2009-2010

Sciences et mondialisations, XVIe-XXIe siècle

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mardi de 17 h à 19 h (salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2009 au 9 février 2010

Quelles sont les relations entre la science moderne et le monde ? Comment concilier les appels de la science moderne à l’universalisme avec sa prétention à n’avoir que des origines européennes ? La réponse diffusioniste, tout autant que celle qui souligne une contribution œcuménique de toutes les sociétés humaines à la science moderne, ont des implications fondamentales sur les politiques scientifiques et plus généralement, sur notre compréhension de l’émergence de la modernité et de l’histoire mondiale. Ce séminaire se propose de repérer et d’historiciser les régimes changeants de la mondialisation et de l’interaction entre les différents peuples, les modes de construction, de légitmation et de circulation des savoirs et savoir-faire scientifiques et techniques des premiers contacts entre différentes cultures aux phénomènes actuels. L’enjeu est de constituer une véritable histoire des sciences non-européocentrée.

Aires culturelles : Transnational/transfrontières,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire des sciences

Intitulé général : Expansion européenne et formation des savoirs, XVIe-XXe siècle

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, mardi de 14 h à 17 h, bureau 19, 105 bd Raspail 75006 Paris.

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : ce séminaire est ouvert aux participants intéressés de tous niveaux.

Adresse(s) électronique(s) de contact : raj(at)ehess.fr

Compte rendu

Dans la continuité du séminaire de l’an passé et toujours à partir du cas de Calcutta, j’ai consacré l’essentiel des séances à approfondir la notion de « zone de contact » entre cultures disparates, notion au cœur de mes recherches sur le rôle de l’interaction culturelle dans la formation des savoirs et des sciences modernes du XVIe au XXIe siècle. C’est dans ce contexte que nous avons examiné le rôle crucial joué par les intermédiaires dans l’établissement et le maintien des relations interculturelles économiques, politiques et intellectuelles, jusqu’alors peu thématisé, sauf notablement par Georg Simmel. Calcutta fournit l’occasion de revenir sur la problématique de l’intermédiation afin de revoir la typologie fournie par Simmel ainsi que pour étudier ses reconfigurations historiques dans un contexte colonial. En effet, le choix même du site de la future ville de Calcutta s’est fait en fonction de la présence voisine des marchands-banquiers indiens dont dépendait la Compagnie des Indes pour le financement de son commerce intercontinental. De plus, la possibilité même pour les Britanniques de s’y établir est négociée avec le pouvoir mogol par des intermédiaires arméniens. La ville bourgeonnante attire rapidement d’autres types d’intermédiaires : traducteurs-interprètes, négociants, fondés de pouvoir et savants-médiateurs. Ces derniers occupent une place essentielle pour le bon fonctionnement du commerce : les savoirs naturels, sociaux et politiques sont la partie la plus stratégique des biens qui circulaient dans les réseaux de commerce internationaux et étaient l’objet d’âpres négociations et médiations. Au cours du XVIIIe siècle, au fur et à mesure de la transformation du statut des Britanniques de simples commerçants en colons-administrateurs, les savants-médiateurs occupent une importance croissante et autonome dans les nouveaux dispositifs du pouvoir colonial. Leur présence grandissante dans tous les rouages du pouvoir, notamment dans les institutions juridiques, contribue à ce que la médiation elle-même devienne un site de production de nouvelles formes de savoir. À titre d’exemple, quand la Cour suprême de Calcutta est amenée à statuer sur des cas litigieux d’héritage entre communautés mixtes, juristes hindous et musulmans s’attellent à écrire de nouveaux textes juridiques en persan, arabe et sanscrit, les trois langues savantes du sous-continent, et à les traduire éventuellement en anglais. L’existence à grande échelle de traduction multilingues est d’ailleurs indispensable pour comprendre l’œuvre linguistique et ethnique de William Jones, supérieur hiérarchique et interlocuteur privilégié de ces juristes indigènes. Des ouvrages historiques ne sont pas en reste, comme par exemple, le Siyar-al Muta’akhkhirin [Relation des temps modernes] de Ghulam Hussain Khan Taba’tabai (1727-1806) : achevé en 1781, il est rapidement traduit en anglais – par un Franco-Turc nommé Haji Mustafa, alias Monsieur Raymond – et publié à Calcutta en 1789. Cet ouvrage tente de fournir une analyse critique de l’histoire du sous-continent au cours du XVIIIe siècle : l’effondrement de l’Empire moghol, les succès des Britanniques face aux États successeurs de celui-ci, aux Français et aux Hollandais, mais leurs échecs face aux Américains et aux Marathes. Il aura une grande influence sur les historiens britanniques du XIXe siècle – les Mill, père et fils, ainsi que Thomas Babington Macaulay.

Publications
• Avec Simon Schaffer, Lissa Roberts et James Delbourgo, The Brokered World : Go-Betweens and Global Intelligence, 1770-1820 (Sagamore Beach : Science History Publications, 2009).
• Réédition de Relocating Modern Science : Circulation and the Construction of Knowledge in South Asia and Europe, 1650-1900 (Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2010).

Dernière modification de cette fiche : 3 juillet 2009.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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