2009-2010

Poésie et connaissance : lyrique, théâtre et mythe en Grèce ancienne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Lundi de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 16 novembre 2009 au 14 juin 2010. Séances supplémentaires les 29 mars de 15 h à 17 h salle 11, 12 avril de 15 h à 17 h salle 10, 3 mai de 15 h à 17 h en salle 5, 17 mai de 15 h à 17 h en salle 3

Le séminaire poursuivra la réflexion sur la relation entre la littérature et les différentes formes de « vérités » (cognitive, normative, expressive) que vise le discours, à partir de textes de la poésie grecque ancienne, Pindare et Euripide principalement. Il interrogera les utilisations du mythe, comme récit savant visant à systématiser le passé divin et héroïque dans une forme explicative linéaire, par des genres pratiquant une esthétique du discontinu (ode lyrique, tragédie). Le but est de spécifier la visée propre à ces formes poétiques, dans un contexte qui les met en relation d’une part avec le mythe, et de l’autre avec la philosophie et les autres formes de discours publics (droit, politique). On contribuera ainsi à définir la configuration historique, dans une culture donnée, des formes de vérités. La lecture des textes (dans une traduction élaborée pour le séminaire) sera accompagnée d’un examen de l’histoire moderne des concepts poétiques mobilisés (autour du lyrique et du tragique) et des thèses sur le mythe.

29 mars 2010 : Alban Bensa, "La poésie Kanak (Nouvelle Calédonie): un art de l'événement".

31 mai 2010 : Laurence Boulègue (Université de Lille III) fera un exposé sur le thème : "Relectures des mythes anciens dans le /Commentaire au Banquet de Platon/ de Marcile Ficin".
Laurence Boulègue est spécialiste de la philosophie et de l'humanisme en Italie à la Renaissance.
Elle a publié une édition, avec commentaire, du /Du beau et de l'amour /d'Agostino Nifo (livre I), aux Belles-Lettres, et, avec Carlos Lévy (Paris IV) un ouvrage collectif : /Hédonismes. Penser et dire le plaisir dans l'Antiquité et à la Renaissance/ (Presses Universitaires du Septentrion).

7 juin 2010 : Marcos Martinho Dos Santos (professeur de littératures latine et grecque à l'Université de Sao Paulo-USP), fera un exposé sur le thème : "Morceaux de théorie poétique chez Aristophane ("Acharniens", "Thesmophories", "Grenouilles")".

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations

Intitulé général : L'interprétation littéraire : théories et pratiques

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, lundi après-midi de 14 h à 18 h, vendredi matin de 9 h à 13 h.

Réception : lundi après-midi de 14 h à 18 h, vendredi matin de 9 h à 13 h.

Niveau requis : projet de recherche de 5 pages. La connaissance du grec ancien n'est pas requise.

Adresse(s) électronique(s) de contact : delacomb(at)ehess.fr

Compte rendu

Prolongeant l’enquête sur la relation entre la poésie et les formes de discours qui lui sont contemporaines quant à la question des validités revendiquées par les œuvres de langage, le travail a porté cette année sur des formes marquées par la discontinuité de leur composition : formes mélique et tragique. Le point de comparaison était la forme idéalement continue qu’est le mythe. Le propos était de rendre compte du point de vue chaque fois adressé à cette forme, en tant qu’elle déploie à travers les événements racontés une intelligibilité se voulant totalisante. Le matériau mythique n’est, de fait, pas seulement une matière disponible, mais déjà une forme en soi, puisque le récit y offre la garantie d’un sens achevé. Ce point de vue, dans les poésies mélique et tragique, est extérieur, que ce soit dans la circonstance qui motive la performance (événements amoureux pour Sappho ; victoire athlétique pour Pindare et Bacchylide), ou dans la succession discontinue des scènes et des énoncés composant une tragédie (Les Troyennes d’Euripide). Chaque texte était lu dans une traduction annotée rédigée pour le séminaire et confrontée au texte grec.
Après un rappel des concepts fondamentaux de l’herméneutique littéraire et de la théorie moderne (romantique) des genres, qui reconstruit en fait chacun des genres de la triade canonique – épopée, lyrisme, drame – à partir des dimensions principales de l’activité langagière – dénotation, expression, communication – théorisées à partir de Humboldt, le travail a porté sur le statut de la lettre. Il est vite apparu que la lettre est constituée par une conflictualité interne articulant sur un mode réflexif les dimensions symboliques contraires privilégiées par d’autres formes (des textes de Hölderlin sur l’alternance des tons ont servi de référence). Ainsi, la prière adressée à Aphrodite, divinité toute puissante, dans le 1er fragment de Sappho par un « je » en désarroi amoureux est construite à partir d’un épisode de l’Iliade qui met Aphrodite dans une même situation d’impuissance lors d’un combat guerrier (chant V). Le « ici et maintenant » de la crise, se confond alors avec le moment de la performance, qui fait de la crise, érotique et non plus guerrière, le moment où la déesse peut retrouver son efficace en réponse à ses propres faiblesses épiques. Le mythe est recomposé à partir du moment de l’énonciation, dans son opposition avec la forme épique. Le contraste entre la Première Olympique de Pindare et l’épinicie V de Bacchylide (deux odes rivales célébrant la même victoire à Olympie) oppose deux points de vue différents sur le rapport entre mythe et occasion. Alors que le poème de Pindare tend à faire du mythe (l’histoire de Pélops, aimé dans l’Olympe par Poséidon puis renvoyé chez les hommes pour une victoire fondant une dynastie) un moyen de critiquer les idéologies (de type orphique) d’une fusion avec le divin et d’ouvrir une temporalité historique, chez Bacchylide (histoire de Méléagre), il sert de référence inatteignable et close, faisant ressortir le caractère unique et inattendu de la réussite humaine dans une victoire momentanée. Poétique de l’histoire d’un côté, de l’instant de l’autre.
Les Troyennes d’Euripide, tragédie paradoxale (drame sans dieux dans son déroulement interne et sans action), interrogent le rapport à l’action mythique close (la défaite totale de Troie voulue par les dieux) du point de vue de personnages vaincus et impuissants. Le désastre est construit à partir d’un usage à contretemps des formes établies (le chant funèbre devenant, par exemple, argumentation dans la scène d’Andromaque). Aurélie Wach (doctorante à l'Université de Lille-III) nous a présenté sa lecture de l’épisode Hécube-Hélène.
Alban Bensa a exposé les liens complexes entre poésie et histoire à partir de poésies épiques kanaks sur l’insurrection de 1917. Laurence Boulègue (Université de Lille-III) est revenue sur la théorie du mythe chez Marcile Ficin). Marcos Martinho dos Santos (Université de São Paulo) a traité de la mimésis chez Aristophane.
Plusieurs séances d’atelier ont porté sur les textes utilisés de Hölderlin.

Publications
Les Tragédies grecques sont-elles tragiques ? Théâtre et théorie, Paris, Éditions Bayard, 2010, 335 p.
• Avec Évelyne Ertel et Claire Lechevalier, Agamemnon. Eschyle, Paris, Centre national de documentation pédagogique, 2009, 64 p.
• « L’intérêt pour l’Antiquité classique en France : arguments, institutions, comparaisons », Sandalion, 31, 2008, p. 243-265 (paru fin 2009).
• « “L’École de Lille” : une concentration diasporique », dans La Philologie au présent. Pour Jean Bollack (Cahiers de Philologie 27), sous la dir. de Christoph König et Denis Thouard, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2010, p. 363-374.

Dernière modification de cette fiche : 2 juin 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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