2009-2010

La discipline au travail. Qu’est-ce que le salariat ?

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er, 3e et 5e jeudis du mois de 16 h à 19 h (ENS, Campus Paris-Jourdan, 48 bd Jourdan 75014 Paris), au second semestre, jusqu'au 10 juin 2010.

Cette année, le séminaire porte sur la question du salariat comme forme historique d’organisation du marché du travail. L’objectif est d’analyser dans une perspective comparatiste dans l’espace et dans le temps la manière dont s’impose la discipline dans différentes dimensions du travail salarié : le recrutement, la formation et la qualification, les modes de rémunération, le contrôle et l’organisation du processus de production, les conflits et les rapports de force individuels et collectifs. On s’attachera ainsi à comprendre la genèse de la société salariale.

Mots-clés : Économie, Histoire, Travail,

Aires culturelles : Transnational/transfrontières,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Renseignements : sur rendez-vous.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : sur rendez-vous.

Site web : http://www.paris-jourdan.ens.fr/reche/simiand/simiand.php

Adresse(s) électronique(s) de contact : grenier(at)pse.ens.fr

Compte rendu

Le séminaire a abordé cette année les liens entre discipline et salariat. Prendre le point de vue de la discipline au travail, c’est reconnaître que les rapports de travail sont des rapports de force structuralement inégaux et non une relation symétrique bilatérale et égalitaire entre deux individus qui trouvent un arrangement mutuellement avantageux.

Dans le salaire s’articule une détermination qui provient de la technique (le processus de production et la division du travail qui en découle) et une autre issue de l’organisation même du travail et de son contrôle. Ce principe de lecture a permis d’aborder des questions aussi différentes que l’organisation de l’atelier au sein de la grande entreprise à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la question plus spécifique du taylorisme, mais aussi celle du fonctionnement de systèmes productifs beaucoup plus anciens tels la production de sucre en Sicile au XIVème siècle.

La définition du salariat ne se résume pas à la rémunération immédiate du travail effectué  mais elle renvoie à la prise en compte par l’employeur ou des institutions indépendantes, publiques notamment, d’éléments qui ne sont qu’indirectement présents dans le travail. Une attention particulière a ainsi été accordée à deux aspects du salaire différé : la retraite et les différentes formes d’assistance (chômage, maladie, etc.). La question de la retraite a été examinée dans la longue durée du XIVème siècle à nos jours, avec un intérêt particulier accordé à la période de mise en place, tant intellectuelle qu’institutionnelle, d’un système professionnel ou public de retraite entre les années 1780 et la fin du XIXème siècle.

La question de l’assistance a été examinée au travers de sa genèse à l’époque médiévale. Si l'on admet que le salariat ne saurait se déduire de la seule existence d'un travail accompli contre rétribution monétaire, la période entre XIIIe et XVe siècles constitue un bon terrain d'études car la multiplicité des configurations institutionnelles locales éclairent bien les multiples formes prises par le rapport salarial. Le séminaire s’est ainsi intéressé aux diverses structures d'assistance qui s'inscrivent toutes dans un rapport explicite au travail. Cette volonté d'asseoir le secours aux individus vulnérables (enfants, veuves et vieillards, infirmes) sur une part collectivement prélevée et gérée de la production oppose le modèle médiéval laborieux aux pratiques évergétiques des sociétés anciennes. A partir des réglementations minutieuses qui organisent la perception des dîmes, l'organisation du glanage ou le financement des hôpitaux et sociétés de secours mutuel, on a pu montrer qu'il existe une véritable part institutionnelle et collectivement administrée du revenu salarial, qui s'ajoute à la rétribution salariale ou s'y substitue en cas de détresse. Ce salaire différé vise également à assurer une certaine constance à des marchés du travail souvent déstabilisés par les crises. Interprétables dans la perspective polanyienne des pratiques de redistributions, ces situations médiévales illustrent des dynamiques d'apprentissage des conventions salariales qui permettent, dans le long terme, de comprendre la mise en place d'une véritable société du salariat, inconnue pour ces périodes.

Enfin, plusieurs séances ont été consacrées aux utopies qui s’efforcent d’imaginer un salariat autre que celui généré par le système capitaliste. La lecture de Robinson Crusoé de Daniel Defoe (1719) et l’étude des réductions jésuites au Paraguay ont permis de réfléchir sur ce que signifie l’absence du salariat. A partir de l'exemple du Familistère de Guise, on s’est également intéressé aux utopies réalisées de la première industrialisation. Comment se pense et se pratique le salariat par rapport à l'ensemble des ressources de "salaire indirect" offertes par les institutions patronales ? Le Familistère de Guise est à la fois un hapax et un exemple parmi d'autres de prise en charge de la nouvelle main-d’œuvre industrielle. La "gestion totale" offerte par Godin, à la fois, paradoxalement, archaïque et moderniste, a été réintégrée dans le temps long des utopies économiques.

 

Dernière modification de cette fiche : 19 mai 2010.

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