S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Mardi de 9 h à 11 h (INHA, salle Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, 2 rue Vivienne 75002 Paris), du 12 janvier 2010 au 15 juin 2010
Le terme conformation appartient au domaine de la théologie et de la dévotion chrétienne, il signifie le processus de « prise de ressemblance au Christ» qui peut s’enclencher à divers moment de la vie du chrétien et à l’occasion de divers types d’expérience. Depuis une vingtaine d’année nous avons avancé l’hypothèse que « l’art » peut être l’une de ces expériences de la conformation et que la « force conformante » de l’art dépend à son tour d’une série de dispositifs formels d’implication du spectateur.
Le moment est venu de faire le bilan de ces recherches et de mesurer la portée générale de l’hypothèse de la conformation. Cette évaluation se situe au cœur du débat actuel sur l’anthropologie de l’image. Notre hypothèse est qu’à partir du XVIe siècle la conformation dévient une « problème artistique » auquel quelques artistes majeurs ont donné des réponses. Les œuvres de Michel Ange, du Bernin et des Carraches seront analysées du point de vue de la conformation
Mots-clés : Anthropologie, Arts, Esthétique, Histoire, Image, Philosophie,
Aires culturelles : Europe,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations
Intitulé général : Histoire et théorie de l'art et des images à l'époque moderne
Direction de travaux d'étudiants : le mardi après-midi sur rendez-vous par courriel.
Réception : pour les inscriptions en master et en thèse du 16 juin au 7 juillet 2010 et du 20 septembre au 30 octobre 2009, rendez-vous par courriel.
Niveau requis : connaissance de l'histoire de l'art et de la théorie de l'art souhaité.
Adresse(s) électronique(s) de contact : careri(at)ehess.fr
Le terme conformation appartient au domaine de la théologie et de la dévotion chrétienne, il signifie le processus de « prise de ressemblance au Christ » qui peut s’enclencher à divers moments de la vie du chrétien et à l’occasion de divers types d’expérience. Cette année, nous avons approfondi la dimension politique de ce processus telle qu’elle apparaît dans le Jugement dernier de Michel Ange. L’acte dernier de « conformation » y apparaît sous un double aspect : d’abord celui d’une transfiguration du sujet déterminée par l’opération du jugement, ensuite celui d’une conformation déterminée par l’autoanalyse. Le premier processus de conformation correspond à l’effet d’une force qui conforme le sujet depuis l’extérieur : c’est une forme d’assujettissement. Le deuxième processus de conformation correspond à l’effet d’une force qui conforme le sujet depuis l’intérieur de sa conscience : c’est une forme de subjectivation. L’articulation figurative de ces deux processus nous paraît caractériser la subjectivité moderne d’un Jugement dernier, une œuvre élaborée à la veille du Concile de Trente, dans un moment de formalisation des pratiques d’introspection et de confession. L’incorporation aux « corps glorieux » du Christ lors du Jugement dernier fonctionne d’ailleurs comme modèle de la constitution du corps politique, c’est la figure limite de l’état absolutiste dont le roi est la tête et les sujets les membres. Dans la fresque, la construction d’un corps unifié et homogène à la fin des temps laisse cependant apparaître un reste ; une marge extérieure nécessaire dans laquelle se manifeste ce qui résiste demeurant inassimilable. Ce n’est pas étonnant que cette marge du corps glorieux ait acquis les traits de l’animalité et de l’infamie. Ailleurs dans la chapelle, ce sont les familles des Ancêtres du Christ aux traits juifs marqués qui assument le rôle de figurer ce qui retarde l’accélération du temps et la construction du corpus mysticum.
Cette année, nous avons repris l’étude de certaines caractéristiques de ce cycle, en essayant de mieux saisir l’association des aspects domestiques aux traits juifs et à la mélancolie de ces figures. Il a été notamment question de la catégorie historique de la génération : principe énergétique d’engendrement gouverné par l’action divine selon l’Augustin de la Cité de Dieu. Dans cet ouvrage, le modèle se fonde sur la création d’Adam et Ève dont l’engendrement est en quelque sorte nié par la chute. La génération chez Augustin correspond à la durée qui sépare l’acte d’engendrement de l’acte de chute qui appelle à une nouvelle intervention divine. Dans ce dessin historique l’Incarnation peut être vue comme le dernier acte de régénération de l’humanité dont le Jugement dernier signera la fin. Le temps de cette dernière génération s’appelle saeculum, notion qui décrit en même temps un moment de l’histoire de l’humanité et la caractéristique de la condition humaine en cette époque. La condition du saeculum augustinien n’est pas idéalisée, mais lourdement marquée par une forme de pessimisme face à la résistance des chrétiens à la conversion véritable. Pour des raisons d’ordre théologique, Augustin réserve par ailleurs au seul Christ la capacité de discerner entre les bons et les mauvais chrétiens qui appartiennent à cette époque de l’histoire. Dans cet âge d’incertitude et de mélange à une force qui pousse vers l’accomplissement du dessin messianique s’oppose une autre force qui en retarde l’avancée. Nous avons fait l’hypothèse que les familles des Ancêtres figuraient la génération des hommes du saeculum et par ce biais la condition actuelle du chrétien, pris entre l’adhésion au projet messianique et les forces d’inertie qui la retardent. Ce sont surtout ces résistances qui apparaissent chez les Ancêtres. Nous en avions fait l’inventaire les années précédentes en les considérant du point de vue de la vie selon la chair qui privilégie les fonctions biologiques de la subsistance (allaitement, repas, sommeil). L’aspect tempéramental saturnin se mélange aux traits judaïques pour donner forme à une position d’accédie qu’associe le refus de la grâce divine au refus de la conversion des juifs. La dimension erratique des familles est sans doute celle qui se prête à la plus forte ambiguïté : impossible de séparer l’errance/punition, typique de Caïn et du peuple juif, de l’errance positive du chrétien pèlerin sur cette terre. Cette indiscernabilité est un argument supplémentaire à l’appui de notre hypothèse d’interprétation des Ancêtres comme expression complexe de la condition de la dernière génération des chrétiens. Que cette condition « charnelle » ait pu s’habiller d’un aspect « juif » est un fait extraordinaire de « condensation visuelle ». Nous en avons repéré les antécédents discursifs dans les Prêches sur l’Exode de Girolamo Savonarola (1498) où les Florentins sont décrits comme des juifs obstinés, incapables de se convertir et de se séparer de leurs habitudes charnelles.
Préparé grâce à une « senior fellowship » de deux mois au Center for Advanced Studies in the Visual Arts (CASVA) de la National Gallery de Washington, le séminaire a bénéficié du concours de Daniele Guastini (Rome, Faculté de Philosophie) sur les origines de l’image chrétienne. Nous avons par ailleurs exposé nos hypothèses au séminaire du GRHIL, au séminaire collectif « généalogies » et dans le cadre du séminaire du CARE. Nous avons par ailleurs vérifié certains aspects du travail en cours à l’occasion des colloques Fiat imago exit mundus (Rome, janvier 2010) et Figura figurabilité (INHA, juin 2010) ainsi que lors d’une invitation d’une semaine au département d’histoire de l’art de l’Université de Chicago.
Publications
• La fabbrica degli affetti. La Gerusalemme Liberata dai Carracci al Tiepolo, Milan, Saggiatore, 2010, 245 p. 63 ill.
• « Le sujet dans le tableau », dans Images Re-vues, sous la dir. de Daniel Arasse, Paris, INHA, p. 190-202, http://www.imagesrevues.org/Sommaire_Hors_Series.php ?
num_numero=2019.
• Édition avec Georges Didi-Huberman des actes du colloque L’histoire de l’art depuis Walter Benjamin, Hors série n° 2 de Images Re-vues, www.imagesrevues.org, 2010.
• « L’histoire de l’art est une histoire de prophéties », dans Images Re-vues, Hors-série n° 2, 2010, http://imagesrevues.org/Article_Archive.php ?id_article=2022.
Dernière modification de cette fiche : 10 juillet 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25