S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
1er et 3e lundis du mois de 15 h à 17 h (salle M. et D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2010 au 16 mai 2011. Séance supplémentaire le 31 janvier, même heure (salle de réunion, 2e étage, CEAf, 96 bd Raspail). Pas de séance le 4 avril
L’approche strictement scientifique réservée à ce thème jusqu'à aujourd’hui devra prendre en compte les projets officiels ou officieux de célébration du cinquantenaire des indépendances qui se sont épanouis en 2010. Aussi s’attachera-t-on d’abord à mettre en lumière les formes de mobilisation des masses et les pratiques discursives qui ont fait émerger les figures des « Pères de l’Indépendance ». L’histoire traditionnellement politique et intellectuelle des processus d’émancipation s’adossera ainsi à une histoire plus attentive aux dimensions sociales, culturelles et spirituelles de ces mêmes processus. Une attention particulière sera accordée à la perspective comparatiste : diversité dans l’espace, pluralité dans le temps, même très court, de l’indépendance, hétérogénéité des parcours, discours et pratiques de l’unité constitueront ainsi les temps forts de l’enseignement.
Mots-clés : Coloniales (études), Histoire, Historiographie, Littérature, Mouvements sociaux, Politique, Savoirs, Sociohistoire, Spatialisation, territoires,
Aires culturelles : Afrique, Transnational/transfrontières,
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Afrique
Intitulé général : Histoire de l'Afrique noire du XIXe siècle à nos jours
Renseignements : secrétariat du Centre d'études africaines, 96 bd Raspail 75006 Paris.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : niveau licence.
Adresse(s) électronique(s) de contact : stceaf(at)ehess.fr
Les figures étudiées cette année relèvent à la fois de la problématique des « héros » et de celle du panafricanisme. Mes travaux sur le panafricanisme ont enrichi l’étude de ce mouvement intellectuel, idéologique et politique en en établissant une complexité beaucoup plus grande et une pulsation chronologique beaucoup plus heurtée qu’on ne l’avait pensé précédemment. Le séminaire s’est attaché à trois figures « ouest-africaines » dont le rôle apparaît désormais décisif dans l’histoire de ce mouvement. D’une part, leur action remet une fois encore en cause le bien fondé de la coupure communément reçue entre un temps « précolonial », une période « coloniale » et une époque « postcoloniale ». D’autre part, ces personnalités intellectuelles et politiques établissent clairement le rôle des régions côtières de l’Afrique occidentale comme « pôle producteur » de thématiques panafricaines et non plus seulement comme espace de réception de concepts, projets et programmes élaborés dans les autres pôles (Amériques, Caraïbe, Europe) du « triangle » ou du « quadrilatère » panafricain. Enfin, ces trois théoriciens et activistes éclairent, chacun à sa manière, la multiplicité des lignes dont les croisements façonnent les identités individuelles et collectives.
Le premier, James Beale, plus connu sous le nom d’Africanus Horton (1835-1883), est l’un de ces nombreux rescapés dont la naissance est liée aux péripéties de l’abolition de la traite transatlantique. Né en quelque sorte par hasard à Freetown, il est issu de parents arrachés du Nigeria comme esclaves, libérés en haute mer par la Royal Navy et débarqués dans la toute récente colonie de Sierra Leone, fondée par les Britanniques en 1787. Son réseau de relations personnelles le montre fortement lié aux familles de Nova Scotians ou Black Loyalist, importés du Canada par les Anglais après la Guerre d’Indépendance des États-Unis d’Amérique, en même temps qu’aux nouveaux venus se réclamant comme « Ibo » et venus du Nigeria. Formé par les missionnaires, le brillant élève de Fourah Bay College (Freetown), première université moderne d’Afrique, s’illustre à King’s College (Londres), puis à l’Université d’Édimbourg, où il obtient son doctorat en médecine. Médecin réputé pour son action et pour ses théories, il est engagé dans l’armée coloniale britannique. Mais, en même temps, il s’illustre surtout par ses engagements et ses idées exposées dans des livres à succès de la décennie 1860 : West African countries and peoples, vindication of the African race, letters on the political condition of the Gold Coast. Ses combats contre le racisme, pour une stratégie d’émancipation politique africaine, pour l’indépendance de la Gold Coast, pour l’unité de l’Afrique de l’Ouest, pour une ambitieuse stratégie de développement social et économique, enfin pour une politique culturelle, éducative et universitaire volontariste, contiennent explicitement tout le programme des panafricanistes les plus résolus du xxe siècle.
Relativement plus connu, quoiqu’en deçà de la renommée qu’il mériterait, Edward Wilmot Blyden eût une longue vie (1832-1912), qui correspond à la période décisive de basculement de l’esclavage et de l’abolitionnisme européens à la colonisation de l’Afrique. Il est la première de ces figures insulaires de la Caraïbe qui allait marquer durablement et profondément toute l’histoire du panafricanisme. C’est d’abord comme « Noir » que Blyden se perçoit après sa naissance aux Antilles, à cause de son passage douloureux et de ses échecs renouvelés aux États-Unis et, enfin, par son choix de s’établir au Liberia, qu’il quittera souvent pour la Sierra Leone, Lagos (Nigeria) et les régions intérieures de l’Afrique de l’Ouest. Doué de compétences et de talents multiples (érudit, professeur, journaliste, diplomate, politicien avisé…), cet élégant agitateur d’idées, à l’éloquence irrésistible, est reconnu comme le véritable « père du panafricanisme » dont il a remarquablement fixé les contours, le contenu et les ambitions dans son grand-livre Christianity, Islam and the Negro Race (1887), un recueil de réponses aux théoriciens racistes d’Europe, de réflexions sur le passé africain, de propositions pour une future Afrique indépendante, publié opportunément dans le contexte de la « course au clocher » et du partage de l’Afrique.
Joseph Casely Hayford (1866-1930), enfin, constitue le lien intellectuel et politique à la fois nécessaire et fécond entre la génération d’Africanus Horton et de Blyden et celle des « pères de l’indépendance » : entré dans la vie d’activiste au cours des années 1890, marquées par la mainmise, il meurt au moment où fleurissent le « panafricanisme des congrès » et l’affirmation des théories de la négritude. Naître alors en Gold Coast (Ghana) ne simplifie pas les questions d’identité. Casely Hayford est, en effet, issu d’une longue lignée de notables dont l’ancêtre mâle, Richard Brew (1725-1776), est un Écossais qui avait émigré en Gold Coast ! Formé à Fourah Bay, comme Africanus Horton, lecteur passionné et admirateur de Blyden, l’avocat Casely Hayford suivait attentivement toutes les affaires de son temps : les injustices coloniales, la prédication du Prophète Wade Harris au Liberia et en Côte d’Ivoire, les revendications des nouvelles « élites ». Sous sa direction, le panafricanisme, solidement et durablement basé désormais en Gold Coast, entre de manière ouverte dans la sphère politique avec l’Aborigines’ Rights Protection Society (1897) et le National Congress of British West Africa (1920).
Le directeur d’études a participé à des conférences : « Fin des Empires », co-organisée avec Catarina Madeira-Santos et Jean-Claude Penrad, octobre 2010 ; « Conférence internationale sur Simon Kimbangu (1887-1951). L’homme, son œuvre et sa contribution à la libération de l’Homme Noir », organisée et présidée par Elikia M’Bokolo, avec la collaboration de Sabakinu Kivilu (Université de Kinshasa) et l’Université Simon Kimbangu, Congo RDC, 24-28 octobre 2011.
Publications
• La France noire. Trois siècles de présences, sous la dir. de Pascal Blanchard, Paris, La Découverte, 2011.
• « Préface », dans Philippe Biyoya Makutu Kahandja, Diplomatie congolaise régionale. Nouveaux fondements, défis et enjeux, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 7-15.
Dernière modification de cette fiche : 22 mars 2011.
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