S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Jeudi de 11 h à 13 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 25 février 2010 au 3 juin 2010
Introduction à l'anthropologie de l'art, cet enseignement s'attachera à l'histoire de ce domaine de recherche comme à ses développements les plus récents et se penchera aussi bien sur ses enjeux théoriques que sur ses interactions avec d'autres disciplines. L'accent sera notamment placé sur le rôle accordé par les chercheurs aux dimensions sémantiques, esthétiques, cognitives, psychologiques, politiques et commerciales des expressions artistiques.
Mots-clés : Anthropologie, Arts, Esthétique, Image,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie de l'art et du rapport à l'objet
Renseignements : tél. : 01 44 27 17 50.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, au Laboratoire d'anthropologie sociale, 52 rue du Cardinal-Lemoine 75005 Paris.
Réception : sur rendez-vous.
Adresse(s) électronique(s) de contact : derlon(at)ehess.fr
À la différence de l’anthropologie de la parenté, du politique ou de l’économique qui traitent de phénomènes dont la définition est simple, l’anthropologie de l’art porte sur des objets mal définis. Leur délimitation problématique donne lieu à plusieurs pages d’analyse dans la plupart des textes consacrés spécifiquement à la présentation de ce domaine de recherche sans que leurs différents auteurs (Robert Layton, Howard Morphy, Carlo Severi, Michèle Coquet…) ne s’accordent au terme de leurs réflexions. Ne vont de soi ni l’usage et la définition du mort « art » en anthropologie, ni les classes, les genres et l’origine géographique ou culturelle des arts étudiés par les spécialistes de ce domaine.
Dans un premier temps, on a constaté le privilège accordé par ceux-ci aux expressions plastiques et picturales sur les autres arts. En effet, la musique, la danse, le théâtre, la littérature ou encore le cinéma – dont l’étude, il est vrai, nécessite des compétences spécifiques – se distribuent en autant de domaines distincts, plus ou moins développés, au sein de l’anthropologie. Deux invités ont permis de souligner le caractère artificiel et regrettable de certains de ces découpages : Bernard Lortat-Jacob, en montrant comment l’ethnomusicologie, moins technique qu’on ne l’imagine, était traversée d’interrogations partagées par l’anthropologie de l’art ; Jean Jamin, en révélant certaines corrélations inédites entre la littérature, la musique et la peinture de l’après-guerre à travers son analyse du ballet La Création du monde (Blaise Cendrars, Darius Milhaud, Fernand Léger).
Le séminaire s’est ensuite concentré sur l’utilisation et la définition du mot « art » en anthropologie. Est-il légitime d’employer ce terme, forgé en Occident, pour désigner les productions traditionnelles des sociétés non occidentales auxquelles sont restées longtemps cantonnées les études anthropologiques ? Après avoir rappelé que l’inexistence d’un concept ne saurait prouver l’inexistence des réalités qu’il recouvre, nous avons balayé l’objection selon laquelle, les anthropologues s’intéressant exclusivement aux objets non occidentaux tenus pour de l’art en Occident, l’utilisation de ce terme traduirait leur ethnocentrisme. En effet, beaucoup d’entre eux ont travaillé sur des productions peu susceptibles d’être reconnues par le monde de l’art : les déguisements en feuillage périssable des danseurs, les décorations corporelles humaines ou animales, l’ordonnancement des jardins mélanésiens, ou encore les grandes ignames décorées de Nouvelle-Guinée que Ludovic Coupaye est venu présenter – et dont l’analyse mobilise autant l’anthropologie de l’art que celle de la culture matérielle. Rappelons d’autre part, comme l’intervention de Jessica de Largy Healy sur l’art aborigène nous a invité à le faire, que certaines communautés non occidentales ne conçoivent aucune rupture entre leurs productions rituelles anciennes et les pièces qu’elles produisent désormais pour le marché de l’art international.
Un détour par les textes philosophiques d’Arthur Danto et de George Dickie consacrés à la définition de l’art a permis de souligner, si besoin était, le caractère déjà problématique de l’entreprise pour les productions occidentales, tout en montrant que leurs conclusions ne pouvaient servir de base à l’élaboration d’une définition transculturelle valable pour l’anthropologie. Quant aux propositions émanant des anthropologues eux-mêmes, deux options ont été écartées. Tout d’abord celle de Howard Morphy dont la définition transculturelle valorise les propriétés esthétiques et sémantiques de l’art – et que l’on a critiquée en s’appuyant sur les travaux de Jean-Marie Schaeffer. Ensuite, celle de Alfred Gell qui met en avant une définition théorique originale à usage spécifiquement anthropologique, mais rend le mot « art » potentiellement coextensif à tout ce qui existe et le vide de son sens sans bénéfice heuristique. Les propositions les plus convaincantes à nos yeux sont celles qui, pragmatiques, s’appuient sur la notion commune (et non théorique) d’art, à l’instar de celles de Michèle Coquet et de Jean-Marie Schaeffer.
Dernière modification de cette fiche : 7 juillet 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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