fr

Compte rendu

Le programme de la sociologie pragmatique, dans son anthropologie et sa portée politique, a été débattu à l’occasion de l’invitation de Jean-Louis Genard (Université libre de Bruxelles) et Fabrizio Cantelli (FNRS) qui l’ont discuté tout en déployant leur approche des formes de l’action publique. Plusieurs chercheurs ont exposé leurs contributions à ce programme. Nicolas Auray déploie le régime exploratoire d’excitation curieuse pour la surprise (le thème de la curiosité a été repris par Franck Cochoy), qui fait du hasard un heureux événement, afin d’éclairer les pressions qu’exercent sur lui le management de la performance (crise de l’université) et les politiques de sécurité, mais aussi l’exploitation qui en est faite dans un capitalisme entretenant l’incertitude et l’urgence. Abordant la question des savoirs impliqués dans la délibération et la participation au débat public, Luca Pattaroni a indiqué les apports et les limites d’une extension à la nature consolidée par des corps de métier dans le parlement selon Latour, ou d’une multiplication des porte-parole faisant appel aux profanes (Callon, Lascoumes, Barthe), au regard d’une prise en compte des manières d’être engagé dans le monde et non seulement de donner de la voix. La notion de « traduction » ne permet pas de mettre au jour l’oppression pesant sur l’engagement familier et son savoir lorsqu’il est reconfiguré pour passer en public ni, par exemple, de traiter de la valorisation délicate de l’auto construction au regard des savoirs de l’architecte et de l’urbaniste. Joan Stavo-Debauge a quant à lui démontré la nécessité de traiter des engagements pragmatiques dans le cadre d’une communauté, métacatégorie dont il a construit toute la pertinence à partir de la venue de l’étranger, en suivant les mouvements de l’hospitalité que le nouveau venu reçoit et qu’il déçoit. La communauté ne présume pas d’échelle et n’ignore pas la clôture (requise jusque dans la redistribution). Le public est alors un cas de commun. Cette analyse permet de mettre au jour l’hospitalité vicieuse, en France, d’un parcours enrayé par la catégorie « issu de l’immigration » qui réclame l’effacement des traces d’attachements en direction d’une communauté de semblables plus que d’égaux.
La sociologie pragmatique des engagements a été mise à contribution pour aborder la question de la personne défaite et des conditions de formulation de la critique à partir de la détresse du proche affecté. Cette question embarrasse aussi bien la critique politique ou syndicale que la critique des sciences sociales. Chemins et impasses de l’analyse sociologique critique et du geste politique ont été éclairés à partir de deux terrains d’enquête et d’actualité : Damien de Blic et Claudette Lafaye « Avec les sans papiers ; entre l’engagement personnalisé et la mobilisation critique » ; Gildas Renou « Les laboratoires de l’antipathie au travail : syndicats, sociologues et critiques aux prises avec la personne défaite ».
La sociologie du monde libéral a en outre bénéficié d’interventions qui en éclairait les confins : Sylvaine Bulle sur « Le vivre en guerre dans sa face libérale » (à partir de son terrain d’enquête sur les Territoires palestiniens), Arnaud Esquerre sur « La critique de la manipulation dans les sectes », Emmanuel Kessous sur « L’amour en mode projet dans les sites de rencontre en ligne ».

Dernière modification de cette fiche : 9 juillet 2009.

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