2009-2010

Missions religieuses dans le monde ibérique moderne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e vendredis du mois de 13 h à 15 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 8 janvier 2009 au 11 juin 2010. La séance du 26 mars se déroulera en salle 11

Le séminaire du Groupe de recherches sur les missions religieuses dans le monde ibérique moderne sera consacré pour la seconde année consécutive au rôle des savoirs missionnaires dans la constitution de l’histoire des religions à l’époque moderne. Il s’appuiera sur la présentation des recherches en cours et des apports de l’historiographie.

Au tournant du XVIIe siècle, le discours sur la religion se transforme de manière radicale. Et les historiens qui ont récemment étudié ce changement de cap ont souligné l’importance d’une perspective « comparative » des religions. Cette dernière est étroitement associée à l’expansion ibérique, aux études philologiques, aux expériences « ethnographiques » et à la compétition entre catholiques et protestants en Europe et dans les colonies. La naissance de l’approche « scientifique » des religions est cependant attribuée aux efforts de systématisation et d’objectivisation des savants protestants de pays comme l’Angleterre et la Hollande.
En revisitant les différents champs de missions de l’époque moderne sous le contrôle des monarchies ibériques pour la plupart, nous explorerons la richesse des documents missionnaires pour mettre en lumière les conditions de l’émergence de l’histoire de la religion et la découverte de la pluralité des religions.

Programme des séances

8 janvier 2010 : Bernard Vincent (EHESS, Paris) : « Les missions destinées aux musulmans de la Monarchie hispanique au XVIIe-XVIIIe siècles ».

22 janvier 2010 : Graciela Chamorro (Universidade Dourados, Matto Grosso du Sud, Brésil), auteur de Decir el cuerpo Historia y etnografía del cuerpo guarani, Asunción, 2009 : « Le corps indigène au miroir de la mission chrétienne » (séminaire en espagnol)

12 février 2010 : Jaime Valenzuela (Universidad Católica de Chile) : « Les supports de christianisation dans la ‘frontière jésuite’ du Chili méridional: sacrements, objets sacrés et nature sacralisée (XVIIe siècle) ».

12 mars 2010 : François Lachaud (École française d’Extrême Orient/EPHE) : «Itinéraires de Hasekura Tsunenaga (1571-1622) : fortunes et infortunes d’une mission japonaise en 1614 ».

19 mars 2010 (salle 3) : Timothy D. Walker (University of Massachusetts Dartmouth), « Imposing Mediterranean Religious Forms on Western India: Roman Catholic Competitive Domination of Hindu & Muslim Religious Sites in Cochin, Goa and Diu (c. 1503-1780) ».

26 mars 2010 : Aurélien Girard (École française de Rome), « Les missions auprès des chrétiens du Proche-Orient et l'orientalisme catholique au XVIIe siècle ».

9 avril 2010 : István Perczel (Institute for Advanced Studies, Université Hébraïque, Jérusalem) : « Rencontre culturelle entre les chrétiens de saint Thomas et les missionnaires catholiques en Inde (XVIe-XVIIe siècles) ».

7 mai 2010 (salle 3) : Guillermo Wilde (Conseil national de la recherche scientifique argentin (CONICET) auteur de Religión y Poder en las Misiones de Guaraníes (Buenos Aires, Editorial SB) 2009. « Écriture, cartographie et liturgie: trois formes de la mémoire dans les missions sud-américaines (XVIIe et XVIIIe siècles) ».

14 mai  2010 : Niklas Thode Jensen (Marie Curie Postdoctoral Fellow, European University Institute, Florence) : "Science between Mission, Commerce and Tamil Society : The doctor of the Danish-Halle Mission in Tranquebar, South India, ca. 1730-1766".

21 mai 2010 (salle 3) : Perla Chinchilla-Pawling (professeur à l' Université ibéro-américaine de Mexico), "Le sermon de mission et la société orale"

11 juin 2010 : Giovanni Pizzorusso, Università « Gabriele d’Annunzio », Chieti-Pescara, Italie. « La pluralité des religions vue par la Congrégation « de Propaganda Fide » entre connaissance du monde et souci de conversion (XVIIe siècle) ».

 

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Niveau requis : ouvert à tous.

Adresse(s) électronique(s) de contact : zupanov(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire de cette année s’est ancré autour des savoirs et des pratiques missionnaires dans un cadre assez large et dans une perspective comparative, notamment grâce à la participation de nombreux collègues en séjour en France. Le contexte géo-historique dans lequel prennent place les missions d’évangélisation à l’époque moderne est celui de l’expansion européenne a travers le monde. Dans cet espace de circulation neuf pour les Européens, où terres de mission lointaines dialoguent avec les « Indes d’ici », de nouvelles formes d’élaboration et de transmission des savoirs s’inventent en même temps que de vieilles cultures cherchent à se propager.
Bernard Vincent (EHESS, Paris) a abordé la question peu étudiée de la présence de musulmans en Espagne et dans les possessions espagnoles d’Afrique du Nord au XVIIe siècle, invitant à réfléchir sur la place des minorités religieuses au cœur de la monarchie catholique en pleine expansion. La typologie de l’altérité, que les missionnaire développèrent ensuite dans des terres lointaines de mission, ne commence-elle pas dans sa propre « maison » ? Graciela Chamorro, anthropologue et historienne à l’Universidade Dourados, Matto Grosso du Sud au Brésil, nous a montré, à partir des textes traduits par les missionnaires en langue guarani, le travail de conversion qui passe par la discipline des corps (sexualité, parenté, etc.). Les dictionnaires missionnaires (par exemple, celui d’Antonio Ruiz de Montoya) du XVIIe siècle peuvent être étudiés pour comprendre comment les Guarani conceptualisaient leur corps, avant et après la conversion. Jaime Valenzuela, de l’Universidad Católica du Chili, nous a présenté son travail consacré à une région frontalière où les missionnaires se trouvaient dans une situation marginale par rapport à la société des indiens Mapuche. La stratégie jésuite consista alors à construire le monde chrétien en utilisant les images et les objets sacrés pour combattre les démons présents dans les objets et les images non chrétiens (des chamanes). La situation se complique quand les images de prestige deviennent aussi les images politiques entre les mains des jésuites, mais également des caciques locaux. Pour Guillermo Wilde, du CONICET en Argentine, l’usage de l’écriture et de l’imprimerie au XVIIIe siècle par les missionnaires et par les Guaranis eux-mêmes dans les missions fut un des moments-clés dans la transformation des « infidèles » en société chrétienne. L’étude des textes produits par les Indiens montre, notamment, que l’action des missionnaires se traduit par une reconceptualisation de l’espace et de la notion de personne. Perla Chinchilla Pawling, professeure à l’Université ibéro-américaine de Mexico, nous a présenté ses recherches sur la rhétorique sacrée à l’époque baroque. Elle étudie les sermons et la prédication dans leur forme orale et écrite et elle détecte dans le passage entre le pupitre et l’imprimé un mouvement distinct de laïcisation.
Suivant le principe selon lequel la connaissance des missions ibériques implique un regard global sur les missions, nous avons accueilli au sein du séminaire des spécialistes d’autres aires culturelles. Ainsi, Aurélien Girard, membre de l’École française de Rome, a présenté son travail en cours sur l’orientalisme catholique au XVIIe siècle. L’apport des missions à la connaissance du monde arabe prit le chemin d’un savoir juridique (notamment sur la question des rites orientaux), d’un savoir linguistique (de l’arabe en particulier) et d’une influence des missions catholiques sur la théologie et la pratique religieuse des chrétiens d’Orient. Niklas Thode Jensen, qui est Marie Curie Postdoctoral Fellow à l’European University Institute de Florence en Italie, nous a conduits dans la mission protestante de Halle dans l’enclave danoise de Tranquebar sur la cote de Coromandel en Inde du Sud. Un médecin de la mission s’y trouvait au début de xviiie siècle et manifestait tout particulièrement des ambitions « scientifiques ». István Perczel de l’Institute for Advanced Studies de l’Université Hébraïque à Jérusalem travaille depuis une dizaine d’années sur l’identification et la préservation des manuscrits syriaques des chrétiens de St. Thomas au Kerala. Pour nous, qui étudions les missions ibériques à l’époque moderne, les chrétiens de St. Thomas sont très importants, surtout pour ceux d’entre nous qui s’intéressent à l’histoire de padroado portugais, à la question de la méthode de conversion dite d’accommodation et a la querelle des rites malabares. À partir des sources syriaques, Perczel nous offre une perspective nouvelle sur les sources et les événements autour de synode à Udayamperur ou Diamper (1599). Timothy D. Walker de l’Université de Massachusetts à Dartmouth a consacré son séminaire à son travail en cours sur la réutilisation des lieux du culte non chrétiens pour la construction des églises catholiques sur la côte ouest de l’Inde. Il a avancé la thèse selon laquelle les Portugais utilisaient les églises catholiques à l’époque moderne en tant que forteresses et tours de signalisation. François Lachaud, de l’École française d’Extrême Orient, a montré, à travers l’ambassade japonaise d’Hasekura Tsunenaga (1571-1622) au Mexique, en Castille et à Rome au début du XVIIe siècle, quel regard portaient alors les Japonais sur les Européens.
Giovanni Pizzorusso de l’Université de Chieti, a conclu notre séminaire en juin avec une présentation des lignes d’action et des stratégies missionnaires de la Congrégation de la Propagation de la Foi (Propaganda Fide) à Rome. La grande question à la quelle jadis on voulait répondre était comment conceptualiser et contenir la pluralité des religions dans le monde.

Dernière modification de cette fiche : 18 mai 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

Haut de page

EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25