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2e et 4e vendredis du mois de 11 h à 13 h (salle 507, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 13 novembre 2009 au 11 juin 2010
Si la littérature a pu apparaître comme la « religion laïque » (Paul Bénichou) de la société française du XIXe siècle, les « crimes littéraires » – crimes imputés à la mauvaise influence des lectures littéraires – peuvent apparaître comme une dramatisation de cette croyance en la puissance des textes. On poursuivra l’exploration de ces usages pour le moins singuliers de la littérature en croisant à nouveau études de cas, histoire de la criminologie, histoire des savoirs sur la littérature. Dans cette perspective, trois séances seront menées en commun avec le séminaire de Jacqueline Carroy au cours du second semestre. Les relations entre littérature et investigation sociale seront par ailleurs abordées à propos des savoirs et des écritures sur la pauvreté dans les sociétés industrielles, entre les premières décennies du XIXe siècle et l'entre deux guerres. Enfin, la question du statut de l'écriture littéraire dans l'espace public entre la fin de la Révolution française et le début de la Troisième République nous conduira à réexaminer de près l'historiographie de l'engagement des écrivains. De façon plus générale, ce séminaire tente de proposer des modalités contrôlées du recours à la littérature dans les sciences sociales et historiques : plusieurs séances seront consacrées à une réflexion globale sur cette question.
Ce séminaire est accessible sur la plateforme d'enseignement de l'Environnement numérique de travail de l'EHESS : ![]()
Mots-clés : Culture, Écriture, Littérature, Savoirs, Sociohistoire,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : Écritures et expériences du monde social dans la France du XIXe siècle
Renseignements : sur rendez-vous.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, au GRIHL, 96 bd Raspail, 75006 Paris.
Réception : sur rendez-vous, au GRIHL, 96 bd Raspail, 75006 Paris.
Adresse(s) électronique(s) de contact : jlc(at)ehess.fr
Le séminaire a parcouru quatre dossiers : des questions de méthode d’une part, dont la formulation est associée à la publication d’un livre co-écrit avec Dinah Ribard, L’historien et la littérature ; un retour sur le dossier de la « littérature panoramique » à la lumière de ce livre, d’autre part ; enfin, deux dossiers en cours (littérature et politique ; les crimes littéraires).
Le point de départ méthodologique concerne les usages de la littérature au sein de la discipline historique – ces usages dont L’historien et la littérature propose un répertoire critique. Ici, le propos était double : replacer les questions de méthode (« comment faire de l’histoire avec la littérature ? ») au sein de l’histoire des usages de littérature ; plus largement, présenter ce que seraient les terrains propres d’une histoire du XIXe siècle qui prendrait la littérature comme objet et qui ne serait pas une histoire littéraire centrée sur des textes. La ressaisie du questionnement méthodologique sous la forme d’une question historique – ou la mise en histoire des questions de méthode – a donné lieu à plusieurs séances sur les « contextes » et la contextualisation. Une manière d’opposer histoire et histoire littéraire peut en effet tenir à la manière dont l’une et l’autre discipline, à propos de littérature, définissent et usent du « contexte ». On a cherché à montrer, autour d’un travail sur Stendhal appuyé sur la double lecture d’Auerbach (Mimesis) et d’un article de Carlo Ginzburg (« L’âpre vérité. Un défi de Stendhal aux historiens », traduit de l’italien et publié dans la revue Écrire l’histoire, n° 4, automne 2009) comment le fait et les manières de contextualiser les écrits littéraires appartenaient à l’histoire des usages de la littérature : la littérature dite « réaliste » du XIXe siècle propose des façons de mettre en histoire les écrits et de les lier à des « dehors » qui définissent l’univers et les pratiques de contextualisation de la discipline historique et de l’histoire littéraire depuis le XIXe siècle.
La littérature travaille à établir son évidence : producteurs et lecteurs d’écrits littéraires participent à ce processus. Ce pouvoir de naturalisation de la littérature comme « voix » surplombante qui s’adresse au « siècle », sa capacité à rendre évidents tous les objets qu’elle traverse ou saisit (l’individu comme intimité, les différenciations du social, les comportements sexuels ou les caractères nationaux par exemple) est bien ce qui fait que la littérature ne pose pas que des questions de méthode (sur la valeur « documentaire » des textes littéraires en histoire) mais qu’elle s’adresse au savoir historique lui-même : cette capacité naturalisatrice (qui touche en premier lieu son existence même) la mêle à tous les objets des historiens du xixe siècle : ce que nous recevons du passé (des découpages ou des descriptions sociales) comme ceux que nous construisons. Les terrains d’investigation proposés dans le séminaire interrogent ce pouvoir. On s’est ainsi intéressé, en janvier 2010, avec Michael Lucey, professeur invité à l’EHESS, comment les romans de Balzac « travaillent » (établissent et questionnent à la fois) les formes sociales de la sexualité autour de 1830. Avec les crimes littéraires (crimes imputés à la mauvaise influence des livres, en particulier, cette année l’affaire Chambige – 1888), dont l’étude a donné lieu, en mars-avril 2010) à trois séminaires communs avec J. Carroy et M. Renneville, on touche aux formes de croyance (et de socialisation de la croyance) dans le caractère éventuellement criminogène de la littérature. Autour de la littérature panoramique et des grandes séries d’études de mœurs à la mode dans les années 1830 et 1840, on envisage la production et la divulgation, éventuellement ironiques, de descriptions et de découpages sociographiques du monde en « types ». En décembre 2009 puis en avril 2010, avec l’étude de la série des Français peints par eux-mêmes (ouvrage collectif publié par l’éditeur Léon Curmer entre 1839 et 1842), on a voulu comprendre comment des professionnels de l’écrit qui se définissent comme « littérateurs » font du « social » le terrain d’investigation privilégié, le lieu propre de la littérature autour de 1840 : ils contribuent de ce fait à saisir et à produire le « présent » de 1840 comme un moment socio-historique situé, selon un geste qui nous est devenu familier. Les descriptions sociales proposées par ces textes ne nourrissent donc pas une histoire des représentations ou de l’imaginaire social mais une histoire de l’investissement social dans la littérature (de la valorisation sociale de l’activité littéraire) articulée à une histoire de l’investissement du monde social (comme diversité à décrire) par la littérature à l’époque post-révolutionnaire.
Les séminaires consacrés en février 2010 à Étienne de Jouy (et aux feuilletons des Hermites publiés sous l’Empire et la Restauration) et à Hippolyte Castille (écrivain problématiquement « rallié » au Second Empire) sont liés aux travaux collectifs du GRIHL sur « écriture et action » et concernent les usages politiques de la littérature au XIXe siècle : il s’agit d’envisager des textes littéraires écrits et publiés dans des moments de troubles politiques, des moments charnières, et d’étudier des « politiques de la littérature » qui ne relèvent pas de « l’engagement », selon un modèle longtemps associé à certains auteurs du XIXe siècle, mais posent la question de la politisation (ou de la dépolitisation comme service politique).
Les dernières séances ont enfin été consacrées à la présentation de travaux d’étudiants (master, doctorat) et à une amorce de discussion autour du numéro des Annales (mars-avril 2010) consacré aux « savoirs de la littérature », qui croise bien des questions abordées dans le séminaire.
Dernière modification de cette fiche : 7 janvier 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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