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2e lundi du mois de 11 h à 13 h (salle M. et D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 14 décembre 2009 au 14 juin 2010
Le programme de recherche biologie et société se propose de mener une une réflexion sur l’épistémologie, l’histoire et les enjeux sociaux de la biologie.
Le séminaire traitera cette année de l’histoire des savoirs, des théories et des pratiques liés à la reproduction du vivant, et en particulier à la reproduction humaine. Ce domaine scientifique est aujourd’hui un des plus dynamiques de la biologie contemporaine – la génétique du développement –, un des plus féconds de la Théorie de l’Évolution, et, peut-être, en tant qu’il inclut la panoplie des techniques de la procréation assistée, celui qui déclenche les retombées les plus spectaculaires dans la réalité sociale et dans l’imaginaire collectif.
Programme :
14 décembre 2009 : Michel Veuille (EPHE), « La sélection sexuelle aujourd’hui »
12 janvier 2010 de 14 h à 18 h (amphithéâtre François-Furet, 105 dd Raspail), Forum Biologie et société : « Génération, reproduction et différence des sexes »
8 février 2010 : Irina Podgorny (Université de Buenos Aires), « Les pathologies sexuelles sur le champ de foire : Musées d’anatomie en cire à la fin du XIXe siècle »
Ce séminaire explorera plusieurs aspects des musées d’anatomie populaire du XIXe siècle.
Ces musées commerciaux itinérants voyageaient entre l’Europe et l’Amérique, de ville en ville, du foyer théâtre en foyer de théâtre, de foire en foire. Leurs catalogues montrent que l’ordre donné aux pièces exposées (cires anatomiques, automates, momies) se distribuait en un double espace, l’un en libre accès, l’autre réservé aux hommes. Selon les pays et les décrets concernant leur habilitation publique, les musées d’anatomie populaire furent promus comme espaces d’éducation sexuelle des femmes et jeunes hommes. Liés aussi à la promotion de remèdes pour guérir les maladies sexuelles, ils suscitent différentes réactions de la part des médecins de chaque pays. Espaces d’observation des collections ou source de diffusion de remèdes secrets, ce type de musée met en évidence les rapports entre la culture populaire et la consolidation d’un type de collections savantes qui vers la fin du XIXe siècle s’installe dans les écoles de médecine.
Irina Podgorny est chercheur du CONICET (CNRS argentin) au Musée de La Plata, où elle travaille sur l'histoire des collections archéologiques et paléontologiques. Elle est cette année invitée comme Research fellow au Max Planck Institut d' Histoire de la Science et comme Professeur associée à l’EHESS.
Elle a publié El desierto en una vitrina (2008, avec Margaret Lopes) et Los espacios de la Prehistoria en la Argentina, 1850-1910(2009) et travaille maintenant à un livre qui raconte les itinéraires du charlatan Guido Bennati.
8 mars 2010 : Staffan Mueller-Wille (Université d’Exeter, G.B.), « Hommes, Plantes et Sexe : Carl Von Linné (1707-1778) et son Systema Sexualis»
Résumé : Lorsque Carl Linnaeus (1707-1778) publia en 1735 son « Système de la Nature», il obtint un succès immédiat dans toute l’Europe. Les raisons de ce succès sont complexes, mais elles sont essentiellement centrées sur l’ingénieuse méthode qu’il avait mise au point, connue sous le nom de « système sexuel » systema sexualis. Cette méthode fut conçue dès 1729, à l’époque où Linnaeus était « démonstrateur » de plantes médicinales devant les étudiants en médecine au jardin botanique de l’Université d’Uppsala. Elle fournissait une clé à double entrée permettant de reconnaître les plantes par la prise en compte des différences (nombre et positions) des étamines et pistils, identifiés par Linnaeus comme organes mâles femelles dans la reproduction des plantes.
Contrairement aux autres méthodes de conception similaire, le « Système Sexuel » de Linnaeus avait l’avantage de se fonder sur un petit nombre de caractères, tous pérennes, perceptibles et facilement identifiables, et que l’on pouvait appliquer d’une façon universelle à n’importe quelle plante – à condition que l’on adhère à l’idée de Linnaeus que la reproduction sexuée des plantes est un phénomène universel.
Le système de Linnaeus s’appuyait sur la vision d’une nature profondément sexuée séparant une sphère de distribution mâle et une sphère femelle de production, transcendant les accouplements parodiés dans le « Système Sexuel »
Le « système sexuel " de Linnaeus entrait explicitement en résonance avec les préoccupations du 18ème siècle sur le genre et la sexualité des espèces, ce qui contribua sans nul doute à son large succès. On comprend ainsi pourquoi deux de ses célèbres « vulgarisateurs /promoteurs » Julien Offray de la Mettrie (1709-1751) et Erasmus Darwin (1731-1802) aimaient mettre en avant les métaphores sexuelles de son système.
12 avril 2010 : Mylène Baum (Université de Louvain), « La Maternité réduite à sa dimension biologique : risques et impacts sociaux »
A travers une réflexion sur les techniques reproductives, de la fécondation in vitro à l'ectogénèse, nous nous proposons de questionner la représentation d'un déterminisme biologique des femmes qui les limite socialement à la fonction de reproductrices.
Les techniques de reproduction ne peuvent être perçues comme neutres puisqu'elles multiplient les possibles, modifiant de fait les représentations de la filiation et de la maternité. Elles permettent de sortir d'une vision naturaliste et réifiante du corps mais offrent aussi de nouveaux modèles réifiant.
Tout se passe comme si la technique et le discours utopiste qui l'accompagne venaient rappeler aux femmes, par delà leurs divergences philosophiques, que rien n'est plus politique que le corps reproductif. Au moment même ou les média construisent une image romantique de la maternité, la maitrise du corps des femmes et du champ économique de la reproduction se déplace du corps des femmes vers la biopolitique.
Nous questionnerons ce processus , qui se fait au nom de la santé reproductive , et qui devient pour la femme une nouvelle forme de servitude volontaire, d'impossible arrachement à sa condition, que nous aborderons à travers le concept Arendtien de Natalité.
10 mai 2010 : Philippe Huneman (CNRS Université Paris I Sorbonne), « Biologie du développement et évolution : Jusqu'où étendre la théorie synthétique de l'évolution ?»
Depuis plus d’une décennie, se multiplient parmi les biologistes et le philosophes de la biologie, les appels à une « extension » (Pigliucci, 2009, Odling-Smee, Laland and Feldman, 2003, etc.) ou une « expansion » (Gould, 2002) de la biologie évolutionniste classique, dite Théorie Synthétique de l’évolution. Celle-ci fut initiée dans les années 30 par la synthèse du darwinisme et de la génétique mendélienne, tout d’abord dans la génétique des populations (Fisher, Sewall Wright, Haldane) puis avec l’apport de la systématique (Mayr), de la paléontologie (Simpson), de la zoologie (Dobzhansky), etc. Plusieurs arguments critiques sont maintenant invoqués, et avant tout les récentes découverts concernant la biologie du développement. Beaucoup soutiennent en effet que la différence initiale effectuée par les fondateurs de la Théorie Synthétique, entre hérédité et développement, doit être remise en cause au vu de notre connaissance des mécanismes de régulation du génome, de plasticité ou d’hérédité non génétique, découverts par la science contemporaine du développement, et étudiés dans le cadre de la nouvelle discipline dite Evo-Devo (evolutionary theory of development - Müller and Newman 2005).
La Théorie Synthétique en effet, en différenciant l’hérédité et le développement, comme d’un côté le passage d’un génotype à un autre, et de l’autre le passage du génotype au phénotype, pouvait soutenir que ce dernier processus n’a pas de conséquence sur l’évolution. En effet : peu importe le development qui mène du zygote au phénotype, seules comptent pour l’évolution les chances de reproduction (ou la "fitness") de ce phénotype, qui conditionnent la fréquence des génotypes à la génération suivante. Cette thèse est redoublée par la thèse post-weismannienne qui identifie les gènes comme porteurs de l’hérédité. Il en résulte que l’évolution se conçoit avant tout comme « changement de fréquence génique dans les populations » (Dobzhansky) ; les transformations phénotypiques, en particulier celles de la forme des organismes, sont donc intégralement expliquées par ce processus.
Les nouveautés avancées par les théoriciens de l’Evo-Devo appellent-elles alors à une Nouvelle Synthèse (Gilbert, Opitz et Raff 1996) ? Sont-elles inconciliables avec les cadres de la Théorie Synthétique (Amundson 2005) ? Sont-elles au contraire des avancées scientifiques conduites dans un cadre théorique au fond inchangé ?
P. Huneman, chercheur à l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (CNRS/Université Paris I Sorbonne) , a publié :
Métaphysique et biologie. Kant et la constitution du concept d’organisme. Paris, Kimé, 2008.
Understanding purpose? Kant and the philosophy of biology (ed.), Publication Series of the North American Kant Society, University of Rochester Press, 2007.
Heams T., Huneman P., Lecointre G. Silberstein M. Les mondes darwiniens, Paris: Syllepses, 2009. (En anglais: Handbook of evolutionary thinking in the sciences. Reference series, Berlin : Springer. 2011)
Lundi 14 juin 2010 : Klaus Hamberger (EHESS), « Parenté et reproduction en pays Ouatchi (Sud-Est du Togo) »
Les exposés dureront une heure environ, afin de laisser une large place à la discussion.
Mots-clés : Biologie et société,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Centre : PRIBIOSOC - PRI Biologie et société
Renseignements : sur rendez-vous.
Direction de travaux d'étudiants : mardi de 14 h à 15 h.
Réception : sur rendez-vous, mardi de 15 h à 17 h.
Niveau requis : présenter un projet.
Adresse(s) électronique(s) de contact : Biosoc(at)ehess.fr, Cohen(at)ehess.fr;
Les travaux menés cette année dans le cadre du Programme de Recherche Biologie et Société portaient sur les savoirs, les théories et les pratiques liés à la différence des sexes, à la reproduction du vivant, et en particulier à la reproduction humaine. Ce domaine scientifique est aujourd’hui un des plus dynamiques de la biologie contemporaine – la génétique du développement –, un des plus féconds de la Théorie de l’Évolution, et, en tant qu’il inclut aussi la panoplie des techniques nouvellement mises au point de la procréation assistée, il est celui qui déclenche les retombées les plus spectaculaires dans la réalité sociale et dans l’imaginaire collectif.
Les travaux du séminaire ont d’abord porté sur les sciences de la nature et la part faite à la différence des sexes dans leurs élaborations. Steffan Müller Wille (Université d’Exeter) a présenté sa recherche sur la relation du systema sexualis avec le « système naturel » dans la taxinomie linnéenne, et sur son inscription dans l’imaginaire et l’idéologie de son temps. Il a montré en particulier que le « système sexuel » de Linné entrait explicitement en résonance avec les préoccupations du XVIIIe siècle sur le genre et la sexualité des espèces : facile à suivre et divertissant, le « Système Sexuel » put ainsi devenir le vecteur privilégié qui fit de la botanique un passe-temps grandissant pour tous, et particulièrement des femmes. Analysant un aspect différent de ces curiosités publiques, au xixe siècle, Irina Podgorny (Musée de la Plata, Buenos Aires) a présenté une contribution sur les musées d’anatomie en cire, et l’exhibition des pathologies sexuelles dans les foires.
Le biologiste Michel Veuille (EPHE, 3e section) a présenté une mise au point sur la notion darwinienne de sélection sexuelle et son usage dans la biologie et notamment la génétique des populations contemporaine. Philippe Huneman (IHPST, CNRS/Université Paris-I/Panthéon-Sorbonne) a étudié la place prise aujourd’hui par la biologie du développement dans les sciences de l’évolution, notamment en rapport avec la Théorie Synthétique.
La réflexion sur la différence des sexes croise les approches anthropologiques de la parenté : Klaus Hamberger (EHESS) a proposé une nouvelle formalisation des systèmes de parenté à partir d’une analyse des notions de parenté et de reproduction en pays Ouatchi (Sud-Est du Togo). Cette réflexion croisait aussi, inévitablement, la question des les représentations sociales contemporaines liées aux techniques de la reproduction assistée. Ces techniques qui médicalisent la reproduction humaine, associées à des pratiques à la limite du biologique et du social (avortement thérapeutique, dons de sperme ou d’ovocytes, transfert d’embryons, mères porteuses) suscitent des débats sociaux et éthiques, mais ouvrent aussi l’espace du fantasme. Mylène Baum, Philosophe spécialiste de bioéthique (Université de Louvain) a présenté une réflexion sur « La maternité réduite à sa dimension biologique », se proposant de questionner, à travers les usages des techniques reproductives, de la fécondation in vitro à l’ectogénèse, la représentation d’un déterminisme biologique des femmes qui les limite socialement à la fonction de reproductrices. Les techniques de reproduction modifient de fait les représentations de la filiation et de la maternité. Elles permettent de sortir d’une vision naturaliste et réifiante du corps, cependant ce processus qui se fait au nom de la santé reproductive peut aussi devenir pour les femmes une nouvelle forme de servitude volontaire, d’impossible arrachement à leur condition.
Le Programme de recherche a organisé un forum public sur le thème « Génération, reproduction et différence de sexes », qui a réuni des contributions de Philippe Bataille (EHESS) (« Nouvelles techniques de procréation et réponses féministes »), Sylviane Agacinski (EHESS) (« Aspects de la dissymétrie des sexes »), Maurice Godelier (EHESS) (« Statut du foetus et de l’enfant, systèmes de parenté et rapports de pouvoir ») et Henri Atlan (EHESS) « L’utérus artificiel : Implications scientifiques, sociales et éthiques ».)
Dernière modification de cette fiche : 10 mai 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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