2009-2010

Introduction à la sociohistoire

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Lundi de 11 h à 13 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 9 novembre 2009 au 31 mai 2010

Le séminaire commencera par plusieurs séances sur les concepts, les méthodes et les objets d'études de la sociohistoire.

Ces outils seront ensuite mis en œuvre pour présenter un nouveau cycle de recherches centré sur la sociohistoire des pratiques culturelles. On prendra comme fil conducteur, la question des rapports entre la science et l’art. Plus précisément, on comparera les discours qui ont été tenus, depuis le XIXe siècle, par les chercheurs en sciences sociales (notamment les historiens et les sociologues) et par les artistes (principalement dans le spectacle vivant) pour légitimer leur « fonction sociale ». L’analyse portera plus particulièrement sur deux grandes questions civiques : la solidarité des chercheurs et des artistes avec le mouvement ouvrier, et le combat contre la xénophobie et le racisme. Le séminaire abordera aussi la question des relations entre le fond et la forme dans le cadre d’une analyse sociohistorique des rapports entre la construction et la réception sociales des discours et des œuvres.

Aires culturelles : Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Problèmes généraux

Intitulé général : Sociohistoire des relations de pouvoir, XIXe-XXe siècles

Renseignements : IRIS, 96 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 53 63 56 35.

Direction de travaux d'étudiants : tous les lundis de 13 h à 15 h,

Réception : sur rendez-vous, IRIS, 96 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 53 63 56 35 ou par courriel.

Niveau requis : l'inscription au séminaire nécessite un entretien préalable avec le directeur d'études et un projet de recherches.

Adresse(s) électronique(s) de contact : noiriel(at)jourdan.ens.fr

Compte rendu

Les premières séances du séminaire ont été consacrées à la présentation des concepts de la sociohistoire, et des principales recherches menées dans ce domaine depuis une quinzaine d’années. Nous avons ensuite abordé l’objet spécifique du séminaire de cette année, centré sur la sociohistoire des « publics » (xixe-xxe siècle). On a examiné les différentes définitions de ce terme en prenant appui sur la philosophie politique (Jürgen Habermas), et la sociologie (Émile Durkheim, Gabriel Tarde, John Dewey, Joseph Gusfield). Nous avons abordé ensuite l’analyse des « problèmes publics » en privilégiant l’exemple de l’immigration. On a montré pourquoi le sociohistorien devait appréhender l’étude du « public » en prenant en compte à la fois ceux qui produisent les discours (ou les œuvres) et ceux qui les reçoivent (lecteurs, auditeurs, spectateurs). Cette perspective nous a permis de mettre en évidence plusieurs périodes dans la construction des représentations de l’immigration et des formes de stigmatisation des « minorités » qui en découlent. On s’est demandé ensuite en quoi le passage de la démocratie de partis à la démocratie du public (pour reprendre la classification de Bernard Manin) pouvait expliquer certaines particularités du discours actuel sur l’immigration (cf. notamment la thématique des « minorités visibles »).
Dans le prolongement de cette réflexion, nous avons réfléchi au rôle joué par les intellectuels dans ce processus depuis l’affaire Dreyfus. La restructuration de l’espace public au début de la IIIe République a fortement accentué la séparation du savant et du politique, créant un fossé que les intellectuels ont cherché à occuper. Utilisé dans un sens péjoratif par les antidreyfusards, le terme « intellectuel » désigne désormais le savant (universitaire) qui doit se justifier d’intervenir à propos de questions politiques sur lesquelles il n’a pas de compétence particulière. « Dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés » devient dès lors la mission que se fixe l’intellectuel et l’enjeu des polémiques qui les opposent entre eux.
La troisième partie du séminaire a été consacrée à l’analyse sociohistorique des publics culturels. On a commencé par présenter les analyses de Norbert-Elias sur le sport comme processus de « civilisation » et de pacification des conduites, en insistant sur la question de la réception du spectacle sportif. On s’est penché aussi sur le rôle de la musique actuelle comme facteur de sociabilité, en prenant l’exemple du rap. La comparaison des publics des matches de football et du rap avec le public de théâtre a mis en évidence la diversité des formes de réception sociale des spectacles dans la France d’aujourd’hui. Ces questions ont été également développées dans le cadre du séminaire collectif « Faire le spectacle » organisé à l’École normale supérieure, en collaboration avec Stéphane Beaud et Pierre-Emmanuel Sorignet.
Pour conclure l’enseignement de cette année universitaire, nous avons présenté une expérience réalisée avec des artistes et des animateurs associatifs dont le but est de transmettre, dans des langages accessibles aux milieux populaires, les résultats de la recherche en sciences sociales (conférence-spectacle sur l’histoire du clown « Chocolat »).
Plusieurs séances du séminaire ont été animées par des conférenciers extérieurs. Anthony Pecqueux est intervenu sur la sociologie du rap, Juliette Rennes a parlé de la domination masculine dans la Fonction publique sous la IIIe République, Elsa Favier a présenté les premières conclusions de l’étude qu’elle a réalisée sur les publics de la conférence-spectacle « Chocolat », créée le 23 mars 2009 à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Auteur : Gérard Noiriel, metteur en scène : Jean-Yves Pénafiel, comédien : Alain Aithnard, musicien : Sacha Gattino, vidéaste : Nicolas Boucher, scénographe : Laurent Gachet, costumes : Marie-Laure Rocher.

Publications
Le massacre des Italiens. Aigues-Mortes 17 août 1893, Paris, Fayard, 2010.
• « L’invention de l’immigration », dans Migrants. Craintes et espoirs, sous la dir d’Alain Chemin et Jean-Pierre Gélard, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009, pp. 51-56
• « De quelques usages publics de l’histoire », Tracés. Revue de Sciences humaines, 2009, p. 123-132.
• « Dire la vérité au nom des opprimés », entretien avec Thierry Discepolo et Philippe Olivera, Revue Agone, n° 41/42, 2009, p. 205-224.

Dernière modification de cette fiche : 2 juillet 2009.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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