S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
2e et 4e mercredis du mois de 10 h à 12 h (salle 214, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 25 novembre 2009 au 9 juin 2010. Les séances des 25 novembre et 9 décembre 2009, 10 mars 2010 se dérouleront en salle 242. La séance du 24 mars se déroulera en salle 206
Ce séminaire s'intéresse aux savoirs techniques développés dans un contexte sans écriture, et plus particulièrement aux savoirs musicaux relevant de l'ethnomusicologie. La modélisation consiste à étudier les principes de cohérence qui organisent ces savoirs et à en explorer la logique sous-jacente. Mais dans quelle mesure cette logique est-elle consciente dans l'esprit des détenteurs de ces savoirs ? Le but du séminaire est d'associer modélisation logique et enquête de terrain sur le contexte social et cognitif. Cette problématique est exposée dans le livre Les Mathématiques naturelles (Odile Jacob, 2007) et sera appliquée de façon transversale à des savoirs musicaux traditionnels ancrés dans de petites sociétés (en Afrique notamment) aussi bien qu'à d'autres développés à l'échelle du monde global dans les musiques populaires actuelles (improvisation dans le jazz), avec un détour par certains savoirs non musicaux (en particulier la divination). Aucune connaissance mathématique n'est requise pour ce séminaire.
Programme du premier semestre : voir ici
Mercredi 25 novembre 2009 (attention salle 242) : Introduction
Marc Chemillier, Le jazz, l'Afrique et la créolisation : à propos de Herbie Hancock. Entretien avec Bernard Lubat, Les Cahiers du jazz, n° 5, 2008, p. 18-50.
Marc Chemillier, Les Mathématiques naturelles, Paris, Odile Jacob, 2007.
Marie-Catherine Mérat, Notre cerveau est-il programmé pour compter ?, Les cahiers de science et vie, n° 112, "Origine des nombres et du calcul", août-septembre 2009, p. 100-105.
Azar Khalatbari, Les bons comptes des peuples sans écritures, Sciences et avenir, hors-série, n° 160, "La magie des nombres", octobre-novembre 2009, p. 24-27.
Mercredi 9 décembre 2009 (attention salle 242) : Les savoirs de la divination
Le site web SIKIDY Divination à Madagascar : voir ici
Marc Chemillier, Ethnomathematics, Nick Thieberger (ed.), The [Oxford] Handbook of Linguistic Fieldwork, chap. 12, Oxford University Press [to appear 2010].
Marc Chemillier, Images de l'invisible : arts visuels et thérapies traditionnelles. De l'efficacité des techniques de guérison, L'Homme, 192, 2009, p. 101-116.
Dan Sperber, La Contagion des idées, Paris, Odile Jacob, 1996.
Mercredi 13 janvier 2010, salle 214 : Les savoirs de l'improvisation (à propos du swing)
Steve Larson, Rhythmic Displacement in the Music of Bill Evans, L. Poundie Burstein & David Gagné (eds.), Structure and Meaning in Tonal Music : Festschrift in Honor of Carl Schachter, Harmonologia Series, n° 12, Hillsdale, New York, Pendragon Press, 2006, p. 103-122. Charles Keil & Stephen Feld (eds.), Music Grooves: Essays and Dialogues, University of Chicago Press, 1994.
Ernest Cholakis, Sound Analysis of Swing in Jazz Drummers: An Analysis of Swing Characteristics of 16 well known Jazz Drummers, 1995.
Mercredi 27 janvier 2010, salle 214 : Gérard Assayag (Ircam), Nouvelles expériences de musiciens interagissant avec le logiciel d'improvisation OMax. La page du projet OMax à l'Ircam : voir ici
Gérard Assayag, Georges Bloch, Marc Chemillier, Improvisation et réinjection stylistiques, Le feed-back dans la création musicale contemporaine, Rencontres musicales pluridisciplinaires, Grame, Lyon, 2006, p. 79-86.
Marc Chemillier, L'improvisation musicale et l'ordinateur. Transcrire la musique à l'ère de l'image animée, Terrain, n° 53 « Voir la musique », 2009, p. 67-83.
Mercredi 10 février 2010, salle 214 : Bernard Lortat-Jacob, Musiques vocales paysannes, recherches en cours (Albanie, Sardaigne)
Bernard Lortat-Jacob (réalisation et notice), Albanie, Pays labë : plaintes et chants d'amour, enregistrements Radio-France, OCORA, C 560188, 2005.
Bernard Lortat-Jacob, Hélène Delaporte, Chants d'un pays perdu - Albanie, Grèce, film 65', Prix Bartok 2007.
Bernard Lortat-Jacob, Le chant de compagnie : voir ici
Mercredi 24 février 2010, salle 214 : Jean-Pierre Terrail, De la question de l'école à la question de l'oralité
Jean-Pierre Terrail, De l'oralité. Essai sur l'égalité des intelligences, Paris, La Dispute, 2009.
Jean-Pierre Terrail, À l'épreuve des inégalités scolaires (vidéo 28'11), Canal-U (vidéothèque de l'enseignement supérieur), Canal Socio - Université Paul Verlaine, Metz, 11 mars 2004.
Jean-Pierre Terrail, De l'inégalité scolaire, Paris, La Dispute, 2002.
Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Geneviève Krick, Je lis, j'écris. Un apprentissage culturel et moderne de la lecture (CP), Les Lettres bleues, 2009.
Mercredi 10 mars 2010, salle 214 : Jérôme Cler, Histoires de 2 et de 3 : aksak, commetricité, contramétricité
Exemples de rythme aksak (en ligne).
Jérôme Cler, Yayla, textes et documents audio-visuels sur une région montagneuse de Turquie et sa musique, en ligne sur son blog : voir ici
Simha Arom, L'organisation du temps musical : essai de typologie, Jean-Jacques Nattiez (ed.), Musiques : une encyclopédie pour le XXIe siècle, Paris/Arles, Cité de la musique/Actes Sud, 2007, vol. V "L'Unité de la musique", p. 928-943.
Simha Arom, L'aksak, principes et typologie, Cahiers de musiques traditionnelles, n° 17 "Formes musicales", 2004, p. 11-48.
Jérôme Cler, Le sens du rythme, Colette Méchin, Isabelle Bianquis, David Le Breton (ed.), Anthropologie du Sensoriel, Les sens dans tous les sens, L'Harmattan, 1999.
Cahiers de musiques traditionnelles, n° 10 "Rythmes", 1997.
Jérôme Cler, Pour une théorie de l'aksak, Revue de musicologie, 80 (2), 1994, p. 181-210.
Mercredi 24 mars 2010 (salle 206) : Dana Rappoport (CNRS) & Philippe Blasco (Éditions Épistèmes), Comment transmettre ? Choix éditoriaux et modélisations dans un livre-DVD-ROM multilingue
Dana Rappoport, Chants de la terre aux trois sangs : Musiques rituelles des Toraja de l'île de Sulawesi (Indonésie), livre-DVD-ROM multilingue, co-édition Epistèmes-Maison des sciences de l'homme, 2009.
Dana Rappoport, Un livre-DVD-ROM sur les musiques Toraja : une nouvelle organisation des savoirs pour l'ethnomusicologie, Musimédiane, n° 3, mai 2008 : http://www.musimediane.com/numero3/rappoport/rappoport01.html
Dana Rappoport, entretien avec Anne Rodriguez, Small World, 2007.
Dana Rappoport, "Musique et morphologie rituelle chez les Toraja d'Indonésie", L'Homme, 171-172, 2004, p. 197-218.
Dana Rappoport, "Chanter sans être ensemble. Musiques juxtaposées pour un public invisible", L'Homme, 152, 1999, p. 143-162.
Annonce du second semestre :
Mercredi 12 mai 2010 : Bernard LUBAT, À propos du rythme, de la technologie, et de son dernier CD "Chansons enjazzées"
Programme des séances suivantes (invités Erwan DIANTEILL & Jean JAMIN) :
http://ehess.modelisationsavoirs.fr/seminaire/seminaire09-10/seminaire09-10.html
Mercredi 26 mai 2010 : Erwan DIANTEILL, La musique et la transe dans les Églises spirituelles noires à la Nouvelle-Orléans
Mercredi 9 juin 2010 : Jean JAMIN (à l'occasion de la sortie du livre Une anthropologie du jazz), Jazz, authenticité, facticité. À propos de La Création du Monde de Darius Milhaud
Mots-clés : Anthropologie, Arts, Épistémologie, Mathématiques et sciences sociales, Modélisation, Musique, Savoirs,
Aires culturelles : Afrique, Contemporain (anthropologie du, monde),
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Méthodes et techniques des sciences sociales
Intitulé général : Anthropologie des connaissances : modélisation des savoirs relevant de l'oralité
Renseignements : au CAMS ou auprès de l'enseignant par courriel.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous uniquement au 54 bd Raspail 75006 Paris (bureau 332 bis).
Réception : sur rendez-vous par courriel auprès de l'enseignant.
Niveau requis : pas de connaissances mathématiques particulières.
Site web : http://ehess.modelisationsavoirs.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : chemilli(at)ehess.fr
Pour cette deuxième année du séminaire, nous avons approfondi les relations entre enquêteur et expert local dans le contexte du travail de terrain, d’une part, et nous avons illustré l’usage des nouvelles technologies dans l’analyse de ces savoirs, d’autre part. Interagir sur le terrain avec un expert d’un savoir traditionnel est source de malentendus. Ceux-ci apparaissent notamment lorsque le chercheur, anthropologue ou ethnomusicologue, s’efforce d’accéder aux principes de cohérence interne qui organisent ces savoirs, c’est-à-dire à leurs articulations proprement logiques dégagées de toute résonance symbolique. C’est là, entre autres, que se creuse un écart entre les savoirs étudiés et le discours des experts indigènes face à l’enquêteur, écart qui fait l’objet du texte intitulé Fieldwork in Ethnomathematics, que j’ai rédigé pour un ouvrage de « linguistique de terrain » à paraître chez Oxford University Press. Le fait, par exemple, qu’un musicien ne parle pas de son activité ne signifie pas qu’il n’en pense rien. Durant le séminaire, j’ai fait entendre des exemples de déplacements rythmiques pratiqués par le pianiste de jazz Bill Evans (cf. ses trois chorus sur le thème Israel, enregistrés en 1961 dans lesquels il joue à quatre temps sur un accompagnement basse-batterie à trois temps), qui ne sont liés à aucune activité de théorisation de sa part, mais à propos desquels il expliquait dans un entretien télévisé à la fin de sa vie qu’il avait travaillé « très dur » pour les réaliser. Dans l’analyse de ces phénomènes complexes, les nouvelles technologies ont un rôle à jouer. En musique, l’informatique permet le ralentissement d’un signal (à hauteur constante), la détection automatique de ses attaques ainsi que le ralentissement vidéo. J’ai montré différentes situations où ces outils enrichissent l’analyse rythmique. Par exemple, à Madagascar, le hochet kantsa (boîte de conserve remplie de graines et fixée sur un manche) est joué dans les séances de possession selon un rythme ternaire rapide correspondant au geste suivant : 1) frappement de la main contre le hochet ; 2) mouvement des graines vers le haut ; 3) mouvement des graines vers le bas. J’ai demandé à l’assistance pendant le séminaire de battre la pulsation sur ce rythme. Les résultats sont unanimes, tous frappent dans les mains en même temps que 1), c’est-à-dire pendant l’attaque la plus forte du signal. Or pour les Malgaches auditeurs de cette musique et participants à ces cultes, c’est quand les graines percutent la boîte vers le bas ; 2) que l’on frappe dans les mains. Cela apparaît clairement sur les images de la vidéo ralentie, qui révèle ainsi une conception du contretemps difficile à déceler sans ces outils.
Une série de thèmes ethnomusicologiques ont été abordés au séminaire lors d’exposés de spécialistes de la discipline. Bernard Lortat-Jacob a fait entendre ses enregistrements de polyphonies vocales d’Albanie en proposant une réflexion sur les liens entre savoirs musicaux et folklorisme. Sa participation au séminaire était également l’occasion de discuter les analyses récentes de Giuliano d’Angiolini sur les polyphonies de Sardaigne, qu’il avait enregistrées et « modélisées » sur le plan acoustique, et j’ai contribué au débat par une note publiée sur le site de la revue en ligne Musimédiane. Jérôme Cler a décrit des airs joués sur le petit luth de Turquie au rythme asymétrique aksak à neuf divisions 2+2+2+3, en mettant en évidence les limites d’une approche purement analytique dans la mesure où ces formules instrumentales sont en partie déterminées, sur le plan rythmique, par une mélodie souvent sous-entendue que des violons ou hautbois peuvent ajouter ad libitum à la partie de luth. Dana Rappoport et Philippe Basco ont présenté une autre dimension de la « modélisation des savoirs » traitant non plus des savoirs traditionnels, mais de ceux des chercheurs en sciences humaines, à l’occasion de la parution sous forme de livre-DVD-ROM d’une publication novatrice sur la musique des Toraja d’Indonésie co-éditée par la Maison des sciences de l’homme et Epistème, dans laquelle ils explorent de nouveaux modes d’organisation des savoirs reprenant les principes du logicisme que Jean-Claude Gardin a développé pendant plusieurs années à l’EHESS dans son séminaire « Analyse des raisonnements dans les disciplines historiques ». Le sociologue Jean-Pierre Terrail, enfin, a montré l’intérêt d’une réflexion sur la modélisation des savoirs relevant de l’oralité pour enrichir le débat sur l’école et la conception des programmes scolaires. Son intervention abordait le problème des relations entre pensée et langage, et la possibilité que des formes élaborées de pensée se développent en dehors de toute verbalisation, notamment avec le support de gestes tels que ceux des artistes du Vanuatu qui tracent des dessins géométriques sur le sable, ou des devins malgaches qui construisent avec des graines des tableaux mathématiques.
À l’intérieur de la thématique générale « Modélisation des savoirs relevant de l’oralité », j’ai introduit une thématique plus spécifique dans le cadre du projet IMPROTECH que je coordonne pour la période 2010-2012 avec le soutien financier de l’ANR. Il s’agit d’étudier l’impact des nouvelles technologies sur les musiques improvisées actuelles. Nous avons reçu à cette occasion Bernard Lubat, multi-instrumentiste qui a parlé, entre autres, de sa vision des technologies dans l’improvisation en général, et plus particulièrement dans le domaine du rythme et des relations avec la danse, par exemple dans les musiques électroniques actuelles, techno ou house. Cette intervention passionnante d’un « expert » de l’improvisation a été mise en ligne sous forme vidéo (comme celles des autres intervenants du séminaire, sur le site ehess. modelisationsavoirs. fr/séminaire), ainsi que sous la forme d’une transcription textuelle. Une autre séance permettait d’entendre en direct une expérience d’interaction entre saxophone et ordinateur avec le musicien Raphaël Imbert et les chercheurs de l’IRCAM, Gérard Assayag et Benjamin Lévy, qui décrivaient les dernières avancées réalisées dans le développement du logiciel d’improvisation OMax. Enfin, la question des rapports entre technologie, rythme et danse s’est prolongée par une réflexion plus large sur la musique, le corps et les artefacts. La question du « pouvoir » de la musique a été abordée par Erwan Dianteill dans son exposé consacré à la transe dans les églises spirituelles à la Nouvelle-Orléans avec projection d’un film qu’il a réalisé sur le sujet. Inversement, la possibilité de discuter l’authenticité de ce « pouvoir », en mettant en avant la complexité des rapports entre musique et corps et la part de « facticité » qui y est impliquée, a fait l’objet de l’exposé de Jean Jamin, qui a projeté un diaporama conçu par lui à propos de La Création du monde de Darius Milhaud montrant toute l’épaisseur du réseau de relations culturelles qui a accompagné, aux États-Unis et en Europe, entre musique savante et musique populaire, la naissance du jazz.
Publications
• Fieldwork in Ethnomathematics, sous la dir. de Nick Thieberger, The [Oxford] Handbook of Linguistic Fieldwork, chapitre 12, Oxford University Press [à paraître].
• De l’analyse acoustique à la modélisation des savoirs musicaux. Note sur les polyphonies vocales de Sardaigne, Musimédiane, n° 5, mars 2010 (en ligne www.musimediane.com).
Dernière modification de cette fiche : 5 mai 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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