S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Mercredi de 9 h à 11 h (54 bd Raspail 75006 Paris), du 18 novembre 2009 au 17 février 2010. Les séances des 25 novembre et 16 décembre 2009 se tiendront en salle 241 ; les séances des 2, 9 décembre 2009, 6 janvier et 3 février 2010 se tiendront en salle 524 ; les séances des 13, 20, 27 janvier, 10 et 17 février 2010 se tiendront en salle 242.
Le séminaire portera sur la "fabrique" d'un objet architectural et urbain conçu et réalisé dans le cadre de la commande publique. En suivant trois grandes étapes (commande, conception, réalisation), il mettra en évidence la part importante dans cette "fabrique" de l'interprétation du langage (textes et images) par ses différents acteurs et s'intéressera particulièrement aux marges de cette interprétation. Ces questions seront abordées à partir des situations où la commande publique se trouve être grande productrice de textes et d'images; où peuvent être observés des changements importants entre les projets dessinés et leur réalisation effective; où ont lieu des confrontations particulièrement tendues entre le concepteur et producteur d'images et l'acteur politique ou (et) économique. L’URSS et l’Italie des années 1930 constitueront les deux principaux terrains d’étude.
Programme des séminaires :
Que ce soit dans le champ de la linguistique, de l’esthétique, de l’histoire de l’art ou de l’ethnologie, l’intérêt pour les questions de processus de création est venu se substituer depuis une quinzaine d’années à celui porté à l’œuvre comme objet fini et à son créateur comme figure unique. Certains chercheurs[1] ont ainsi déplacé leur regard vers les mécanismes de conception et de transformation des œuvres et le rôle de divers acteurs et facteurs (notamment économiques) intervenants dans ces processus.
Dans le domaine de la recherche architecturale ce glissement s’est d’abord opéré à travers l’objet-ville[2], objet non fini par excellence, construit dans un temps long, lieu d’intervention de plusieurs acteurs, lieu d’arbitrages, de partages, de divisions et de transformations successives.
La reconnaissance de l’œuvre architecturale, dans sa dimension d’objet issu d’un travail collectif et situé dans une longue chaine de fabrique, est plus récente. S’intéressant aux processus de conception architecturale, les travaux de chercheurs de l’école d’architecture de la Villette, et particulièrement ceux menés par Philippe Boudon[3], ont permis d’instaurer une distinction entre les termes de création et de conception, sans pour autant réduire la dernière à un processus d’interaction entre divers acteurs, mais en dégageant son aspect cognitif à travers la réévaluation de la dimension intellectuelle de la conception architecturale. Ils ont pu dégager également l’importance de la notion de projet sous ses multiples acceptions (préfiguration de la réalité architecturale, œuvre, lieu de négociation, objet collectif, etc.), usages et polysémie qui ne se retrouvent pas dans d’autres disciplines artistiques. Les travaux de Robert Prost[4] ont, de leur côté, davantage mis en lumière l’importance des relations entre acteurs aux cultures et rationalités multiples, de l’inscription du secteur du bâtiment au sein des logiques économiques industrielles, mais aussi des « énoncés du dessein » par le commanditaire et les marges d’imprécision et d’interprétation de ces formulations.
Le séminaire « La fabrique d’un objet architectural et urbain » recoupe et développe en partie ces problématiques.
Pourquoi ce titre et non « La conception d’un projet architectural et urbain » ou encore « Le processus de conception… » ?
De fait, si le terme de fabrique est employé couramment pour l’objet-ville, - les géographes ont développé la notion de fabrique urbaine - il n’est pas communément utilisé pour l’objet-architecture. Si nous l’empruntons et l’utilisons indifféremment pour ces deux objets, c’est en ce qu’il nous semble mieux approprié que la notion de conception ou celle de processus pour exprimer à la fois le travail intellectuel du concepteur, mais aussi l’idée de la longue durée, de production matérielle, de système d’acteurs et de pouvoirs qui, à différentes étapes, agissent sur la conception et la réalisation.
De même, si nous avons préféré au terme, central dans le monde architectural, de projet, celui d’objet, c’est en ce qu’il permet d’exprimer à la fois la conception et la production matérielle d’une œuvre, cette dernière ne constituant pas nécessairement ni la fin, ni l’aboutissement d’un projet architectural ou urbain.
Le séminaire portera donc sur la fabrique d'un objet architectural et urbain conçu et réalisé dans le cadre de la commande publique. C’est-à-dire dans une situation où le commanditaire est grand producteur d’énoncés (programmes, cahiers de charges, etc.) et grand demandeur de mises en images ; où peuvent être observés des changements importants entre les projets dessinés et leur réalisation effective; où ont lieu des échanges particulièrement soutenus entre le concepteur et producteur d'images et l'acteur politique ou (et) économique.
En suivant les différentes étapes (énoncé de la commande, conception et mise en images du projet, réalisation), le séminaire mettra en évidence la part importante dans cette fabrique de l'interprétation du langage (textes et images) par ses différents acteurs. Il s'intéressera particulièrement aux marges de cette interprétation. Comment varient-elles suivant les étapes? Sont-elles volontairement réduites ou augmentées? Dans quelle mesure permettent-elles aux différents acteurs de s'approprier l'objet? Comment ces différents acteurs s'en servent-ils pour faire passer leurs idées ou intérêts?
La plupart des recherches menées sur les processus de conception architecturale et urbaine prennent les situations contemporaines européennes pour terrain d’application.
Nous avons fait le choix de porter ces questionnements sur le terrain de l’architecture et de l’urbanisme soviétiques des années 1930-50 et, plus précisément, les situer dans le cadre de la conception et de la réalisation du Plan de reconstruction de Moscou de 1935. Choix qui s’explique par nos recherches antérieures[5], mais qui offre surtout la possibilité d’explorer une situation où la conception architecturale et la figure de l’architecte se trouvent placés dans un cadre particulièrement contraint, face à un commanditaire politique très présent et où, grâce à l’accessibilité des archives, nous disposons d’un corpus de textes et d’images permettant de suivre assez loin les différentes étapes de fabrique de la ville et de l’architecture.
Principal terrain d’étude, il sera ponctuellement complété par des exemples de l’urbanisme italien des années 1930, ainsi que des exemples puisés dans les situations de la commande française contemporaine.
[1] Voir notamment les recherches menées sur la génétique des textes par Pierre-Marc de Biasi et autres chercheurs de l’lnstitut des textes et manuscrits modernes (ITEM) à l’ENS ; par Jean-Loup Bourget sur les genèses cinématographiques à l’Atelier de recherche sur l’intermédialité et les arts du spectacle (ARIAS) à l’INHA ; par Valérie Pozner à travers ses travaux sur le cinéma russe et soviétique (ARIAS/INHA) ou dans son séminaire « Arts en transition » à l’ENS ; par Cécile Pichon-Bonin sue la peinture soviétique de la première moitié du XXe siècle à l’INHA; par Sophie Houdart et Emmanuel Grimaud dans leurs séminaires de l’EHESS ou par Sophie Houdart dans ses travaux menés au laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC) de Paris-X.
[2] en grande partie sous l’influence des travaux des géographes ou historiens tels Bernard Lepetit ou Marcel Roncayolo. Voir notamment : Bernard Lepetit, « La ville : cadre, objet, sujet. Vingt ans de recherches françaises en histoire urbaine », Enquête, 1996, n° 4, p. 11-34 ; Marcel Roncayolo, Lectures de villes. Formes et temps, Marseille, éditions Parenthèse, 2002 ; La ville et ses territoires, Paris, Gallimard, 1990.
[3] Philippe Boudon (sous la direction de), Conceptions, Epistémologie et poïétique, Paris, l’Harmattan, 2006 ; Philippe Boudon, Conception, Paris éditions de la Villette, 2004 ; Philippe Boudon, Philippe Deshayes, Frédéric Pousin, Françoise Schatz, Enseigner la conception architecturale, cours d’architecturologie, Paris, Les éditions de la Villette, 2000.
[4] Alain Bourdin et Robert Prost (sous la direction de), Projets et stratégies urbaines, Regards comparatifs, Marseille, éditions Parenthèses, collection « La ville en train de se faire », 2009 ; Robert Prost (sous la direction de), Concevoir, inventer, créer, Réflexions sur les pratiques, Paris, l’Harmattan, collection « Villes et entreprises », 1994, Robert Prost, Conception architecturale. Une investigation méthodologique, Paris, l’Harmattan, col. Villes et Entreprises, 1992.
[5] Notamment la thèse de doctorat en architecture : Elisabeth Essaïan, Le plan général de reconstruction de Moscou de 1935, La ville l’architecte et le politique, Héritages culturels et pragmatisme économique, sous la direction de Jean-Louis Cohen, Paris VIII, 2006.
Le séminaire se déroulera en 12 séances de deux heures, qui se développeront comme suit :
18 novembre-25 novembre 2009 : Séances d’introduction.
18 novembre 2009 - 1e séminaire : Séance 1 : Termes, champs, cadre, terrain. Cette séance servira à s’interroger sur la pertinence des termes de l’intitulé (fabrique ou conception, projet ou objet ?) ; de préciser le(s) champ)(s) disciplinaire(s) concernés ; le cadre (commande publique/commande privée) ; le(s) terrain(s).
25 novembre 2009 - 2e séminaire : Séance 2 : D'une fabrique à l'autre: de la spécificité de l’objet architectural et urbain. En se basant sur des entretiens réalisés auprès des créateurs de diverses disciplines artistiques (écrivains, compositeurs, plasticiens, cinéastes, photographes, designers de la mode), il s’agira de redéfinir les particularités de la fabrique de l'objet architectural et urbain par confrontation à ces autres objets dits artistiques. Réinterroger la place, la latitude et la conscience d'indépendance de celui qui crée, conçoit ou met en forme; les temps de fabrique; les formes de réception et d'appropriation de l'objet.
2 décembre–16 décembre 2009 : À l’origine du projet, la commande. On s'intéressera ici à l'une des particularités de la fabrique de l'objet architectural et urbain: celui qui crée, conçoit et met en forme et en images se trouve rarement à l'origine de la décision de créer ou de transformer. Cette étape de la fabrique sera étudiée en trois séances thématiques : le cadre de la commande (concours, commande directe), la figure du commanditaire (notamment lorsque celui est un homme politique), les termes de la commande (la mise en mots de son désir par le commanditaire, le monde de références visuelles auxquelles renvoie la formulation).
2 décembre 2009 - 3e séminaire : Séance 1 : Le cadre de la commande
9 décembre 2009 - 4e séminaire : Séance 2 : La figure du commanditaire
16 décembre 2009 - 5e séminaire : Séance 3 : Formuler la commande
6 janvier-20 janvier 2010 : Conception : de l'interprétation à la mise en images. On évaluera la latitude d'appropriation de l'objet par le concepteur au moment de son interprétation des termes de la commande. On observera les stratégies de communication visuelle qu'il met en place en s'intéressant à l'oscillation entre anticipation des désirs du commanditaire et volonté de faire passer sa propre vision de l'objet à créer. Une attention particulière sera portée au dessin perspectif (à la fois objet de séduction et objet ouvert aux multiples interprétations).
6 janvier 2010 - 6e séminaire : Séance 1 : Le rendu « gagnant »
13 janvier 2010 - 7e séminaire : Séance 2 : Le temps des évaluations
20 janvier 2010 - 8e séminaire : Séance 3 : L'architecte face au commanditaire
27 janvier-10 février 2010 : Du projet à la réalisation. Nous nous intéresserons tout d’abord au statut des projets dessinés. Comment comparer le projet produit dans le cadre d'un concours et le projet d'exécution? Le projet définitif est-il définitif? Nous observerons ensuite si et comment l’aspect économique est intégré au moment de la conception de l’œuvre, s’il est ou non subi comme une contrainte et comment les choix opérés renseignent sur les objectifs réels, pas nécessairement annoncés, du commanditaire. Enfin, à travers les questions d’usage et de pratique des espaces architecturaux et urbains, nous nous interrogerons sur la dimension temporelle de ces objets.
27 janvier 2010 - 9e séminaire : Séance 1 : De la fidélité en projet architectural et urbain
3 février 2010 - 10e séminaire : Séance 2 : Quand l'économique redessine le projet
10 février 2010 - 11e séminaire : Séance 3 : Le temps long de l’architecture et de la ville : de la transformation des objets
17 février 2010 : Séance de conclusion : Après la fabrique et l’objet repenser la place de l’œuvre et du concepteur dans la création architecturale ?
Mots-clés : Arts, Économie, Image, Spatialisation, territoires, Urbaines (études),
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations
Renseignements : sur rendez-vous.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous, par courriel.
Niveau requis : ouvert à tous.
Adresse(s) électronique(s) de contact : lisessaian(at)orange.fr
L’objectif de ce séminaire a été de proposer une lecture du temps long de la fabrique d’un objet architectural et urbain, en observant ce dernier non seulement en tant que projet de conception ou œuvre réalisée par un acteur privilégié (architecte ou urbaniste), mais aussi en évaluant la latitude d’autonomie de sa fabrique dans un système de commande et de production, par rapport aux différents acteurs de ce système.
Le terme de fabrique a été volontairement choisi pour exprimer à la fois la double dimension de travail intellectuel de conception et de travail artisanal de production, ainsi que celle du système d’acteurs et de pouvoirs qui, à différentes étapes, agissent sur ces conception et réalisation. Il en fut de même pour le choix du terme objet à la place de celui, central dans le monde architectural, de projet, la réalisation matérielle d’une œuvre ne constituant pas nécessairement ni la fin, ni l’aboutissement d’un projet architectural ou urbain.
Les séances introductives de ce séminaire ont permis de clarifier la spécificité de la fabrique architecturale et urbaine par confrontation aux fabriques d’autres disciplines artistiques, à travers l’analyse d’un corpus d’entretiens réalisés avec les représentants de ces différentes disciplines.
La notion de projet et l’existence ou non de la commande comme point de départ de la fabrique semblaient être les principaux moments de divergence. Il a pu être montré que l’usage et l’acception du terme projet variaient suivant que la fabrique des objets avait ou non la commande pour point de départ et s’inscrivait ou non dans un système lourd de production économique, intégrant une pluralité d’acteurs. Ainsi, les écrivains ou les plasticiens (tout au moins ceux qui travaillent encore hors du système de commande) non seulement n’emploient pas le terme de projet, mais considèrent cette notion contraire au processus de conception, puisque synonyme d’un objet fermé, prédéfini. À l’inverse, les musiciens, les cinéastes, les designers de la mode, domaines artistiques qui s’inscrivent dans un système de commande, d’économie de production plus ou moins lourde et de pluralité d’acteurs, emploient spontanément le terme dans l’acception utilisée par les architectes, en tant que cadre conceptuel ouvert.
Cependant, ni le terme de projet, ni l’existence du cadre de la commande, ni la pluralité des acteurs, ne semblent constituer les véritable spécificités de la fabrique d’un objet architectural et urbain.
Ce n’est pas tant l’existence de la commande comme point de départ, mais son caractère prescriptif qui fait la différence. Par ailleurs, si certains objets artistiques peuvent exister pleinement et de manière autonome sans qu’ils aient une réelle visibilité auprès du monde extérieur, l’architecture et la ville constituent des objets visibles et praticables. C’est probablement cette existence en tant qu’objets physiques visibles, praticables et inscrits, de par leur matérialité, dans une longue durée, qui constitue la principale caractéristique de l’objet architectural et urbain. Celle qui lui vaut un aussi fort investissement symbolique et économique de la part du politique.
Nous avons étudié ces questions sur le terrain de l’architecture et de l’urbanisme soviétiques des années 1930-1950 et, plus précisément, à travers l’exemple du Plan de reconstruction de Moscou de 1935. Choix qui s’expliquait par nos recherches antérieures (notamment la thèse de doctorat en architecture : Élisabeth Essaïan, Le plan général de reconstruction de Moscou de 1935, La ville, l’architecte et le politique, Héritages culturels et pragmatisme économique, sous la dir. de Jean-Louis Cohen, Université Paris-VIII/Vincennes-Saint-Denis, 2006), mais qui offrait surtout la possibilité d’explorer une situation où la conception architecturale et la figure de l’architecte se trouvaient placées dans un cadre particulièrement contraint, face à un commanditaire politique très présent et où, grâce à l’accessibilité des archives, nous disposions d’un corpus de textes et d’images permettant de suivre les différentes étapes de ces fabriques.
Trois étapes ont été explorées, articulées en trois séances de trois séminaires chacune : à l’origine du projet, la commande ; de l’interprétation de la commande à la mise en images ; du projet à la réalisation.
Nous avons pu montrer ainsi que si le commanditaire savait décrire et imposer ses intentions programmatiques, sa prescription formelle reste très floue.
C’est cette difficulté à exprimer la forme qui permet au concepteur, en se saisissant des outils projectuels et communicationnels dont il a la maîtrise, de trouver des stratégies de communication visuelle lui permettant de faire passer sa propre vision de l’objet à créer. En retour, les images ou autres formes de prévisualisation fournies permettent au commanditaire de préciser ses désirs formels. La mise en images joue ainsi un triple rôle de traducteur des premières intentions du commanditaire, de passeur des idées du concepteur et, en retour, de révélateur des réels désirs du commanditaire.
En nous intéressant au passage du projet à la réalisation, nous nous sommes attardés à étudier le statut des plans publiés en les confrontant aux plans techniques conservés dans les archives et à répertorier les différentes stratégies d’arrangement du projet (surélévations, placages de nouvelles façades, déplacements des bâtiments, etc.) à la matérialité de la ville existante.
Dernière modification de cette fiche : 18 novembre 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25