S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Lundi de 17 h à 19 h (amphithéâtre François-Furet, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 7 décembre 2009 au 7 juin 2010. La séance du 8 février 2010 se déroulera de 18 h à 20 h. Pas de séminaire le 3 mai
On cherchera à démêler ce qui relève d’une réflexion sur l’individuation des natures communes (qu’est-ce que c’est qu’être toi ?, demande Aristote), ce qui relève d’une logique du discours à la première personne (logique des pronoms personnels), ce qui relève d’une éthique du caractère (« être soi-même » dans l’adversité comme dans le train-train quotidien), et enfin ce qui relève d’une philosophie de la description anthropologique (sur l’individualisation des manières d’être parmi les autres).
Mots-clés : Philosophie,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)
Domaine de l'affiche : Philosophie et épistémologie
Intitulé général : Philosophie de l'action
Renseignements : Élodie Paccaud, CRPRA, 105 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 53 63 51 48.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous uniquement.
Réception : sur rendez-vous uniquement.
Niveau requis : niveau du master 1. Pour toute inscription pédagogique, nécessité d'un projet écrit.
Adresse(s) électronique(s) de contact : crpra(at)ehess.fr
Poursuivant notre enquête sur l’identité prise au sens d’une définition de soi, nous avons cherché à préciser les termes dans lesquels poser la question de l’individualité humaine.
Tout d’abord, quel est le problème auquel on veut répondre en déterminant un « principe d’individuation » ? Commentant l’« argument de la croissance » (ou argument d’Epicharme), nous avons reconnu que la notion du principe d’individuation répond à des questions différentes sur l’identité individuelle selon que le point de vue adopté est synchronique ou diachronique. Lorsque la question porte sur des individus contemporains, on demande ce qui fait la différence entre deux exemplaires d’un même type (qu’on peut supposer aussi semblables que l’on voudra). Lorsque la question de l’individuation est posée du point de vue diachronique, elle porte sur l’identité d’un individu historique. Comme le fait ressortir l’argument d’Épicharme, il faut alors fournir un critère d’identité approprié à la nature de l’être individué qu’on veut identifier (un organisme, un vaisseau, une personne humaine, une cité, etc.).
Dans un second temps, nous avons discuté de l’individualité telle qu’elle s’exprime à la première personne en nous appuyant sur un article classique d’Élizabeth Anscombe (« The First Person »). Le but d’Anscombe est d’expliquer (et de combattre) la séduction qu’exercent sur nous les doctrines dualistes de la personne (l’âme et le corps, l’ego et l’être humain, l’ipse et l’idem). Comme Wittgenstein, elle dénonce une méprise philosophique sur la fonction du pronom personnel « moi » dans l’expression de la conscience de soi. Le philosophe devient dualiste parce qu’il raisonne ainsi : il faut bien que le mot « moi » désigne quelque chose ; or son référent ne peut pas être ce corps (car le locuteur qui dit « moi » n’a pas à vérifier si un corps est présent et si c’est bien le sien) ; donc l’ego est forcément autre chose que ce corps. La leçon de cette analyse est que l’emploi du pronom substantivé (« le moi », « the self ») n’est consistant que si l’on fournit un critère d’identité pour ce qui est visé comme le même moi. En aucun cas, une simple emphase sur le réfléchi (« je suis moi-même ») ne peut tenir lieu d’un principe d’individuation.
Comment concevoir une individualité pour soi dès lors qu’on a écarté la solution classique de l’identité réflexive (« moi = moi ») ? Plusieurs contemporains ont cherché à poser cette question en termes dynamiques. Ils ont demandé : comment concevoir le processus par lequel un individu devient sujet ? Comment devient-on soi pour soi ? Ici, on parle volontiers de subjectivation, mais la logique d’un tel processus reste à préciser. Nous avons examiné certains usages du mot « subjectivation » : d’abord au sens classique de rendre subjectif, ensuite au sens récent de changer quelqu’un en sujet. Un tel devenir-sujet peut se concevoir : soit comme un changement qualitatif (donc graduel), soit comme une mutation du tout au tout (sur le modèle de « devenir majeur »). Enfin, ce devenir-sujet peut être défini comme l’imposition d’un statut social à l’individu (« assujettissement »), ou bien, plus classiquement, comme une forme d’autoposition personnelle. Ainsi, la notion de « subjectivation » reproduit inévitablement toutes les ambiguïtés de la notion de sujet : comment en effet concevoir un devenir-sujet si l’on ne peut pas définir ce que ce serait que d’être finalement devenu sujet ?
Ces thèmes ont également fait l’objet d’un enseignement à l’Université de Chicago pendant l’automne 2009, et de trois séminaires à l’Université de Bologne au début du mois de mai 2010.
Publications
• « Il problema dell’identità colletiva : il noi istituente e il noi istituito », dans Lo Spazio sociale della ragione, édité par Italo Testa, Milan, Mimesis Edizione, 2009, p. 33-49.
• « La question de l’individualité humaine », Philosophie, n° 106, été 2010, p. 38-56.
Dernière modification de cette fiche : 12 avril 2010.
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