2009-2010

Histoire et anthropologie des sexes dans les sociétés européennes

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 14 h à 16 h (EHESS-Toulouse, Maison de la recherche de l'UTM, allées Antonio-Machado 31000 Toulouse), du 19 novembre 2009 au 27 mai 2010

Formes familiales, mariage, interdit de l’inceste, rapports entre les sexes, matriarcat, filiations matrilinéaires, ces questions sont au cœur de l’anthropologie depuis l’origine de cette discipline. Nous poursuivrons le travail entrepris l’an dernier sur les premiers intellectuels qui, en France, sous le Second Empire et la Troisième République, ont contribué à la constitution du champ théorique de la parenté et des rapports de sexe. Nous nous intéresserons aux conditions sociales et historiques de la production de ce champ disciplinaire, en analysant la formation des chercheurs, leurs réseaux intellectuels et politiques, leurs rapports de maître à disciple. Nous serons particulièrement attentifs aux parcours des premières femmes anthropologues, à leur rapport au terrain, à leurs apports dans le domaine de la parenté, à leur enseignement et leur influence.

Au cours de l’année, selon les opportunités, nous accueillerons aussi les chercheurs qui, aujourd’hui, travaillent dans le domaine de la parenté et des rapports entre les sexes.

Aires culturelles : Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Histoire et anthropologie des sexes dans les sociétés européennes

Site web : http://www.ethno-info.com

Adresse(s) électronique(s) de contact : agnes.fine(at)ehess.fr

Compte rendu

Pendant le premier semestre, avec la collaboration de Jérôme Courduriès, docteur en anthropologie (EHESS), dont la thèse a porté sur la conjugalité des « gays » en France, nous avons questionné les travaux récents en sociologie et anthropologie pour analyser la manière dont le genre (distinction et hiérarchie entre les sexes) structure la vie conjugale des couples de même sexe et de sexe différent. Cela, en examinant différents aspects analysés de manière empirique : l’apport et la gestion des biens et de l’argent dans le couple, la répartition des tâches domestiques, les formes de l’institutionnalisation du couple (mariage, union libre, pacs), la parentalité.
L’analyse de l’homoparentalité a été introduite par la projection du film de Sandrine Fournier (Esprit de famille, 1995), premier documentaire sorti en France sur les homoparentalités dans la baie de San Francisco. Son auteure, doctorante à l’EHESS, l’a commenté, en présence de Miriam Pillar Grossi, professeure d’anthropologie à l’université fédérale de Santa Catarina à Florianopolis (Brésil), invitée à Toulouse pendant une partie de son année sabbatique. Cette dernière était également présente pour débattre de la thèse de Cathy Herbrand, docteure en sociologie de l’Université libre de Bruxelles, invitée à s’exprimer sur la place respective des parents et des coparents dans les configurations familiales de couples homosexuels en Belgique. Ont été discutés également les recherches de Virginie Descoutures sur les mères lesbiennes. Ces recherches sont d’un grand intérêt en ce qu’elles expriment les changements dans les représentations de la parenté, des liens de sang, de la paternité et de la maternité dans les sociétés occidentales contemporaines. Miriam Pillar Grossi a présenté ensuite l’état des travaux sur le même thème au Brésil. Enfin, Flavio Tarnovski, docteur en anthropologie (EHESS), a exposé ses propres recherches doctorales sur procréation et parenté dans les familles de couples gays en France. Les séminaires ont permis que se mette en place une collaboration de quatre ans (2010-2014) entre l’équipe de Toulouse (responsable Agnès Fine) et celle de Florianopolis (responsable Miriam Pillar Grossi) sur les thèmes « Parenté/genre/sexualités » dans le cadre des accords franco-brésiliens CAPES-COFECUB.
Le second semestre a été centré sur l’histoire de l’anthropologie de la parenté et de la distinction de sexes en France au tournant du xixe et du xxe siècle. La réflexion sur l’œuvre de Paul Lacombe, initiée l’année précédente, en collaboration avec Sylvie Sagnes (CNRS, Lahic) et Nicolas Adell (maître de conférences à l’UTM) a été poursuivie. Paul Lacombe est un savant de formation historienne, passionné par les travaux des premiers sociologues, auteur d’un des premiers ouvrages en langue française sur l’évolution du mariage (1889). Un colloque sur son œuvre a été organisé à Lauzerte par Agnès Fine et Nicolas Adell en septembre 2009 dont les communications (25) sont aujourd’hui réunies en vue d’une publication. La présentation des analyses de Georges Stocking sur les orientations qui caractérisent l’histoire de l’anthropologie et plus largement l’histoire des disciplines scientifiques entre « historicisme » et « présentisme », le premier pôle privilégiant l’analyse du contexte de production intellectuelle, le second caractérisant la tendance à voir dans les œuvres du passé les prémisses de la science présente, a ouvert les séminaires pour fournir aux étudiants un cadre conceptuel utile. Puis ont été étudiés successivement quatre textes : l’article d’Edward Tylor, paru également en 1889 : « On a method of investigating the development of institutions applied to laws of Marriage and descent », la critique par Durkheim (1895) de l’Histoire du mariage de Westermarck, l’article de Durkheim sur « La prohibition de l’inceste et ses origines » paru dans l’Année sociologique en 1898, enfin la critique que lui apporte Lacombe en 1911, dans un long article de la Revue de synthèse historique. L’examen de ces textes a permis de préciser l’état des savoirs et des débats à cette époque, aussi bien sur l’histoire du mariage que sur celle de l’interdit de l’inceste. L’interrogation a été poursuivie avec l’analyse du texte de Mauss sur la division par sexe, et du commentaire qu’en a fait Irène Théry dans son livre La distinction de sexe, 2007. Le travail devrait être poursuivi avec l’examen des textes produits par les élèves de Mauss, puis par leurs « descendants ».
Plusieurs chercheurs ont été invités à présenter leurs publications et leurs recherches en cours sur les questions de parenté et de genre : Enric Porqueres i Gené (maître de conférences à l’EHESS) sur les Défis contemporains de la parenté (2009), Claudia Fonseca, professeure d’anthropologie à l’Université de Porto Alegre (Brésil) sur « Les adoptions au Brésil », Félicie Drouilleau (doctorante EHESS) sur « Maternité et domesticité à Bogota ».

Publications
• Avec Félicie Drouilleau, Mélanie Jacquemin et Isabelle Puech, dossier : « Domestiques d’ici et d’ailleurs », Travail, genre et sociétés, n° 22, 2009, p. 25-30.
• Avec Véronique Moulinié et Jean-Claude Sangoï, « De mère en fille. La transmission de la fécondité », L’Homme, n° 191, 2009, p. 37-76.
• Avec Agnès Martial, « Vers une naturalisation de la filiation ? », Genèses, vol. 1, n° 78, 2010, p. 121-134.

Dernière modification de cette fiche : 7 juillet 2009.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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