2009-2010

Qu'est-ce que la Britishness ? État et société civile britanniques

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 14 h à 17 h (Institut Charles-V (salle indiquée à l'entrée), 10 rue Charles-V 75004 Paris), du 4 décembre 2009 au 11 juin 2010. Les prochaines dates seront annoncées ultérieurement sur ce site. Dernière séance le vendredi 11 juin de 9 h à 19 h dans le cadre du colloque international sur le conservatisme, Fondation Deutch de la Meurthe (à la Cité universitaire).

Notre séminaire souhaite réfléchir à la nature de cet ensemble appelé britannique, qu’il faudrait d’emblée définir, dans sa dimension européenne au moins, comme «britannique et irlandais». En fait, l’interrogation sur la nature politique de l’objet engage les études britanniques et irlandaises sur un double terrain: celui de la réflexion autour de la notion d’aires culturelles, employée pour rendre compte de l’expérience européenne et de l’expérience coloniale, et celui de la critique généralisée de l’appareil conceptuel des sciences politiques contemporaines, autour des notions d’État, de nation, de souveraineté, entre autres. Notre séminaire croise donc les questionnements disciplinaires sur la notion de Britishness afin de nourrir une réflexion plus large sur l’objet « îles britanniques » et sur l’historiographie récente qui interroge cet objet.

Depuis 2007, cette réflexion est axée autour de la question du libéralisme dans le monde britannique et irlandais. Au cœur de cette réflexion se trouve la question de la stabilité de l’État libéral britannique, question qui est elle-même intimement liée à celle de la nature du lien entre État et société civile. Cette année, nous allons aborder cette question sous plusieurs angles : l’évolution de l’opinion des classes populaires vis-à-vis de l’État ; la construction de la protection sociale en monde britannique à travers la mutualisation des risques ; la politique fiscale du parti conservateur depuis les lendemains de la Seconde guerre mondiale.

 

Vendredi 4 décembre 2009 (salle C330) : Tim Hitchcock (University of Hertfordshire), The Gordon Riots and their impact on the creation of a new working class attitude to the state.
Discutants : Charles Walton (Yale university) , Renaud Morieux (PRI et IRHiS, Lille-III)

Vendredi 15 janvier 2010 : (salle C330) : Julia Moses, Pembroke College, Oxford University, "Compensation, Risk and the Origins of the British Welfare State"
Discutant : Paul-André Rosental (Institut d’études politiques de Paris)

Vendredi 19 février 2010 : Martin Daunton (Cambridge University), “Taxation, distribution and incentives: Conservative policy, 1945-1990”
Discutant: Nicolas Delalande (Paris-I)

Vendredi 26 mars 2010 (salle A34) : Michael Kazin (Georgetown University), "The failure and success of the New Left". Discutante: Marianne Debouzy (professeur émérite Paris 8).

Vendredi 2 avril 2010 : Giorgio Riello (Université de Warwick), Small and beautiful ? Social investigation, entrepreneurship and the late Nineteenth-Century London economy

Jeudi 10 et vendredi 11 juin 2010 (de 9 h à 19 h) : Colloque international sur le conservatisme, Fondation Deutch de la Meurthe à la Cité universitaire

 

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Renseignements : voir le calendrier précis ultérieurement sur ce site.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous pris par courriel.

Réception : sur rendez-vous pris par courriel.

Niveau requis : séminaire ouvert aux étudiants en master et doctorat.

Site web : http://ilesbritanniques.ehess.fr/

Adresse(s) électronique(s) de contact : mankin(at)univ-paris-diderot.fr; philippe.minard(at)ens.fr, clarisse.berthezene(at)wanadoo.fr, downs(at)ehess.fr; renaud.morieux(at)gmail.com

Compte rendu

Depuis 2007, notre réflexion sur l’objet « îles britanniques », et sur l’historiographie récente qui interroge cet objet est centrée sur la question du libéralisme dans le monde britannique et irlandais. Au cœur de cette réflexion se trouve la question de la stabilité de l’État libéral britannique, question qui est elle-même intimement liée à celle de la nature de la relation entre État et société civile. Cette année, nous avons axé le séminaire autour de deux grands thèmes capables d’éclaircir la spécificité du libéralisme britannique : 1) les politiques sociales et économiques en Grande-Bretagne depuis la fin du XVIIIe siècle, et 2) la recomposition du (ou des) conservatisme(s) en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis depuis 1945, sujet de notre grand colloque international en juin 2010. Trois séances sur six ont été donc consacrées à la première thématique, les trois autres à la seconde.
Le premier cycle de séances a été ouvert par une table-ronde avec Tim Hitchock (Université de Hertfordshire), Chuck Walton (Université de Yale) et Renaud Morieux (Université de Lille-III) autour d’un texte de Tim Hitchcock sur « The Gordon Riots and their impact on the creation of a new working class attitude to the state ». Cette recherche montre la richesse de la « new social history of crime » qui s’est développée en Angleterre depuis les années 1980. De plus, elle permet de réfléchir à la notion d’agency, de popular culture, et à l’histoire from below, à partir d’une approche combinant histoire du droit, histoire urbaine et histoire culturelle. Nous sommes passés ensuite à la question des assurances sociales, et des enquêtes sur lesquelles celles-ci s’appuient, avec deux tables rondes : une première autour de Julia Moses (Université d’Oxford) qui a présenté ses recherches sur « Compensation, risk and the origins of the vritish welfare State » ; et une deuxième, autour de Giorgio Riello (Université de Warwick), qui a rouvert le dossier sur les enquêtes sociales dans un texte qui s’intitule « Small and beautiful ? Social investigation, entrepreneurship and the late Nineteenth-Century London economy ». Si l’intervention de Julia Moses mettait l’histoire des premières assurances sociales britanniques à l’épreuve d’une comparaison avec l’Italie et l’Allemagne, montrant ainsi les multiples chevauchements entre institutions publiques et structures privées dans la structuration des assurances sociales en Grande-Bretagne, celle de Giorgio Riello faisait une relecture des fameuses enquêtes de Charles Booth sur le sweating et la petite taille des entreprises à Londres à la fin du XIXe siècle pour révéler comment l’enquête est structurée par les préjugés des enquêteurs bourgeois contre la prétendue inefficacité des petites entreprises montées par des ouvriers qui préféraient s’installer à leur compte au lieu de travailler en usine.
Le deuxième cycle de séances, préparatoires au colloque international du 10 et 11 juin sur le conservatisme consistait en trois tables rondes : Une première autour de la politique fiscale et des projets de réforme de l’État-providence conçus par les conservateurs britanniques et français entre 1945 et 1990, avec la participation de Martin Daunton (Université de Cambridge) et Nicolas Delalande (Université ParisI/Panthéon-Sorbonne) ; une deuxième autour d’une communication de Michael Kazin (Université de Georgetown) sur la reconfiguration de la droite et de la gauche américaines à l’époque de la New Left ; et une troisième séance autour de Chris Bayly sur les origines de la démocratie en Inde, organisée en collaboration avec le groupe France-Îles britanniques de l’Université Paris-IV/Sorbonne. Cette dernière séance nous a permis d’aborder la question de la décolonisation, toile de fond essentielle pour comprendre les recompositions successives des politiques conservatrices en Grande-Bretagne après la Seconde Guerre mondiale.
L’année s’est terminée par un grand colloque international : « The Age of conservatism. From opposition to power, France, Britain and the United States, 1945-1990 ». En Grande-Bretagne, comme en France et aux États-Unis, l’histoire des politiques sociales peut se targuer d’une historiographie foisonnante. Que l’on s’interroge sur les intellectuels et les idées qui présidèrent à la construction d’États sociaux ou sur les politiques économiques et sociales qui en découlèrent, on trouve une large bibliographie qui permet de comprendre comment, dans ces trois pays, on a tenté de résoudre la question sociale au cours du XXe siècle.
Il n’en va pas de même de la lecture conservatrice du monde social et économique qui, à la faveur du thatchérisme en Grande-Bretagne et de la Nouvelle Droite aux États-Unis, est mise en avant pour remettre en cause les acquis du modèle social adopté dans les années 1930-1940 aux États-Unis et 1940-1950 en Grande-Bretagne. Symbolisée par la célèbre expression de M. Thatcher, « There is no alternative », cette lecture, qui formera quelques années plus tard l’un des éléments essentiels de la « fin de l’histoire » prônée par Francis Fukuyama, constitue aujourd’hui l’un des principaux angles morts de l’historiographie du conservatisme. Organisé conjointement par l’EHESS et le LARCA (Paris-Diderot), ce colloque a eu pour objectif d’ouvrir la « boîte noire » des politiques conservatrices en examinant les fondements intellectuels de la « révolution conservatrice ».
Un premier atelier s’est penché sur la question des politiques économiques et industrielles dans les trois pays autour de Nelson Lichtenstein (Université de Californie, Santa Barbara), The return of merchant capitalism, Guy Groux (CNRS-CEVIPOF), Industrial Relations in France from 1980 to 2010, Adrian Williamson (Trinity Hall, Cambridge), “Reversing the trend” : Keith Joseph and the remaking of British conservatism, 1974-1979 et de Martin Schain (NYU), Mobilizing immigrants by Unions and Parties.
Les politiques sociales ont fait l’objet d’un deuxième atelier autour de Laura Lee Downs (EHESS), The reconfiguration of social politics on the French Right : The case of the Croix de Feu, 1934-1960, Diana Gonzales (EHESS), Defining conservatism, combatting conservatism : The American film event 1960s-1990s et Jose Harris (St Catherine, Oxford), Principles, markets, and national interest in conservative approaches to cocial policy. Une table ronde sur les réformes et les financements des universités et de la recherche dans les trois pays fut particulièrement riche et fructueuse.
Lors de la seconde journée, nous nous sommes intéressés au pouvoir exécutif avec l’intervention d’une juriste, Élisabeth Zoller (Université Paris-II/Panthéon-Assas), Le mouvement conservateur à la Cour suprême des États-Unis à partir des années 1970, et le double regard de Marc Olivier Baruch (EHESS) et de Jean-Christian Vinel (Université Paris-VII/Diderot) sur Conservatisme et exécutif : transformations du pouvoir gouvernemental en France et aux États-Unis, 1968-1988.
Les liens entre conservatisme et libéralisme ont été analysés par Jennifer Burns (Université de Virginie), From Hollywood to the federal reserve : The making of Ayn Rand’s objectivism, François Denord (EHESS-CSE), La longue marche du néo-libéralisme français et Clarisse Berthezène (Université Paris-VII/Diderot), Thatcherism before Thatcher : Liberal political economy and the conservative political culture, from Baldwin to Thatcher.
Conservatisme et populisme ont fait l’objet d’un atelier autour de Michael Kazin (Université de Georgetown), George Wallace and Conservative Populism, de Stéphane Porion (Université Paris-Ouest-Nanterre), Enoch Powell : From a disraelian discourse to a populist discourse of Powellism et de Robert Mason (Université d’Edimbourg), Transatlantic dimensions of electoral strategy : the US Republican Party and UK Politics, 1945-1960.
Enfin, notre dernier atelier intitulé « les ravages de la liberté », a réuni Éric Fassin (ENS), De la tyrannie du “sexuellement correct” à l’empire de la “démocratie sexuelle” ; les avatars du néo-conservatisme et Alexis Spire (CNRS-CERAPS), L’institutionnalisation de l’antifiscalisme en France et aux États-Unis. Gareth Stedman Jones, (King’s College, Cambridge) a proposé à la fois des conclusions et de nouvelles questions sur la dimension religieuse dans les trois pays et sur l’empire en France et en Grande-Bretagne.

Dernière modification de cette fiche : 1 juin 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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