2009-2010

Places, déplacements, frontières, le décentrement de l'anthropologie

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e jeudis du mois de 11 h à 13 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du12 novembre 2009 au 27 mai 2010. La séance du 25 mars 2010 se tiendra exceptionnellement en salle M. et D. Lombard, 96 bd Raspail. Séance supplémentaire le 6 mai (salle 7). Séance supplémentaire le jeudi 10 juin en salle 4 (même heure, même lieu).

Pour rendre compte de la logique anthropologique des villes, de leur genèse toujours recommencée, un exercice de décentrement urbain est nécessaire, qui permet de saisir le processus vivant de l’invention (matérielle, sociale, symbolique) des espaces communs, plutôt que d’adosser la réflexion à la seule matière urbaine déjà produite, littéralement pétrifiée. La possibilité d’un véritable décentrement suppose un approfondissement théorique auquel on consacrera cette année de séminaire. Il ne s’agit plus tout à fait de décrire les marges et périphéries comme « espaces autres » mais de penser à la limite, reconsidérer la construction et le sens des espaces et des places à partir de situations liminaires, et ainsi ancrer l’anthropologie elle-même aux frontières et aux seuils.

Empiriquement parlant, on aborde les zones d’attente, les centres d’accueil ou de rétention des étrangers indésirables, les interstices urbains de squats, baraquements ou campements installés dans les métropoles, ainsi que les espaces urbains les plus relégués dont les résidents éventuellement sédentarisés vivent exilés à l’intérieur du système commun des droits sociaux et politiques. On reconsidère également une série d’enquêtes sur les camps de réfugiés, les favelas, quartiers spontanés et invasiones. Tous ces espaces représentent une expérience nouvelle de la localité en tant que production permanente de lieux en marge, et ils forment un continuum où le Nord et le Sud se rejoignent, où leur contemporanéité se manifeste sous la forme d’une continuité des dispositifs, des pratiques et des savoirs.

Jeudi 27 mai : Emmanuelle Lallement (ethnologue, maître de Conférences, Université Paris-Sorbonne-CELSA et LAIOS) présentera “Anthropologie de la ville marchande. L’exemple du quartier Barbès à Paris”

Jeudi 10 juin (salle 4) : Anne Raulin (Anthropologue, professeure à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, membre du Laboratoire d’Anthropologie Urbaine) présentera “Penser les minorités urbaines ”
Anne Raulin est notamment l'auteure de Anthropologie urbaine, Paris, Armand Colin, 2007, et de l'article « Minorités urbaines : des mutations conceptuelles en anthropologie », Revue Européenne des Migrations Internationales, 2009, 25, 3, p. 33-51.

Ce séminaire est accessible sur la plateforme d'enseignement de l'Environnement numérique de travail de l'EHESS :

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Anthropologie des déplacements et nouvelles logiques urbaines

Renseignements : Élisabeth Dubois, Centre d'études africaines, 96 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 53 63 56 50.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous : lundi, mercredi et jeudi 15 h à 17 h.

Site web : http://ceaf.ehess.fr/document.php?id=36

Adresse(s) électronique(s) de contact : ceaf(at)ehess.fr

Compte rendu

À la suite d’une thématique centrée pendant les deux années précédentes sur « l’ethnographie des marges et l’anthropologie de la ville », il est apparu évident qu’un exercice de décentrement urbain était nécessaire, ce qui a conduit à s’interroger sur les usages possibles et le renouvellement nécessaire du décentrement anthropologique lui-même, pour comprendre non seulement les villes et leur genèse, mais aussi les mobilités constitutives de la mondialisation humaine, dont un des effets est de modifier la formation des villes et des rapports aux lieux en général. Quelques séances, ancrées sur mes expériences de terrain, ont permis de commencer à ébaucher un triple décentrement : empirique (le « détour » anthropologique du centre aux périphéries, du Nord au Sud, en questionnant l’exotisme des marges) ; épistémologique (en partant des villes nues que sont les camps et les invasions de terres vacantes pour refaire le processus de genèse de la ville en général) ; et politique (le sujet émerge comme irruption du désordre contre l’ordre des assignations de places et d’identités). Le décentrement des lieux et problèmes de recherche met en question nos modes de connaissance, il décentre l’anthropologie elle-même : il ne s’agit plus tout à fait ou plus seulement de décrire les marges et périphéries comme « espaces autres » mais de penser le monde même à la limite, et ainsi ancrer l’anthropologie elle-même aux frontières et aux seuils des mondes que nous observons, « ici » ou « ailleurs ». Une anthropologie décentrée sera donc non seulement post-exotique, mais aussi post-culturaliste au sens où les essentialismes identitaires sont inversés.
Trois invités ont contribué à ces réflexions par leurs exposés d’une très grande richesse empirique et réflexive, sur différentes constructions d’altérités urbaines : l’ensemble périphérique de la ZEN de Palerme (Ferdinando Fava), la région morale de Barbès à Paris (Emmanuelle Lallement) et la question des « minorités urbaines » (Anne Raulin).
D’autre part, j’ai donné dans la même période et sur les thématiques du séminaire, une série de conférences invitées, hors de l’EHESS, notamment et pour citer les principaux, « Établissements précaires sans asile », au Colloque international de Cerisy « La poétique de l’habiter » (Cerisy-La-Salle, 10-15 septembre 2009, Augustin Berque et Alessia de Biase org.) ; « Anthropologue en ville », séance inaugurale du Colloque « Pour une anthropologie de l’ordinaire urbain » (Institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel/Institut d’urbanisme de l’Université Paris-XII/Créteil Val-de-Marne, Neuchâtel, 24-25 septembre 2009, Thierry Paquot org.) ; « Le gouvernement humanitaire », Conférence à l’Institut des hautes études internationales et du développement, Genève (2 décembre 2009, Yvan Droz org.) ; « Camps and the corridor of exile » Conférence présentée au Colloque « Viure en la diversitat. Per una política d’esperança a Europa » (Centro de Cultura Contemporanea de Barcelona, Barcelone, 5 mars 2010, Pep Subiros et Josep Ramoneda org.) ; « Da etnografia urbana à antropologia da cidade. Porque a antropologia situacional hoje ? » (Département d’Anthropologie, USP, São Paulo, 19 août 2010, José G. Magnani et Heitor Frugoli org.) ; « Lugares, deslocamentos e fronteiras. O decentramento da antropologia », (UERJ/UFRJ, Rio de Janeiro, 23 août 2010, Patricia Birman et J. Machado da Silva org.).

Publications
Esquisses d’une anthropologie de la ville. Lieux, situations, mouvements, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, 2009.
• « Violences et déplacements forcés en Colombie. Apprendre à vivre dans la guerre », dans L’expérience des situations limites, sous la dir. de Gilles Bataillon et Denis Merklen, Paris, Karthala, 2009, p. 97-109.
• « Pour une anthropologie des prises de parole », (entretien avec Ch. Delory-Momberger), dans Vivre/Survivre. Récits de résistance, sous la dir. de Christine Delory-Momberger et Christophe Niewiadomsky, Paris, éditions Téraèdre, 2009, p. 179-186.
• « The ghetto, the hyperghetto and the fragmentation of the world », International journal of urban and regional research, vol. 33, n° 3, 2009, p. 854-857.
• « The camps of the twenty-first century : Corridors, security vestibules and borders of internal exile », Irish journal of anthropology, vol. 3, n° 12, 2009, p. 39-44.
• « Incertitude urbaine et liminarité rituelle. Anthropologie des hors-lieux », Zainak. Cuadernos de antropología-etnografía, Eusko Ikaskuntza Donostia (Société basque d’anthropologie, San Sebastián), n° 31, 2009, p. 215-232.
• « L’agir politique comme épreuve de la subjectivation », dans Penser le politique en Amérique latine. La recréation des espaces et des formes du politique, sous la dir. de Natacha Borgeaud-Garciandia, Bruno Lautier, Ricardo Penafiel et Ania Tizziani, Paris, Karthala, 2009, p. 267-271.
• « Le gouvernement humanitaire » – Entretien réalisé par Marie Poinsot, Revue Hommes et Migrations, n° 1279, « L’Afrique en mouvement », 2009.
• « Forced migration and asylum : stateless citizens today », dans Migration in a globalised world. New research issues and prospects, sous la dir. de Cédric Audebert et Mohamed Kamel Doraï, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2010, p. 183-190.
• « Il silenzio e la parola. Inchiesta sulle testimonianze dei rifugiati nei campi africaini », Studi culturali, Anno VII, n° 1, avril 2010, p. 3-14.
• « Camps for foreigners and the corridor of exile : a global landscape », TransEuropa, n° 9, mai 2010, p. 20-21, http://www.euroalter.com/2010/camps-for-foreigners-and-the-corridor-of-exile-a-global-landscape.

Dernière modification de cette fiche : 7 juin 2010.

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