2009-2010

Savoirs, natures, gouvernements : comment penser les transitions et les permanences entre 1750 et 1850

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Dates et heures fixées ultérieurement (Centre Alexandre-Koyré, MNHN, pavillon Chevreul, 3e étage, 57 rue Cuvier 75005 Paris),

La période 1750-1850 est marquée par l'émergence d'une société civile active et différenciée. Un espace public complexe se structure autour de nouveaux modes de production et de diffusion de l'information. Avec l'afflux croissant de denrées et de produits manufacturés, des formes inédites de consommation se développent. Cette situation induit des engouements mais aussi des contestations nombreuses qui mènent à des formes de régulation inédites (administrations recourant à l'expertise des scientifiques, constitution de contre-expertises locales, plaintes auprès des tribunaux et décisions de justice amenant à des ajustements de la part des producteurs). 1750-1850 est aussi une période de reconfiguration de l'État marquée par le développement d'administrations techniques dans des domaines multiples (de la construction des routes aux techniques agricoles, de la gestion des ressources aux services d'hygiène), qui prennent en charge de nouveaux rôles de régulateur, mais aussi de constructeur, affirmant ainsi que la nature et la société peuvent et doivent être redéfinies, réarrangées. Enfin, cette période est celle d'une globalisation marchande et politique qui remodèle les régimes de savoirs et en fait naître de nouveaux (portant sur l'administration et l'État, sur les espaces, les cultures, les langues, etc.).

Ce séminaire abordera cet ensemble de question autour de trois axes. Tout d'abord, la question de la propriété intellectuelle et de la circulation des savoirs. Dans quelle mesure la figure de l'auteur, la définition des objets sur lesquels il peut revendiquer des droits, se transforment durant cette période ? Peut-on considérer qu'on passe de savoirs « réservés » à des savoirs communs, par une formalisation de ces savoirs, par une dématérialisation ou une systématisation, par un changement des espaces dans lesquels ils sont ordinairement situés ? Peut-on parler de la constitution d'un espace isotrope, à la fois marchand et ouvert à des participations multipliées ?

Pour prolonger cette interrogation sur l'émergence d'un espace possiblement continu, aux propriétés et aux acteurs uniformisés ou universalisés, nous reviendrons ensuite sur la nature de l'espace public et de ses liens avec l'espace de la consommation. Plusieurs auteurs insistent sur la place centrale des nouveaux produits et du commerce dans l'émergence d'une sphère publique à la fois individualisée et politique. Quelle est la place de la presse et de la publicité dans la constitution conjointe d'une sphère publique et d'un marché ? Dans quelle mesure la figure du consommateur, le développement des consommations, reconfigurent les espaces publics ? Ne faut-il pas plutôt penser des espaces et des opinions publics différenciés ? Les savoirs scientifiques se constituent-ils ici en autorité dans l'espace public, et dans quelle mesure des savoirs alternatifs se forment en regard ?

Enfin, troisième et dernière thématique, le gouvernement des savoirs, entre sciences camérales et mise en place des États. Il s'agit ici de voir ce que les sciences (et les techniques) « font à l'État », comment se meurt le système des sciences camérales et comment des formes plus autoritaires et interventionnistes de gestion des populations voient le jour, pour leur « bien » et celui des États. Nous souhaiterions ici mettre en regard le développement de nouvelles formes de savoir sur les individus et les territoires, avec les dynamiques d'ensemble de l'expansion et du gouvernement colonial.

24 mars 2010 (de 14 h à 18 h) : Savoirs communs, savoirs publics, savoirs « réservés »
Liliane Hilaire-Perez (CNAM) : « La culture opératoire entre l'espace savant et l'entreprise, en France et en Angleterre au XVIIIe siècle »
Dinah Ribard (EHESS) : « Savoirs industriels et travail intellectuel ouvrier, 1750-1800 »

Jeudi 8 avril 2010 (de 14h à 18h) : Gouvernement par les normes. Intervenants : Alessandro Stanziani (EHESS) : « Produit naturel = produit pur ? Rhétorique scientifique et politiques publiques » et Jean-Baptiste Fressoz (Harvard University) : « L’émergence de la norme de sécurité et de la société libérale »

Jeudi 20 mai 2010 (à 14 h) : "Le marché des sciences et des techniques : consommation et production"
William J. Aschworth (University of Liverpool) : « Quality and the Roots of Manufacturing “Expertise” in Eighteenth Century Britain »
Julien Vincent (Université de Franche-Comté) : « Production et consommation des savoirs scientifiques à l'ère révolutionnaire : le cas du comte Rumford »

Site du séminaire : http://www.histnet.cnrs.fr/research/sciences-savoirs-ecopol/modeles/presentation.htm

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire des sciences

Intitulé général : Sciences, sociétés, pouvoirs : approches historiques

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : master 1.

Site web : http://www.koyre.cnrs.fr/spip.php?article253

Adresse(s) électronique(s) de contact : pestre(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire s’est ouvert par un travail de synthèse proposé par Dominique Pestre. Son but, à la fois théorique et historique, consistait à situer les tensions qui marquent alors le déploiement des sciences et techniques en sociétés, en économie et en politique. Une série de propositions caractérisant ce régime d’existence des sciences et techniques en sociétés ont été avancées, propositions qui ont fait l’objet de longues discussions.
Le séminaire a par la suite porté sur ce que les savoirs scientifiques ont fait à l’espace public de cette période – et réciproquement. Cela a permis d’inviter et d’écouter plusieurs de nos collègues français et américains et de faire le point sur ce champ de travail initié par Jürgen Habermas il y a cinquante ans. Au second semestre, nous avons travaillé sur corps, émotions et politique, et sur la thématique : savoirs communs, savoirs publics, savoirs « réservés », laissant toutefois de côté, la question du renouvellement radical, en France comme aux États-Unis, du droit des brevets. Pour les séances d’avril à juin, nous avons considéré deux autres thèmes. Nous avons étudié comment le gouvernement par les normes (une thématique omniprésente chez les politistes aujourd’hui) s’est institué dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, et vu en quoi le marché des sciences et des techniques est non seulement un marché de production mais aussi un marché de consommation.

Dernière modification de cette fiche : 15 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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