2009-2010

Autobiographie et histoire chez Walter Benjamin

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 15 h à 17 h (salle des artistes, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 7 janvier 2010 au 15 avril 2010. Pas de séminaire les 25 février et 4 mars. La séance du 15 avril se déroulera en salle 242 (54 bd Raspail)

Renvoyant aux sources kantiennes de la pensée de Benjamin, la question de la subjectivité orientera notre examen du projet d’Enfance berlinoise. Ce travail, qui s'interèsse au mode de fonctionnement de la mémoire, correspond à la mise en forme littéraire d'éléments biographiques, historiques et théoriques dans un ensemble discontinu de proses courtes. Présentés dans cette constellation d'images autobiographiques, les souvenirs d’enfance deviennent des allégories qui renvoient aussi bien à la théorie du langage qu’à la théorie de l’histoire de l’auteur.

Mots-clés : Philosophie,

Aires culturelles : Allemandes (études),

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : ouvert à tous les intéressés.

Adresse(s) électronique(s) de contact : patricia.lavelle(at)noos.fr

Compte rendu

Le séminaire est parti de la problématique de la critique « post-moderne » à la notion de sujet qui, selon Manfred Frank, correspond au dénominateur commun des positions théoriques qui vont de Heidegger à Foucault. Nous avons montré que, dans la perspective de la théorie de l’histoire, la thèse de la mort du sujet implique le refus de la conception de l’expérience historique comme une construction à chaque fois singulière et individuelle de sens. Nous avons également indiqué que ce refus trouve son aboutissement dans l’histoire de l’être de Heidegger et rejoint également le projet foucaldien. Nous avons donc cherché à situer la pensée de Benjamin par rapport à cette problématique plus générale. Pour cela, nous avons formulé une double hypothèse : l’auteur propose une conception langagière de la subjectivité et cette conception l’amène à concevoir l’expérience historique d’après le paradigme de la remémoration, comme une construction à chaque fois singulière de sens.
C’est vrai qu’on trouve dans l’œuvre de Benjamin une critique de l’expérience des temps modernes et de la représentation de sujet qui correspond à cette expérience. Cependant, nous avons montré que, si la théorie linguistique de l’expérience de l’auteur implique une critique de la nature subjective du sujet transcendantal kantien, elle ne suppose pas un simple rejet de l’instance subjective qui se met en forme dans le jugement, mais plutôt une réélaboration du concept de sujet qui impliquera une conception réfléchissante et constructive de l’expérience historique. Renvoyant directement aux sources kantiennes de la pensée de Benjamin, la problématique de la subjectivité – sa critique dans le texte programmatique de 1917-1918 et sa rédemption allégorique à la fin du livre sur le drame baroque allemand – nous a permis d’attirer l’attention pour un aspect fondamental de la philosophie du langage de l’auteur qui débouche sur la problématique de l’expérience historique : la magie du jugement. Identifié au « bavardage » et à la chute du langage bienheureux du paradis dans « Sur le langage en général et sur le langage humain » (1916), le jugement est bien souvent interprété par les lecteurs de Benjamin d’une façon exclusivement négative et donc dévalorisé au profit du nom. Cependant, c’est bien sur la magie du jugement, et non pas sur celle du nom, que reposent les implications historiques de la philosophie du langage de l’auteur et sa théorie de l’allégorie. C’est en ce sens que nous avons interprété l’image de l’arbre de la connaissance du bien et du mal qui apparaît dans le contexte du mythe biblique de la création commenté d’abord dans « Sur le langage » (1916) et repris plus tard dans la théorie de l’allégorie qui se trouve à la conclusion d’Origine du drame baroque allemand (1925).
L’articulation entre les notions de « subjectivité allégorique » et de « magie du jugement » nous a conduit à examiner le projet d’Enfance berlinoise. Ayant comme paradigme le mode de fonctionnement de la mémoire, ce travail correspond à la mise en forme littéraire de contenus biographiques, de matériaux historiques et d’éléments théoriques dans un ensemble discontinu de petits textes. Présentés dans la discontinuité d’une prose autobiographique où l’individuel est mis en rapport avec le collectif et retravaillé par la réflexion, les souvenirs d’enfance ont été compris et interprétés comme des « images de pensée » qui nous ont amenés à thématiser aussi bien la théorie du langage que la théorie de l’histoire de l’auteur. C’est donc dans la perspective d’une recherche sur la problématique du sujet dans ses implications langagières et historiques que nous avons proposé une nouvelle interprétation d’Enfance berlinoise. Pour cela, nous avons pris en compte les variations entre les différentes versions du projet de réunir en livre les souvenirs d’enfance, notamment en comparant la version dactylographiée qui débute avec « Mummerehlen » (1934) et la dernière version qui débute avec « Loggien » (1938).

Dernière modification de cette fiche : 5 février 2010.

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