2009-2010

Création musicale, World Music et diversité culturelle

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e mardi du mois de 9 h à 12 h (salle 11, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2009 au 11 mai 2010

Nous étudions la fabrication des musiques du monde avec des acteurs de ce monde, dans une démarche interdisciplinaire. Trois pôles cette année. 1) Le partenariat engagé avec la Maison des Cultures du Monde sera reconduit et enrichi d’une collaboration avec la Musikhochschule de Hanovre et le Centre Marc Bloch de Berlin pour une enquête comparée qui portera sur deux Festivals de musiques du monde à Paris (Festival de l’Imaginaire) et à Berlin (Creole). 2) Description de l’action musicienne. Des analyses de cas (un rituel bouddhique, une improvisation de Thelonious Monk, une samba de Nazare da Mata…) nous feront questionner notre propre travail de description : choix des niveaux, jeux d’échelle, problématiques de l'analyse situationnelle. 3) Avec Sandrine Darsel et Roger Pouivet, nous poursuivrons l’examen de quelques modèles d’une ontologie musicienne qui conditionne le type d’attention que nous portons à ces musiques.

Mardi 8 décembre : La séance du 8 décembre présentera deux interventions centrées sur le Brésil contemporain.
- Anaïs Flechet, ATER Université Paris-IV/Sorbonne. UMR IRICE/Centre d'Études du Brésil et de l'Atlantique Sud, Les festivals de musique dans les années 1960 et 1970 : enjeux politiques, économiques et culturels
- Lucia Campos, ethnomusicologue, doctorante EHESS, Fuloreste do Samba : des Fêtes du Nordeste du Brésil aux festivals de musiques du Monde en Europe

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Renseignements : programme disponible sur demande à Denis Laborde, Groupe de recherche en anthropologie de la musique, IIAC/LAIOS, EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 49 54 21 98/25 20, ou par courriel.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous avec Denis Laborde.

Réception : prendre contact avec Denis Laborde par courriel.

Niveau requis : ouvert à tous, aucune condition spécifique d'inscription.

Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/laios/

Adresse(s) électronique(s) de contact : dlaborde(at)msh-paris.fr, tbachir(at)noos.fr

Compte rendu

Nous étudions la fabrication des musiques du monde dans une démarche interdisciplinaire et en associant les acteurs de ce monde à notre démarche de connaissance. La présentation générale du séminaire engagée lors de notre première séance d’octobre a permis de présenter diverses initiatives liées aux activités de recherche du groupe. Ces activités s’orientent selon trois thématiques : les questions d’ontologie de la musique ; la mise en place du programme d’enquête de l’Atelier franco-allemand d’analyse des festivals de musiques du monde ;  des études portant sur l’entrée dans « le monde de la World Music » de répertoires dédiés. Ces thématiques ont été accompagnées de travaux pratiques (en relation avec la Maison des Cultures du Monde à Paris, le festival Villes des Musiques du Monde à Aubervilliers et Creole, Weltmusik aus Deutschland à Berlin) auxquels les étudiants qui le souhaitaient ont pu librement s’associer.

Après cette séance de présentation, nous avons accueilli Anaïs Flechet, ATER à l’Université Paris-IV/Sorbonne, qui a présenté ses travaux récents sur les artistes du Brésil dans Les festivals de musique dans les années 1960 et 1970. Cette étude fut pour elle l’occasion de revenir sur les enjeux politiques, économiques et culturels d’une diplomatie culturelle qui sut stabiliser la forme « festival » pour en faire un outil de valorisation politique dans l’espace atlantique. En écho à cette présentation, Lucia Campos, ethnomusicologue, présenta son propre travail sur la naissance, dans le Nordeste brésilien, de formes musicales promises à une forme de stabilisation qui garantit leur inscription dans les programmations des festivals européens : Fuloreste do Samba, des Fêtes du Nordeste du Brésil aux festivals de musiques du Monde en Europe.

La confrontation des méthodologies de l’historienne travaillant à grande échelle sur une forme culturelle instituée et de l’ethnologue travaillant en observation participante sur l’institution d’une catégorie a permis d’ouvrir la discussion sur les méthodologies distinctes à propos de l’enquête sur les festivals. Nous accueillîmes alors le journaliste François Bensignor, éminent spécialiste des musiques du monde (Rough Guide to World Music, Sans Visa, Guide des musiques de l’espace francophone et du monde, le Guide Totem les Musiques du monde...), dont les analyses sur l’organisation institutionnelle et sur l’économie de la World Music croisèrent celles d’Emilia Chamone sur la fabrication d’une musique brésilienne à Paris. La forme des batucadas, loin d’être une forme stabilisée admise une fois pour toutes, apparaît, dans les spectacles qu’elle étudie, une forme en perpétuelle invention où se donnent à lire des compétences (techniques, mais aussi d’attribut et d’attribution statutaires), des références culturelles qui peuvent entrer en conflit, des manières de mise en espace, des formes diversifiées de saturation de l’espace sonore…

Emilia Chamone exposa par la suite ses recherches lors de la journée du 9 mars qui fut organisée à l’EHESS autour du thème de la Saturation. Cette journée fit partie d’un triptyque mis en place par le LAIOS, le Centre de Documentation de la Musique Contemporaine (Cité de la Musique) et l’Ecole d’Architecture Paris-Malaquais : Les Mardis de la Saturation [www.cdmc.asso.fr/fr/ressources/conferences/enregistrements/mardis_saturation].

Le mot saturation est un mot sur lequel on ne s’arrête pas : comme si ce qu’il servait à désigner allait de soi. Cette transparence postulée lui procure une infinie disponibilité sémantique. Instrument de connaissance dans l’ensemble des disciplines scientifiques, il sert à identifier des états du monde, à repérer des indices, des degrés, des niveaux «  de saturation  ». Il marque des seuils, repère des courants, des radiations, des zones « de saturation ». Il permet de créer des protocoles expérimentaux, des indicateurs, des axiomatiques. Il s’avère aussi, parfois, un puissant moteur de création artistique. C’est à ce mot et aux usages qui en sont faits dans les sciences humaines et sociales et dans la création artistique que ces Mardis de la saturation furent consacrés. Des sociologues, des philosophes, des ethnologues, des musicologues et des architectes dialoguèrent avec des compositeurs et des musiciens pour provoquer un remue-ménage épistémologique que l’on put observer, au long de ces trois journées et en trois sites distincts, aux frontières des sciences de la société et de la création artistique contemporaine.

Le séminaire se poursuivit ensuite autour de la thématique des identités musiciennes à l’heure de la World Music, grâce à la venue d’Arwad Esber, directrice de la Maison des Cultures du Monde à l’occasion de la préparation de l’ouvrage que notre équipe écrit à la suite de l’enquête que nous avons menée sur le Festival de l’Imaginaire dans le cadre de ce séminaire entre 2008 et 2010. Cette venue fut l’occasion de confronter le poste d’observation des chercheurs (arc-boutés sur les cadres conceptuels de leurs analyses qui forment le socle de l’ambition scientifique de leurs discours) et les engagements des directeurs de programmation qui mettent en jeu des valeurs, des répertoires, des formes diversifiées d’action dans l’espace public, des convictions et des rapports politiques, administratifs et financiers, dont la venue d’Arwad Esber permit de dégager la grande complexité.

La dernière séance de l’année fut consacrée à la présentation des travaux d’étudiants qui ont en commun de mobiliser une méthodologie de l’enquête commune : participation aux événements que chacun entend décrire, desserrement de l’emprise des modèles nomologiques, ouverture au jaillissement de l’imprévu et une attention toute particulière portée aux bricolages en situation. Nous espérons ainsi construire une anthropologie de la musique dont la pertinence tiendra moins à une hypothétique pertinence des objets qu’elle prend pour cible qu’au type d’attention que chacun décide de porter sur la fabrication de musique.

 

Dernière modification de cette fiche : 7 décembre 2009.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

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