2009-2010

Savoirs techniques et patrimoine culturel immatériel en Chine (XVIIe-XXIe siècle) : formation, tradition, transmission

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e jeudis du mois de 11 h à 13 h (salle 451, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 12 novembre 2009 au 10 juin 2009

La convention de l’UNESCO de 2003 a institué la notion de patrimoine culturel immatériel dont le but est de sauvegarder et de diffuser ce patrimoine au sein des communautés, des pays et du monde. On entend par « patrimoine culturel immatériel » les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel (article 2 de la convention).

Il se manifeste dans les domaines suivants : les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ; les arts du spectacle ; les pratiques sociales, rituels et événements festifs ; les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers ; les savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel.

La Chine s’est très tôt intéressée à cette convention et a mis en place dès 2003, des actions en ce sens. Actuellement ce sont les autorités locales qui sont sollicitées pour concrétiser la protection au niveau local, effectuer le recensement en vue d’établir les dossiers exhaustifs et systématiques du patrimoine immatériel ; dresser à l’échelle nationale, provinciale, municipales etc. les inventaires des chefs-d’œuvre etc. Ce sont des dizaines de dossiers qui seront présentés par la Chine en vue de leur inscription sur la liste du Patrimoine mondial par l’UNESCO.

Le séminaire traitera de ces questions en cherchant à mettre en relief les problématiques sous-tendues par cette notion de patrimoine immatériel. Nous insisterons sur les questions de méthodes et de sources en prenant notamment des exemples dans le domaine des savoir-faire artisanaux, de la médecine et de la cuisine avec une vision à la fois historique et anthropologique.

Aires culturelles : Asie orientale,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Renseignements : sur rendez-vous

Réception : sur rendez-vous

Niveau requis : ouvert aux masters.

Adresse(s) électronique(s) de contact : bodolec(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire a été consacré à une étude exploratoire des premières listes inscrites au titre de Patrimoine Culturel Immatériel à l’Unesco (PCI) par la République Populaire de Chine.
Après un bref rappel de l’histoire de la Convention de 2003 et de ses modalités, plusieurs séances ont été dédiées au concept de PCI en Chine Populaire. On s’est d’abord intéressé à l’organisation du recensement dont Li Wang, une jeune juriste doctorante, a exposé les grandes lignes, le 26 novembre 2009, explicitant son organisation complexe et hiérarchisée à tous les niveaux de l’administration chinoise. En effet, alors que la France s’est appuyée sur la Mission du patrimoine ethnologique pour récolter les éléments du PCI, la Chine a procédé à la mise en place d’un recensement national, mobilisant dans les régions, enseignants, chercheurs, érudits et spécialistes ; l’objectif étant la création d’une importante base de données et d’une grande liste nationale résultant de l’addition des collectes régionales.
Ce travail n’aurait cependant pu s’accomplir sans la Réforme du début des années 1980. Car ce n’est qu’à partir de cette époque que les autorités chinoises ont redonné ses lettres de noblesse à la culture populaire qui avait été taxée de « superstition » au plus fort du maoïsme, et fait l’objet d’attaques incessantes, tandis que certaines expressions artistiques populaires avaient été au contraire préservées, voire encouragées (mais sous certaines formes bien délimitées) au sein des groupes ethniques minoritaires chinois appelés « minorités nationales ».
Plusieurs séances ont porté sur l’analyse comparative de vidéos présentées en appui de certains éléments inscrits au PCI de l’Unesco. On s’est particulièrement attaché à la forme de ces présentations qui varie grandement selon les éléments présentés, mais aussi selon les pays. Une comparaison entre des fabrications de papier traditionnel, le papier Xuan dans la province de l’Anhui en Chine et le papier Sekishi-Banshi de la région d’Iwami au Japon a été particulièrement instructive. Le film japonais est d’une précision ethnologique sans concession, tandis que la vidéo chinoise est beaucoup plus impressionniste et poétique.
On s’est ensuite plus particulièrement intéressé à deux domaines : la médecine, discipline déjà instituée comme patrimoine culturel chinois par le gouvernement chinois, et la cuisine qui fait l’objet de nombreux débats aujourd’hui en Chine dans la perspective d’une éventuelle demande d’inscription au titre du PCI.
Au sujet de la médecine, nous avons étudié les neuf propositions concernant ce sujet retenues par les autorités chinoises dans la liste (qui comprend 501 éléments) de chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel établie au début de 2006. Ces propositions (que nous avons examinées dans leur version anglaise et chinoise, toujours différentes) abordent la conception de la maladie, le diagnostic, l’acupuncture, les techniques de fabrication des médicaments, la « culture » de deux grandes pharmacies et la médecine tibétaine. Les textes, provenant de divers organismes, témoignent, d’une certaine façon, des difficultés rencontrées aujourd’hui par la médecine traditionnelle chinoise en Chine même.
Pour ce qui est de la cuisine, l’étude d’articles récents parus dans la revue Zhongguo pengren (Chinese Cuisine) et des rubriques consacrées à cette question figurant sur le site-web du PCI chinois nous a permis de comprendre la perplexité actuelle des autorités chinoises en la matière. Elles hésitent entre la prudence – en attente notamment du sort réservé à la demande française effectuée à l’été 2009 (sur le repas gastronomique français) – et la volonté de faire valoir sans perdre de temps (sans se faire devancer) la tradition gastronomique chinoise. Pour lors, le débat ouvert sur la question d’une éventuelle demande d’inscription chinoise dans le domaine culinaire et gastronomique suscite des prises de position très diverses dans les milieux concernés, entre ceux qui espèrent une candidature rapide de la part de la Chine pour faire reconnaître la valeur de ses traditions culinaires et ceux qui posent une question de fond : qu’est-ce que la cuisine chinoise, et comment la définir ?
Le séminaire a par ailleurs bénéficié des connaissances de Chan-hui Mau (maître de conférences, Université Qinghua, Xinzhu, Taiwan) en matière de sériciculture dont elle est une des grandes spécialistes. Son intervention du 28 janvier 2010 était intitulée : « Curiosité ou intérêts économiques ? Observations et écrits sur les vers à soie sauvage sous les Qing (1644-1911) ».
Enfin, Françoise Sabban a présidé le jury de thèse de droit public de Li Wang présentée le 14 juin 2010 à l’Université de Paris-XI/Paris-Sud sur « La convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et son application en droit français et chinois » (directeur de thèse : Jérôme Fromageau).

Dernière modification de cette fiche : 17 septembre 2009.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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