S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
2e et 4e mercredis du mois de 9 h à 11 h (salle 830, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 25 novembre 2009 au 26 mai 2010. Séances supplémentaires les 2 et 9 juin (même heure, même salle) et le 22 juin de 13 h à 15 h (même salle)
Le séminaire entend poser les jalons d’une sociologie historique de l’État en Turquie depuis la période des Tanzimat, l’État étant ici entendu comme ensemble d’institutions historiquement et socialement situées, dont il s’agit d’interroger l’homogénéité apparente. Deux axes de travail seront privilégiés : l’étude des pratiques de l’État en tant qu’organisation bureaucratique dépatrimonialisée (modes de gouvernement, pratiques administratives, filières d’accès à la fonction publiques), et l’analyse de l’État en tant qu’espace et acteur de socialisation (production de classements, de pratiques et de représentations légitimes, nationalisation des enjeux).
Il s’agira de multiplier les échelles d’analyse, d’identifier et d’interroger les ruptures et les continuités historiques. On évaluera la porosité de la sphère administrative turque aux forces et aux lignes de division politiques (processus de politisation des institutions).
Le séminaire est bimensuel, et articulé à un programme de recherches ANR « Ordonner et transiger. Modalités de gouvernement et d’administration en Turquie et dans l’Empire ottoman depuis la fin du XIXe siècle » (2008-2011).
8 décembre de 17 h 30 à 19 h : Conférences de Yael Navaro-Yashin (University of Cambridge, Dept. of Social Anthropology), Affect and Administration : Civil Service under the Turkish Republic of Northern Cyprus
13 janvier : "L'Administration de la Dette Publique ottomane au service des épargnants européens mais aussi vecteur de modernité pour l'Empire" (Alexis Gilodi, EHESS)
27 janvier : Sümbül Kaya, ATER en science politique à l’Université de Lyon-II, «Les effets socialisateurs de la conscription en Turquie depuis 1980 »
10 février 2010 : Benjamin Gourisse, ATER en science politique à l’Université Paris-I, « Les activités partisanes de captation des ressources étatiques et leurs effets sur le jeu politique (1975-1980)»
10 mars 2010 : Ayse Ayata, professeur à l'université technique du moyen-orient à Ankara (ODTÜ), invitée dans le cadre de la chaire sécable de l'IISMM, 'Changing paterns of state clientellism since 1950'
24 mars 2010 : Anouck Gabriela Corte-Real, doctorante, Sciences-Po, Paris ; "Le redéploiement libéral de la domination militaire en Turquie : le cas du fonds extrabudgétaire Savunma Sanayi Destek Fonu"
14 avril 2010 : Emmanuel Szurek, CETOBaC, EHESS, "Administrer la langue ? La « Société de la Langue Turque » à l'époque kémaliste"
12 mai 2010 : Berna Ekal Şimsek (Université du Bosphore/EHESS), "Féminisme, services sociaux municipaux et la question « de l'aide » en Turquie: le cas des refuges pour les femmes violentées"
26 mai 2010 : Nicolas Camelio, EHESS, "Les juristes entre militaires et politiques : le coup d'Etat de 1960 et l'écriture de la Constitution de 1961 en Turquie"
2 juin 2010 : Jean-François Bayart (CNRS/CERI), "Marianne et Tayyip. Un essai de sociologie historique du politique", autour de son livre L'Islam Républicain ( consulter ici )
9 juin : Nicolas Camelio (ENS/EHESS), "Les juristes entre militaires et politiques : le coup d'Etat de 1960 et l'écriture de la Constitution de 1961 en Turquie"
22 juin (13h-15h) : Noémi Levy (EHESS/Université du Bosphore), "Le quartier comme espace et acteur du contrôle à Istanbul"Mots-clés : Anthropologie, Histoire, Politique, Sociohistoire, Sociologie,
Aires culturelles : Europe centrale et orientale, Europe sud-orientale, Maghreb, Méditerranéens (mondes), Musulmans (mondes), Turc (domaine),
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Renseignements : Élise Massicard, bureau 801, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 49 54 24 21.
Adresse(s) électronique(s) de contact : elise.massicard(at)ehess.fr
Le séminaire s’est poursuivi en 2009-2010 pour sa seconde année. Articulé au programme ANR TRANSTUR, « Ordonner et transiger. Modalités de gouvernement et d’administration en Turquie et dans l’Empire ottoman depuis la fin du XIXe siècle » (2008-2011), le séminaire entend poser les jalons d’une sociologie historique de l’État en Turquie depuis la période des Tanzimat. Outre les participants du programme, ont participé des collègues extérieurs, ce qui permet d’échanger plus largement mais aussi de donner une visibilité aux travaux du projet.
Ont été discutés à la fois des recherches en cours et des résultats, mais aussi des positionnements méthodologiques et théoriques, ainsi que des lectures. Les interventions se caractérisent par un travail sur des sources jusqu’alors peu/pas exploitées, telles que les photographies (Emmanuel Szurek) ; les archives de la police (Noémi Lévy) ; les entretiens avec d’anciens fonctionnaires (Benjamin Gourisse, Anouck Corte-Real) et des conscrits (Sümbül Kaya) ; l’observation (Berna Ekal) ; les témoignages (Nicolas Camelio).
L’État est ici entendu comme ensemble d’institutions historiquement et socialement situées, dont il s’agit d’interroger l’homogénéité apparente. L’ambition est de décentrer le regard sur l’État turc, généralement considéré comme fort, unifié, clairement différencié par rapport à la société, et de proposer une lecture renouvelée des modes de gouvernement et d’administration dans l’Empire ottoman et en Turquie. Décentrer le regard passe aussi par une analyse de l’État par le « bas », par le biais notamment de l’étude des pratiques.
Le séminaire a privilégié deux axes de travail. Le premier a trait à l’étude des pratiques de l’État en tant qu’organisation bureaucratique dépatrimonialisée (modes de gouvernement, pratiques administratives, filières d’accès à la fonction publique), autour de trois points.
a) Les changements des modes de gouvernance. Ainsi, Anouck Corte-Real a montré que le retrait apparent du pouvoir institutionnel militaire dans le contexte de réformes dites d’européanisation coexiste avec le développement de mécanismes économiques extrabudgétaires en sa faveur. Les participations militaires dans l’économie sont au cœur de la recomposition néolibérale. Ainsi, les militaires diffusent, dans une certaine mesure, leur pouvoir hors de l’armée. Alexis Gilodi a interrogé le rôle des Européens dans l’administration de la dette ottomane. De même, Emmanuel Szurek à partir de l’étude de la révolution linguistique et de la Société de la langue turque dans les années 1930, a également posé la question des périmètres changeants de l’État et la façon dont celui-ci conquiert un espace social par des modes de gouvernance hybrides (institutions à moitié étatiques).
b) Une attention particulière a été portée aux formes de perméabilité de l’action publique aux acteurs non institutionnels. Il s’est agi d’identifier ces acteurs (intermédiaires, acteurs privés), ainsi que leurs modes de participation dans l’action publique. L’étude du maintien de l’ordre à l’échelle du quartier à l’époque hamidienne (Noémi Lévy) a mis en lumière des figures d’intermédiaire tels les veilleurs de nuit, l’ambivalence de leurs rapports avec la police, leur rôle dans l’institutionnalisation des forces policières et dans la compréhension de la sphère d’influence de l’État. Nicolas Camelio a aussi apporté un éclairage sur les ressources mobilisées par les juristes pour prendre part à la rédaction de la constitution de 1961. Ayşe Ayata a éclairé les évolutions dans le temps des pratiques clientélistes. S’est aussi posée la question des interactions entre agents de l’État et administrés et les usages sociaux de l’administration ; Berna Ekal a ainsi montré que les foyers pour femmes violentées sont également utilisées par les femmes en situation de pauvreté.
c) On a ainsi évalué la porosité de la sphère administrative aux forces politiques. Benjamin Gourisse a étudié comment dans les années 1970 les organisations politiques se livraient à une captation et à une transformation des ressources étatiques. Le politique intervient alors dans le recrutement et la carrière des fonctionnaires.
Le second axe a porté sur l’État en tant qu’espace et acteur de socialisation : production de classements, de représentations, de catégories par l’administration et leur réception. Comment les individus intériorisent-ils, s’approprient-ils, font-ils usage de ces catégories ? Sümbül Kaya a montré à quel point les effets socialisants du service militaire, pourtant long et « dur », diffèrent en fonction des milieux et des socialisations antérieures des appelés. Yael Navaro-Yashin a montré les ambivalences des effets de croyance produits par une administration non reconnue internationalement (Chypre Nord).
Ces questions ont été appréhendées dans leur historicité (Jean-François Bayart), et en portant une attention particulière à l’identification et à l’interrogation des ruptures et des continuités historiques.
Dernière modification de cette fiche : 31 mai 2010.
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