2009-2010

Théorie des liens sociaux

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 9 h à 11 h (ENS, salle 8, Campus Paris-Jourdan, 48 bd Jourdan 75014 Paris), du 6 novembre 2009 au 11 juin 2010

Dans le prolongement du séminaire des deux années précédentes, il s’agira cette année d’interroger les différents types de liens qui rattachent l’individu à la société - le lien de filiation, le lien de participation élective, le lien de participation organique et le lien de citoyenneté – en fonction de deux enjeux théoriques. Le premier concerne l’évolution des liens sociaux sous l’effet de l’autonomie croissante des individus constatée et interprétée depuis les premiers travaux des fondateurs de la sociologie. Il s’agira d’analyser ce processus à partir d’une analyse critique et réflexive des transformations en cours des politiques d’intervention sociale, lesquelles visent, par des formes diverses d’accompagnement social, à rendre les individus autonomes et responsables d’eux-mêmes.  Le second enjeu théorique interroge le concept d’appartenance souvent mobilisé en sociologie, mais dont l’usage reste parfois assez flou. Après avoir rappelé l’intérêt heuristique des concepts de « protection » et de « reconnaissance » pour analyser les fondements des différents types de liens sociaux, on tentera de déterminer dans un esprit critique et réflexif les différentes dimensions de l’appartenance.
La recherche consistera à interpréter à l’aide de ces outils conceptuels des données issues d’enquêtes récentes réalisées dans différents quartiers de grandes métropoles sur les liens sociaux et les formes de détresse.

Aires culturelles : Amérique du Nord, Amérique du Sud, Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulé général : Sociologie des inégalités et des ruptures sociales

Renseignements : vendredi de 9 h à 11 h (séminaire principal hebdomadaire) à partir du 6 novembre.

Direction de travaux d'étudiants : vendredi de de 11 h à 13 h (séminaire méthodologique et direction des travaux).

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : le séminaire s'adresse en priorité aux étudiants inscrits en doctorat ou en master 2. Il peut toutefois être suivi par des étudiants de master 1 ou en diplôme.

Site web : http://serge.paugam.sp.free.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : paugam(at)ehess.fr

Compte rendu

Dans le prolongement du séminaire de l’année dernière, nous avons tenté d’atteindre deux objectifs : 1) mettre à l’épreuve la théorie des liens sociaux en la confrontant aux résultats des recherches sociologiques réalisées sur les inégalités et les ruptures sociales dans les métropoles (1er semestre) ; 2) poursuivre la lecture de textes théoriques sur les liens sociaux (2nd semestre).
La relecture de textes classiques et d’enquêtes exemplaires de la sociologie urbaine (Simmel, Métropoles et mentalité, Elias et Scotson, The Established and the Outsiders, Young et Wilmott, Family and Kinship in East London, Gans, The Urban Villagers, Wirth, Le ghetto, Pétonnet, On est tous dans le brouillard, etc.) ainsi que les exposés de Didier Lapeyronnie et de Denis Merklen sur leurs derniers livres respectifs Ghetto urbain et Quartiers populaires, quartiers politiques nous ont conduit à élaborer une typologie des ruptures sociales dans les métropoles.
Trois types de rupture ont été distingués. Le premier renvoie à la ségrégation spatiale. Il ne permet pas de conclure sur l’existence de liens de solidarité entre les habitants de la zone ségréguée ni de postuler que l’homogénéité apparente qui la caractérise s’accompagne d’une similitude sociale vécue. Elle renseigne uniquement sur l’écart qui sépare cette zone du reste de la ville. Le deuxième type de rupture correspond aux divisions et luttes internes. Lorsqu’un quartier de banlieue est doté d’une identité négative, les habitants qui y résident peuvent très vite se désolidariser. La constitution de l’ordre hiérarchique interne est, dans ce cas, fondée sur la reconnaissance et le renforcement des moindres signes de distinction sociale. Cette rupture est l’expression de la violence symbolique. S’il faut y voir un signe du mal être des cités, elle n’implique pas obligatoirement la dissolution des liens sociaux. La désolidarisation interne renforce les antagonismes sociaux et conduit les habitants à se définir par une appartenance à un groupe opposé à un autre ou à plusieurs autres. La deuxième rupture peut renforcer l’adhésion des habitants à des normes et des valeurs tant qu’elles permettent d’assurer la distinction et l’identité du groupe auquel ils appartiennent ou prétendent appartenir. Le troisième type de rupture concerne la dissolution des liens sociaux. Elle constitue un état encore plus avancé dans la décomposition des rapports sociaux. Certains quartiers sont caractérisés par un repli des habitants sur eux-mêmes, par l’absence de contacts entre eux à tel point que chacun peut avoir le sentiment d’être comme un étranger au sein de son espace de résidence. La disqualification sociale conduit alors à l’isolement relationnel. Celui-ci peut être vécu comme une impossibilité de recourir à l’appui de ses proches ou de ses ex-proches en cas de difficulté. Dans certains cas, la rupture est vécue comme un déni de reconnaissance prenant la forme d’une trahison ou d’un rejet. La rupture des liens sociaux peut être cumulative. La dissolution des liens sociaux dans un quartier est d’autant plus forte que les habitants ont, individuellement et collectivement, perdu la capacité de résistance au stigmate qui accable leur lieu de résidence. Ils ne retrouvent ni dans ce dernier, ni en eux-mêmes, les ressources pour maintenir les liens élémentaires de la vie sociale. Cette typologie a ensuite fait l’objet d’une vérification empirique à partir de l’enquête SIRS (Santé, Inégalités et Ruptures Sociales) réalisée dans cinquante quartiers de Paris et de la région parisienne.
Dans la seconde partie du séminaire, les travaux de Beck sur l’individualisation et ceux de Michèle Lamont sur les mécanismes de classification et d’identification fondés sur la notion la frontière ont contribué à enrichir notre réflexion sur les liens sociaux contemporains. Le séminaire a été également l’occasion à des doctorants d’exposer leurs travaux, notamment Ingrid Bejarano sur les stratégies d’ascension sociale en Argentine, Aurélie Picot sur « l’individualisme étatiste » à l’œuvre dans les politiques de lutte contre la pauvreté en Norvège et de Joannie Cayouette sur les ambitions sociales et les épreuves scolaires chez les jeunes des milieux populaires.

Publications
L’enquête sociologique, (sous la dir.), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010.
Les 100 mots de la sociologie, (sous la dir.), Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2010.
• Pauvreté, précarité : quels modes de régulation ? Lien social et politiques, en collaboration avec Jane Jenson et Claude Martin, 61, printemps 2009.
• Avec Claude Martin, « La nouvelle figure du travailleur précaire assisté », Lien social et politiques, 61, printemps 2009, p. 13-19.
• « Editorial », Sociologie, vol. 1, n° 1, 2010, p. 1-2
• « L’enquête sociologique en vingt leçons », dans L’enquête sociologique, Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 1-4.
• « S’affranchir des prénotions », dans op. cit., p. 7-26.
• « Choix et limites du mode d’objectivation », dans op. cit., p. 53-67.
• Avec Cécile Van de Velde, « Le raisonnement comparatiste », dans op. cit., p. 357-375.
• « Le sociologue et le politique », dans op. cit., p. 421-440.
• « La réflexivité du sociologue », dans op. cit., p. 441-445.

Dernière modification de cette fiche : 9 juillet 2009.

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