2009-2010

Diasporas et territoire(s) (XVIe-XVIIIe siècle)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e jeudis du mois de 17 h à 19 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2009 au 3 juin 2010. Les séances des 4 mars et 20 mai sont annulées

Face au morcellement des historiographies et à la banalisation du concept de diaspora, ce séminaire propose une réflexion sur le fait diasporique par une approche comparée et croisée des séfarades, des huguenots et des catholiques anglais à l’époque moderne. Contrairement à l’époque contemporaine, les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles permettent en effet de saisir l’ensemble du cycle diasporique, de l’émergence à la dilution, et d’examiner le poids du religieux en amont des bouleversements de la sécularisation. On peut y lire la tension entre hétérogénéité et unité du phénomène, les effets des persécutions et de la clandestinité, la cristallisation des identités et des conflits d’appartenance ainsi que la construction de la mémoire collective.
Après avoir mis en place le cadre historiographique et les notions propres aux diaspora studies l'année passée et présenté les différents groupes concernés, nous approfondirons l’analyse de la relation des diasporas au(x) territoire(s) ; un rapport qui, au-delà du dualisme entre pays de départ et pays d’arrivée, inclut l’ensemble des expériences spatiales.

18 mars 2010 : Susanne Lachenicht, professeur à l'université de Bayreuth, "Territoire(s) perdu(s), identités gagnées - Le Refuge huguenot", dans le séminaire de Natalia Muchnik.

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M1S1 M1S2 M2S3 M2S4)

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulé général : Les diasporas à l'époque moderne, XVIe-XVIIIe siècle : comparaisons, connexions

Renseignements : Natalia Muchnik, Centre de recherches historiques, 54 bd Raspail 75006 Paris.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, tél. : 01 49 54 23 37 ou par courriel.

Réception : permanence le jeudi de 13 h à 17 h.

Adresse(s) électronique(s) de contact : natalia.muchnik(at)ehess.fr, Bertrand.Vanruymbeke(at)univ-paris8.fr

Compte rendu

Face au morcellement des historiographies et à la banalisation du concept de diaspora, ce séminaire s’est proposé de mener une réflexion sur le fait diasporique par une approche comparée et croisée des séfarades, des catholiques anglais, des huguenots et des morisques tout au long de l’époque moderne, questionnant ainsi la première comme la seconde modernité. Si ces quatre groupes ont constitué le cœur du terrain abordé, nous avons néanmoins intégré d’autres populations susceptibles, à titre de comparaison, d’aider la réflexion, telles que les esclaves africains dispersés dans l’espace atlantique et les diasporas contemporaines (Chinois, Arméniens etc.). Le thème principal de cette deuxième année du séminaire était celui des rapports des diasporas avec la ou les terres d’origine.
Les premières séances (novembre et décembre 2009) ont été consacrées à des rappels sur les diaspora studies et sur l’historiographie des diasporas modernes. Nous avons également fait le point sur les principales diasporas étudiées en accordant une attention particulière à la diaspora morisque, qui n’avait pas été analysée l’année précédente. L’approche générale a été complétée par l’intervention de Bernard Vincent (EHESS), spécialiste des minorités en Espagne et de la diaspora morisque au Maghreb « L’exil morisque. Le cas français » (17 décembre). Après une mise au point sur les différents lieux de dispersion des morisques expulsés d’Espagne en 1609-1614, Bernard Vincent a mis l’accent sur le foyer français, jusqu’à maintenant peu envisagé par l’historiographie. Nous avons enfin repris, de manière synthétique, les problématiques spatiales (territoire, réseaux, dilution) étudiées l’année passée.
Puis, en janvier, février et mars, nous avons interrogé les différentes facettes des rapports à la terre d’origine : relations réelles et imaginées, culture et langue, mémoire etc. La réflexion collective a été ponctuée par des séances centrées sur des intervenants extérieurs, portant soit sur les quatre diasporas citées soit sur les rapports que les diasporas contemporaines entretiennent avec le territoire et/ou l’espace.
Le 18 mars, Susanne Lachenicht (Universität Bayreuth), spécialiste des politiques migratoires européennes au XIXe siècle et de la diaspora huguenote « Territoire(s) perdu(s), identité(s) gagnée(s) – Le Refuge huguenot ». Elle a approfondi le rapport complexe que les huguenots exilés entretenaient avec la France, dans le cadre de ce qu’elle considère comme l’émergence d’une forme de sentiment national. Nathalie Genet-Rouffiac (Archives SHAT-Vincennes), spécialiste des jacobites nous a permis de préciser le versant politique du rapport à la terre d’origine évoquant « Une diaspora au cœur des enjeux politiques nationaux : les jacobites exilés en France sous Louis XIV ». Le rôle de la cour de Saint-Germain-en-Laye dans la vie politique anglaise a tout particulièrement retenu son attention, de même que la diversité sociologique de ceux qui se revendiquent comme jacobites (Anglais, Écossais, Irlandais).
Poursuivant nos premières réflexions de l’année passée, nous avons pu cerner la complexité du lien religieux comme critère pour approcher les diasporas, du fait de la grande hétérogénéité et labilité des pratiques et des croyances au sein des groupes envisagés. Certaines interventions nous ont d’ailleurs amenés à réduire l’incidence du critère religieux pour la définition des appartenances et le rapport au territoire. Trois séances ont ainsi mis en valeur la forte prégnance de la région et du pays d’origine dans la construction identitaire. Henriette Asséo (EHESS), spécialiste du monde tsigane dans une communication intitulée « Les “bohémiens ou Égyptiens” à l’époque moderne, éléments de comparaison », a déconstruit l’idée d’une diaspora tsigane unifiée, montrant la dimension profondément nationale voire régionale et différenciée des segments de ce qui peut apparaître comme un groupe homogène. Laurence Fontaine (CNRS), dont les recherches portent sur les colporteurs et le monde du crédit à l’époque moderne, dans son intervention sur les « Diasporas marchandes et identités dans les Alpes à l’époque moderne », a ainsi souligné l’importance de la région d’origine dans la création et le renforcement des réseaux et des clientèles diasporiques. Il en est de même avec la communication « Continuité généalogique, contiguïté géographique et extraterritorialité, la diaspora chinoise et le territoire » d’Emmanuel Ma-Mung (CNRS) qui étudie l’autonomie sociale des populations migrantes, principalement maghrébines et chinoises.
Après une approche générale de l’historiographie et des problématiques liées aux diaspora studies en 2008-2009, nous avons pu cette année nous centrer sur l’analyse des aspects spatiaux proprement dits. Toutefois, ce sont essentiellement les rapports à la (les) terre(s) d’origine qui ont été envisagés. Reste maintenant à élargir le champ pour approcher d’autres facettes des territoires diasporiques, aspects qui seront abordés en 2010-2011, dernière année du cycle.

Dernière modification de cette fiche : 17 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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