S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Mardi de 11 h à 13 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 17 novembre 2009 au 1er juin 2010. La séance du 26 janvier est annulée
Poursuite de l'enquête sur « l'évidence de l'histoire ». Dans deux directions : sur la formation de cette « évidence », sa longue gestation, sa préhistoire; sur les mises en question récentes de cette même « évidence » (crise de l'Histoire).
Nous commencerons par une interrogation sur la temporalisation du temps, à partir des textes prophétiques, apocalyptiques et de ceux des premiers grands ordonnateurs chrétiens (Eusèbe, Augustin...).
19 janvier : Riccardo Di Donato, Professeur à l'Université de Pise et Professeur invité à l'EHESS, "Les origines de Jean-Pierre Vernant"
Mots-clés : Antiquité (sciences de l’), Épistémologie, Histoire, Historiographie,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)
Domaine de l'affiche : Histoire - Problèmes généraux
Intitulé général : Historiographie
Renseignements : sur rendez-vous : François Hartog, bureau 934 EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 49 54 24 64.
Direction de travaux d'étudiants : le mardi à partir de 14 h et sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : rédaction d'un projet de recherche de quelques pages.
Adresse(s) électronique(s) de contact : hartog(at)ehess.fr
Dans l’enquête menée sur les conditions de la temporalisation du temps, trois fils ont été suivis, combinant le très ancien et le très contemporain. Comment répondre aux ruptures d’évidence, quand soudain le cours du temps vient à s’interrompre ? Nous avons commencé par interroger la notion même de crise (krisis), entendue comme crise du temps et dans le temps. Introduite par la médecine hippocratique, la krisis est, en effet, d’emblée liée au temps, puisque ce que cherche à repérer le médecin ce sont les jours « critiques » : que faire face à la maladie ? Krisis ne désigne pas seulement la crise terminale, mais le passage d’un état de la maladie à un autre. Cette pensée médicale de la crise a eu cours jusqu’à l’époque moderne. Mais c’est seulement au milieu du XIXe siècle (avec Juglar) que l’on envisage les crises commerciales comme de « véritables maladies » avec leurs « symptômes ». Avec ce qu’on a nommé la « crise tragique », la Grèce a apporté une deuxième contribution à la notion de crise. Elle ne laisse guère d’espoir ! Le héros n’échappe pas à son destin et il comprend trop tard (après le « renversement ») qu’il a fait le contraire de ce qu’il croyait faire. Le filet se resserre et il n’y plus d’issue. L’issue, quand il y en a une à trouver ou à saisir, se trouve du côté du kairos (qui désigne à la fois le point critique et l’occasion, le bon moment). De fait, krisis et kairos forment couple et sont porteurs de deux temps différents (le temps chronos, celui qui compte les jours et le temps surgissement, celui dit justement kairos).
À côté de ces façons grecques de penser la crise et de répondre à la question que faire ?, il y a eu les choix d’Israël puis des chrétiens. La crise (krisis) est là, mais sous la forme du Jugement, celui qu’on redoute et qu’on attend. La crise s’est radicalisée. Relevant de Dieu seul, elle n’est pas l’affaire du médecin, mais du prophète ou de l’apocalypticien, puis des apôtres. Le couple krisis kairos structure les livres prophétiques, les Évangiles, les épîtres de Paul jusqu’à l’Apocalypse de Jean. De plus, kairos fait également couple avec chronos. Le Christ apparaît comme l’incarnation du kairos et, à ce titre, comme accomplissement (plerôma) des temps (chronoi) et du temps (kairos). Une grande part de l’année a été consacrée à suivre, dans l’Ancien Testament, les articulations de ces trois termes, en étant particulièrement attentif à la formule paulinienne ho nun kairos, le moment présent, comme contraction du passé et du présent et façon de désigner le temps messianique.
En parallèle, nous avons profité de ces interrogations pour examiner, sous cet éclairage, des livres récents. Un cas frappant, puisque le rapport à la tragédie est revendiqué dès le titre, est celui des Bienveillantes de Jonathan Littell. Recourir au schéma tragique n’a rien d’anodin et dit forcément quelque chose sur une représentation du monde et de l’histoire et, d’abord, sur une forme d’expérience du temps. Peut-on être à la fois dans la tragédie et dans l’histoire ?
Sont aussi explorés d’autres schémas, apocalyptiques plutôt. Soit un autre univers de sens et un tout autre type de temporalisation. On peut penser à deux romans américains, largement traduits dans le monde : L’homme qui tombe de Don DeLillo, paru en 2007, et La Route de Cormac McCarthy, en 2006. Ces deux romanciers ont bien connu la période de la grande peur nucléaire que symbolise, depuis 1947, l’horloge du Jugement dernier, dont l’aiguille des minutes recule ou avance selon la gravité des crises. Mais, avec ces deux livres, il s’agit d’autre chose : d’une apocalypse qui est là, qui a déjà eu lieu. Il n’est plus temps de l’annoncer, de l’imaginer ou de tenter de la prévenir. On se trouve d’emblée dans l’après-catastrophe : le tout juste après avec DeLillo – les tours du World Trade Center sont en flammes –, dans un après indéterminé avec McCarthy, mais qui dure depuis des années déjà.
Nous remercions Alexandre Escudier, qui a bien voulu partager avec nous ses grandes connaissances sur l’œuvre de Reinhart Koselleck, en nous proposant un exposé sur « Temporalisation et modernité politique : penser avec Koselleck et au-delà ». Notre collègue, Riccardo Di Donato, professeur invité à l’École, a donné une série de séminaires sur « Les premiers écrits de Jean-Pierre Vernant », qui doivent faire l’objet d’un prochain livre. Nous l’en remercions vivement.
Publications
• « L’autorité du temps », Études, 411 (1-2), juillet-août 2009, p. 51-64.
• « 1906-2006. L’histoire au miroir de l’Affaire », dans Les événements fondateurs, l’affaire Dreyfus, sous la dir. de Vincent Duclert, Perrine Simon-Nahum, Paris, Armand Colin, Collection U, 2009, p. 40-49.
• « De l’histoire à la mémoire et retour : Pierre Vidal-Naquet (1930-2006) », dans Mémoire, contre-mémoire, pratique historique, sous la dir. d’Ádám Takács, Budapest, Atelier Centre franco-hongrois en sciences sociales, 2009, p. 27-41.
• « From parallel to comparison (or life and death of parallel) », dans Applied classics. Comparisons, constructs, controversies, sous la dir. d’Angelos Chaniotis, Annika Kuhn, Christina Khun, Stuttgart, Steiner Verlag, 2009, p. 15-26.
• Note liminaire à Léon l’Africain, sous la dir. de François Pouillon, Paris, IISMM-Karthala, 2009, p. 9-11.
• Préface à De l’imagination historique, sous la dir. de Nikolay Koposov, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2009, p. 9-16.
• Préface à Patrimoine et communautés savantes, sous la dir. de Soraya Boudia, Anne Rasmussen et Sébastien Soubiran, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 7-10.
• « La temporalisation du temps : une longue marche », dans Les récits du temps, sous la dir. de Jacques André, Sylvie Dreyfus-Asséo, François Hartog, Paris, Puf, 2009, p. 9-29.
• « Le présent de l’historien », Le Débat, n° 158, 2010, p. 18-31.
• « Historia, memoria y crisis del tiempo. Qué papel juega el historiador ? », Historia y Grafia, n° 33, 2009, p. 115-131.
• « Polybius and the first universal history », dans Historiae Mundi, studies in universal history, sous la dir. de Peter Liddel et Andrew Fear, Londres, Duckworth, 2010, p. 30-40.
• « Ordre des temps : chronographie, chronologie, histoire », dans Théologies et vérité au défi de l’histoire, Recherches de sciences religieuses, Peeters, 2010, p. 279-289.
• Compte rendu de Cormac McCarthy, La route, Annales HSS, vol. 2, n° 65, 2010, p. 531-534.
• « Les classiques, les modernes et nous », Revista de História, 2010, p. 21-38.
Dernière modification de cette fiche : 26 janvier 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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