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Mardi de 15 h à 17 h (salle 6, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 23 mars 2010 au 8 juin 2010
Le présent cours a pour objet d'analyser les relations que l'État russe entretient avec le processus d'industrialisation des années 1850 à 1991, tout en prenant en compte le fait que ce processus transforme également des pays tels que les États Unis, l'Angleterre, la France, l'Allemagne, et le Japon, notamment. Le cas russe présente la particularité que l'État a porté le processus d'industrialisation, presque sur toute la période du XXe siècle et ce en dépit de conceptions hostiles ou contradictoires quant à son rôle. Il fut même en certains moments, le vecteur des transformations. Adoptant le critère des ruptures et continuités, le cours se centre sur la rupture causée par l'abolition du servage, celle de 1917 avec la mise en oeuvre du projet révolutionnaire et celle de 1991 avec la disparition de l'URSS comme sujet de droit international. Il contribuera à montrer dans quelles conditions, l'État soviétique reprend l'héritage de l'État tsariste et l'État de la Fédération de Russie celui de l'État soviétique et comment évoluent les attributions et le périmètre d'intervention de l'État, les procédures - tout particulièrement celles liées à l'industrialisation - et la gestion des personnels. Deux éléments sont mis en valeur : la mobilité ascendante pendant la phase stricto sensu d'industrialisation et la protection sociale qui peuvent être interprétés comme éléments favorisant le consensus. La montée et l'enracinement des inégalités sociales peuvent être interprétés comme un des facteurs de la délégitimation conduisant à la disparition de l'Union soviétique. Enfin, sans sous estimer la composante policière et la violence d'État, le cours interroge et met l'accent sur la composante militaire qui structure cet État.
Mots-clés : Histoire, Histoire économique et sociale, Historiographie, Politique, Sociohistoire, Sociologie,
Aires culturelles : Europe centrale et orientale, Russie,
Renseignements : Dominique Lebleux, CEMI, 105 bd Raspail 75006 Paris
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous
Niveau requis : licence d'histoire ou diplôme équivalent.
Adresse(s) électronique(s) de contact : cath.de-montlibert(at)orange.fr
Dans le cadre du projet de recherche engagé sur les « ruptures et continuité dans la sphère étatique russe du milieu du xixe siècle à la disparition de l’URSS », le cours a porté sur deux moments forts. La première partie a porté sur les années 1850 aux années 1870. La loi portant abolition du servage (1861) a été présentée et consécutivement, la réorganisation et l’approfondissement de structures d’État destinées à favoriser la formation du capital, nécessaire à l’industrialisation. La seconde partie du cours a porté sur les années 1920 aux années 1950. Il a été présenté, pour la période stalinienne ,l’effort de stabilisation par l’État, entrepris par le groupe dirigeant, dès son arrivée au pouvoir.
En se basant sur le témoignage et les considérations de M. Koulomzine qui fut dans sa jeunesse « un médiateur de paix », chargé de mettre en œuvre dans son district la loi portant « abolition du servage » (1861), puis conseiller d’État et secrétaire d’État du Conseil d’Empire, les questions suivantes ont été examinées : 1) les arguments économiques conduisant à l’abandon du servage, 2) les moyens mis en œuvre par l’État impérial pour abolir le servage et faire respecter la loi.
Toujours en se basant sur le témoignage et les considérations de M. Koulomzine, « Notes sur l’émancipation des serfs », les mécanismes conduisant au départ des paysans vers les villes et les centres industriels ont été dégagés : partage des terres dans le cadre de l’allotissement annuel pratiqué dans le cadre du Mir alors que l’accroissement de la population est notable, impôt par capitation payé par le Mir, modification des méthodes agricoles dans les grandes exploitations agricoles (fumage des terres, assolement triennal, introduction des machines agricoles).
Corrélativement à l’entrée en vigueur de cette loi, les structures de l’État russe sont, profondément remaniées : le principe ministériel est approfondi, les attributions du Conseil d’État et du Sénat sont précisées, la justice est réformée (tribunaux d’appel et cour de cassation). Ces réformes vont dans le sens d’une distinction accrue entre le pouvoir du souverain autocrate, l’action administrative et l’élaboration de la loi. Des ministères dédiés au développement économique sont crées ou renforcés. Ils participent, s’ils ne sont pas acteurs, de la création du capital, nécessaire à l’industrialisation en Russie. La portée des réformes financières introduites par le secrétaire d’État, ministre des Finances, M. de Reutern est expliquée, et contextualisée dans le sens de la formation du capital.
Des sociogrammes ont été diffusés permettant de comprendre la structure du pouvoir central, son organisation dans les différentes régions de la Russie européenne ainsi que l’évolution des attributions des ministères, au service de la transformation de la Russie. Un exemple a été abordé : celui du département des voies de communication et sa politique de développement des voies de circulation.
Ces réformes introduisent une dynamique de transformation de la société russe que même l’assassinat du tsar Alexandre II ne parvient à arrêter. Et, le développement de l’industrialisation en Russie avant la Révolution a produit une accélération des transformations des structures sociales. Les grandes tendances ont été dégagées.
Dans la seconde partie du cours, l’hypothèse a été posée d’une continuité entre l’État tsariste et l’État stalinien, bien qu’il faille en dégager la portée et les limites. Cette continuité recouvre celle des ministères d’autorité (intérieur, défense, trésor/prélèvement des impôts) auxquels s’ajoute le ministère des Affaires étrangères. La continuité est celle des attributions de ces ministères, des personnels et de la plupart des procédures. Elle est assurée au moins jusqu’à l’arrivée au pouvoir du groupe stalinien. Un autre enjeu de la continuité ou de la rupture dans la sphère étatique est posé par le conflit noué pendant la période tsariste entre un principe d’organisation vertical, « en silo », de l’administration centrale aux régions et un principe d’organisation du pouvoir, déconcentré et horizontal où les régions jouent un rôle pivot.
Si une stabilisation de la société, qui a connu la guerre, la révolution, la guerre civile, pourrait avoir été effectuée par l’intermédiaire des structures étatiques, elle aurait été effectuée par la définition d’une nouvelle constitution, par les lois afférentes et par les Purges. La politique d’État qui se met en place met l’accumulation du capital indispensable à la mise en œuvre d’un programme d’industrialisation rapide au cœur des préoccupations. Les options proposées respectivement par Boukharine et par Préobrajenski ont été expliquées. La collectivisation des terres et la famine de 1932-1933 ont été présentées en expliquant les différentes interprétations en vigeur (Conquest, Tauger, Blum, Wheatcroft, école néo-totalitaire). La positon de Staline sur l’industrialisation ainsi que celle qu’il adopte vis-à-vis des cadres et agents de maîtrise, porteurs de ce projet, a été explicitée en référence à ses discours (ex. : discours sur le premier plan quinquennal).
Compte tenu du caractère conflictuel de la figure de Staline, le cours a alors porté sur les différentes approches que les historiens, les spécialistes de sciences politiques, russes, ainsi que les Russes, contemporains, ont de la figure de Staline.
Documents remis et discutés en séance :
- A. Blum, C. Lefèvre, P. Sebille, I. Badurashvili, A. Regnier-Loilier, VI. Stankundetrienne, O. Sinyavskaya, « La famille dans tous ces États : France, Géorgie, Lituanie, Russie », Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2009, vol. 40, p. 5-35.
- Nicolas Nekrassov, extraits du « cycle des marchands ambulants », dans Anthologie de la poésie russe, sous la dir. de K. Granoff, Paris, Christian Bourgeois éditeur, 1980.
- « Chronologies », dans L’époque contemporaine, sous la dir. de D. François, J. François et R. Haurez, manuel du premier cycle du second degré, Paris, Bordas, 1971.
- P. Portal, « La Russie industrielle de 1881 à 1927 », Paris, Les cours de la Sorbonne, 1973. Chapitre, « La Russie a-t-elle connu une révolution industrielle ? » et Chapitre « S. Witte ».
- Moshé Lewin, « Pourquoi l’Union Soviétique a fasciné le monde », Le Monde Diplomatique, novembre 1997.
- Annexes, dans De la Russie à l’URSS. Histoire de la Russie de 1850 à nos jours, sous la dir. de R. Girault R et M. Ferro, Paris, Nathan Université, 1989.
- C. Gousseff, « Quelle politique d’accueil des réfugiés en France. Le cas des Russes dans les années 1920 ? », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 1996, n° 44, p. 14-18.
- G. Simenon, « La nuit des Sept Minutes », dans Œuvres complètes, éditions Rencontres, 1967.
- C. de Montlibert-Dumoulin, « Le Héros de l’Union Soviétique », dans Imaginaires de guerre. L’histoire entre mythe et réalité, Actes du colloque du Département d’histoire, Louvain-La-Neuve, 3-5 mai 2001, textes réunis par Laurence Van Ypersele, Transversalités, 2003, n° 3, Louvain-La-Neuve, Académia Brylant, Presses universitaires de Louvain, p. 157-167.
- J. Sapir, « Le débat sur la nature de l’URSS », dans URSS et Russie. Rupture historique et continuité économique, sous la dir. de Ramine Motamed-Nejab, Paris, PUF, 1997.
Dernière modification de cette fiche : 12 novembre 2009.
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