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Enseignement suspendu durant l'année universitaire 2009-2010
Ce séminaire propose d’étudier comment la statistique, à la fois savoir universitaire et pratique administrative, fut au XIXe siècle étroitement associée à la construction des États nationaux et des Empires multinationaux. En s’appuyant sur le concept de « gouvernementalité » on s’intéressera aux conditions historiques sous lesquelles s’est mise en place une statistique des populations, articulée à des revendications nationales et donnant appui à des politiques de l’État. Comme statistique seront étudiées les pratiques de dénombrement, collecte, mise en catégorie, ainsi que les représentations et objets graphiques. Le séminaire ancrera cette question dans l’espace de l’Europe orientale et centrale, mais la déclinera aussi sur des exemples non-européens. Il l’interrogera dans une perspective historique longue : partant de 1848 qui marque l’apparition des statistiques dans les revendications nationales, pour suivre la généralisation, dans les recensements de population, des catégories, critères et questions destinés à identifier et enregistrer les caractères dits ethniques. Il s’intéressera aux usages politiques des statistiques ethniques au XXe siècle, sous deux aspects : d’une part dans les négociations internationales et la diplomatie, où les chiffres constituèrent le langage technique des experts ; d’autre part dans les politiques de population en s’interrogeant alors sur les dimensions éthiques et politiques soulevées depuis lors par la production de statistiques ethniques.
Mots-clés : Histoire, Histoire des sciences et des techniques, Politique, Savoirs,
Aires culturelles : Europe, Europe centrale et orientale,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : État et sciences sociales
Renseignements : CRIA, 96 bd Raspail, 75006 Paris.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : ouvert à tous, mais accord préalable souhaité.
Site web : http://cria.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : labbe(at)ehess.fr
Le séminaire et les activités de recherche ont été consacrés à la poursuite des thèmes traités les années précédentes sur les conditions historiques, savantes et politiques de la production des statistiques des nationalités et de leurs usages politiques en Europe orientale et centrale. La problématique a été introduite avec une nouvelle orientation, plus générale et conceptuelle, sur les termes de « nation » et « ethnicité », dont les usages sont causes d’enjeux et de polémiques politiques. Cette réflexion s’inscrivait dans la continuité de la coordination d’un numéro de la revue Critique internationale dont l’ambition était d’interroger la variété des expériences politiques et historiques des usages des statistiques ethniques. Cette introduction a permis de délimiter les contours d’une recherche qui vise à rétablir l’historicité des concepts et catégories à la base de la production de statistiques dites ethniques, et qui, ne se résumant pas à une histoire des origines, consiste dans l’étude de moments-clé de leur mise en place, comme par exemple le mouvement des nationalités en 1848, le droit des minorités durant l’entre-deux-guerres, les déplacements de population au XXe siècle. Cette année, c’est la période de l’entre-deux-guerres et la question des minorités qui a été approfondie. Dans cette nouvelle conjoncture politique, les facteurs qui ont conduit à transformer le mode de dénombrement statistique des nationalités mis en place au XIXe siècle, ont été repérés, comme notamment l’usage extensif des statistiques ethniques dans les négociations internationales et diplomatiques. On a abordé la proximité de la statistique avec le droit, autre langage produisant de l’indiscutabilité, renforcé durant cette période par les usages des statistiques par le droit, en l’occurrence celui des minorités. L’exemple de la Pologne a été le terrain exploré par ces questions. Il a été aussi l’objet d’une recherche nouvelle qui traite la question de la mise en nombre des appartenances nationales, sous un angle particulier, qui est a contrario des identités nationales, le cas des individus aux identités multiples, locales, confessionnelles, etc., souvent dépourvus de reconnaissance nationale et internationale. Sous le titre, « La statistique d’une minorité sans nom : les tutejsi (« gens d’ici ») en Pologne dans l’entre-deux-guerres », j’ai présenté les premiers résultats de cette recherche en cours, dans une communication donnée à une journée d’étude du CEFRES sur les savoirs et les minorités (Prague, 26 et 27 mars 2010). Ces cas marginaux prennent une place significative dans cette recherche, car la mise en catégorie, dans les recensements, des déclarations non nationales posa des problèmes aux statisticiens et aux autorités qui en discutèrent longuement. Si ces problèmes étaient jugés par les statisticiens comme des défauts – incompréhensions, erreurs –, aujourd’hui, pour l’historien, ils sont les traces des voix anonymes des populations enquêtées. L’histoire de la statistique, si elle part de l’État et de ses administrations, débouche ainsi sur une histoire des populations « autres », donnant ainsi à la notion de « population », centrale dans le régime de la gouvernementalité défini par Foucault, et qui avait été discuté dans une année antérieure, une place où elle est non seulement objet de politique mais aussi acteur de celle-ci.
Publications
• « Internationalisme statistique et statistique des nationalités au XIXe siècle », Courrier des Statistiques, 2009, n° 127, p 39-45.
• Coordination du dossier « Recensement ethnique et changement de régime », Critique internationale, n° 45, octobre-décembre 2009.
•« Statistique ethnique, légitimité politique et changement de régime », Critique internationale, n° 45, octobre-décembre 2009, p. 9-18.
•« Les frontières de la nation allemande dans l’espace de la carte, du tableau statistique et de la narration », dans Les espaces de l’Allemagne au XIXe siècle : frontières, centre et question nationale, sous la dir. de Catherine Maurer, Presses universitaires de Strasbourg, 2010, p. 49-72.
Dernière modification de cette fiche : 17 février 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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