S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Mardi de 15 h à 17 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 novembre 2009 au 15 décembre 2009 et du 4 au 25 mai 2010. Pas de séance les 17 et 24 novembre
Le séminaire poursuivra la recherche engagée sur ces thèmes. Postulant l'autonomie de son objet, le déclarant libre de toute contrainte historique et sociale, l'histoire de l'art s'est construite depuis le XIXe siècle en se fondant sur un supposé « génie » des nations et des races, façonnant par là-même une réception nationale et raciale des objets artistiques. Sous les discours de « l'amour de l'art » se sont ainsi déployés, durant deux siècles, les cultes nationaux et raciaux qui divisaient l'Europe.
Les séances des 17 et 24 novembre sont annulées. Les participants sont invités à assister à la journée d'études sur le nationalisme en histoire de l'art qui se tiendra le 25 novembre 2009 à partir de 9 h 30 (salle Vasari, INHA, 2 rue Vivienne 75002 Paris)
Mots-clés : Anthropologie, Arts, Esthétique, Histoire, Politique, Visuel,
Aires culturelles : Europe,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations
Intitulé général : Histoires et idéologies de l'art contemporain
Renseignements : Éric Michaud ou Christine Bonnefoy, CEHTA, 54 bd Raspail 75006 Paris.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous, ou envoi des dossiers à Christine Bonnefoy, CETHA, 54 bd Raspail 75006 Paris.
Niveau requis : niveau M1. Séminaire ouvert aux étudiants de M2. Un projet de recherche écrit d'une dizaine de pages est nécessaire pour les demandes d'inscription en doctorat.
Site web : http://www.ehess.fr/centres/cehta
Adresse(s) électronique(s) de contact : eric.michaud1(at)free.fr, cehta(at)ehess.fr
Le séminaire, réduit cette année à un semestre, a repris l’examen des grandes constructions qui, dans l’Europe des XIXe et XXe siècles, ont fait de l’histoire de l’art une discipline indissociablement nationaliste et raciste. Il fallait en effet rappeler d’abord la manière dont de très nombreux discours savants de la fin du xixe siècle et du début du XXe usent presque indifféremment des notions de « peuple », de « race » et de « nation », justifiant ces usages flottants par ce qu’ils présentent comme le « fait » d’une hérédité tout à la fois biologique et psychologique. Ainsi en France, l’Hérédité psychologique (1873) du très influent directeur de la Revue philosophique Théodule Ribot, les Lois psychologiques de l’évolution des peuples (1894) de Gustave Le Bon ou l’Esquisse psychologique des peuples européens (1903) d’Alfred Fouillée soulignent tous que de même qu’un peuple se perpétue par le moyen de la génération, le « caractère national » se conserve par l’hérédité. Ces mêmes thèses d’une mémoire collective nationale ou raciale, inscrite dans la chair même d’un peuple, inspirent la plupart des historiens de l’art s’efforçant d’abord de lire dans les objets artistiques le « caractère » du peuple ou de la « race » qui les a produits.
Dans un second temps, le séminaire s’est attaché à l’examen des grandes oppositions entre « races latines » et « races germaniques » ou « nordiques » opérant dans l’histoire de l’art des XIXe et XXe siècles. Un exemple éclairant en est l’enquête sur « les origines du gothique » menée dans la revue Formes, en 1929-1930, par le critique et historien Waldemar George sollicitant huit historiens de l’art : quatre français (Émile Mâle, Louis Bréhier, Elie Faure, Henri Focillon) et quatre de langue allemande (Josef Strzygowski, Hans Karlinger, Konrad Escher et Albert Erich Brinckmann). Le point de départ de l’enquête était donné par la publication, en 1928, du livre de Wilhelm Uhde intitulé Picasso et la tradition française qui développait l’idée selon laquelle « l’esprit gothique » de Picasso était venu féconder la « tradition française » – incarnée notamment par Georges Braque – pour engendrer le cubisme en Île-de-France. Et c’était, selon Wilhelm Uhde, la seconde fois que le génie germanique, frère du génie grec, fécondait « l’âme romane-française » sur ce même sol d’Ile-de-France (comme l’arrivée du sang germain des Francs avait jadis donné naissance au gothique). Le séminaire a cherché à montrer comment ces thèses se fondaient sur l’image (construite depuis et par Leibniz, Herder ou Wilhelm Schlegel) d’une Völkerwanderung ou « migration des peuples » germaniques qui, à partir du ve siècle, aurait soudain fait basculer l’Occident de l’Antiquité méditerranéenne à une modernité nordique.
Le séminaire a par ailleurs accueilli les communications d’Anne Lafont, de Michela Passini et de Catherine Fraixe, dont les travaux croisent les nôtres ; qu’elles en soient ici remerciées. Enfin, j’ai eu l’occasion d’exposer certains résultats de ma recherche à l’Institute for Advanced Study de Princeton où j’ai résidé en tant que membre invité de janvier à avril 2010.
Publication
• La estética nazi, Buenos Aires, Adriana Hidalgo, 2009, 400 p.
Dernière modification de cette fiche : 25 mai 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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