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1er et 3e jeudis du mois de 9 h à 11 h (salle 11, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 18 novembre 2010 au 16 juin 2011
Les idéologies de la race font l’objet d’approches contrastées. Le principal clivage porte sur la datation. La conception la plus restrictive reconnaît trois étapes : l’apparition des grandes classifications affranchies de la théorie climatiques (fin XVIIe siècle-XVIIIe siècle), la formation de la notion d’hérédité (premier tiers du XIXe siècle), la naissance de l’anthropologie physique (seconde moitié du XIXe siècle). Ce choix a le mérite de décrire des formes de stigmatisation suivant des systèmes de représentations spécifiques, qui ne sauraient se confondre avec n’importe quel type de manifestation de xénophobie. Tel est le cas du judaïsme qui persiste après la conversion, dans l’expérience ibérique des XVe-XVIIIe siècle. Tel est le cas de la négritude, qui véhicule une couleur porteuse de connotations négatives, et symbolise le caractère ineffaçable de l’infériorité. Il s’agit de deux indélébilités. Ce caractère est pensable, bien avant la formation de la notion d’hérédité, parce qu’il constitue le pendant négatif d’une idéologie positive du sang noble, qui se dit race. Abaissement du sang ignoble ou promotion du sang noble, les hiérarchies ne sont pas solubles dans le jeu des rapports sociaux. Les règles que se donnent les sociétés d’Ancien Régime sont certes flexibles, mais le stigmate et l’élection résistent, au moins pour partie, aux mécanismes de la mobilité sociale. Le séminaire présentera des dossiers de première main qui permettent de comprendre sur pièces comment la différence est identifiée et reproduite, comment se forment les idées de transmission et d’indélébilité. Notre démarche est de nature comparatiste et nous convoquerons des cas britanniques, ibériques, français ou d’autres régions, le cas échéant. Nous accorderons une importance particulière à ce qui s’est joué dans le triangle atlantique, Europe-Afrique-Amérique, de la fin de Moyen Âge au XIXe siècle. Le séminaire abordera deux séries de questions : l’indélébilité et la genèse de la pensée des races. Il s’agira de confronter les dispositifs ibériques sur la pureté (limpieza = propreté) de sang et les dispositifs d’identification des élus, c’est-à-dire des nobles. Nous accorderons une place importante aux pratiques sociales, telles que l’exclusion des corps sociaux et professionnels, la pratique de la généalogie, la perpétuation des stigmates. À l’époque contemporaine, le recours à la notion de race de la part des juristes ne se fit pas tout simplement dans le cadre des États totalitaires au long des années 1930 et 1940. Au contraire, la race a souvent représenté un outil pour les juristes lorsqu’il s’agissait de réglementer et de définir des « questions hybrides », difficiles à classer, qui relèvent surtout de la réglementation des rapports de famille et de filiation. En même temps, l’intérêt manifesté de la part des juristes vis-à-vis de la race n’est qu’un aspect d’une attention plus générale à l’égard de la dimension corporelle de l’individu dans les pratiques juridiques. Il s’agira ici de réfléchir aux enjeux de cette attention dans le cadre du droit de la famille et des rapports de filiation dans la France de la première moitié du XXe siècle. Trois problématiques seront abordées : le recours à la race dans la définition de la condition des enfants nés en territoire d’outre-mer de l’union entre indigènes et français ; le recours à la preuve par groupes sanguins dans la preuve de la parenté et les tentatives de mise en place de stratégies de contrôle préalable à l’union conjugale, telles que le « certificat prénuptial ».
Ce séminaire est accessible sur la plateforme d'enseignement de l'Environnement numérique de travail de l'EHESS : ![]()
Mots-clés : Biologie et société, Coloniales (études), Corps, Culture, Droit, normes et société, Histoire, Historiographie, Politique,
Aires culturelles : Amérique du Nord, Amérique du Sud, Amériques, Britanniques (études), Europe, Ibérique (monde), Méditerranéens (mondes), Transméditerranée,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde ibérique
Intitulé général : L'institution des autorités : histoires comparées
Renseignements : sur rendez-vous, Jean-Frédéric Schaub et Silvia Falconieri par courriel.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, Jean-Frédéric Schaub, par courriel.
Réception : sur rendez-vous, Jean-Frédéric Schaub et Silvia Falconieri par courriel.
Niveau requis : licence.
Adresse(s) électronique(s) de contact : schaub(at)ehess.fr, silviafalconieri(at)gmail.com
Le séminaire a poursuivi l’exploration croisée des différents temps de la formation des catégories raciales dans l’histoire occidentale. Trois périodes que l’on peut tenir à la fois comme trois étapes d’un processus unique ou bien comme trois séries de processus autonomes et disjoints : 1) le moment de la première expansion européenne d’outremer, dominée par les navigations et les conquêtes ibériques ; 2) le moment des Lumières entre formalisation de l’histoire naturelle et écriture de l’histoire ; 3) le moment néo-impérial du XXe siècle et les limites de l’extension de la citoyenneté aux colonies.
Laurence Brunet, chercheuse en droit à l’Université Paris-I/Panthéon-Sorbonne, a régulièrement participé aux débats du séminaire. Ses interventions sont venues enrichir les effets de confrontation entre méthode de la science juridique et de la recherche en histoire sociale. Les jugements rendus par les tribunaux français sur la naturalisation d’enfants métis dans l’Empire français et la production législative sur le choix de patrimoines génétiques prédéfinis dans les formes contemporaines de la procréation assistée. Dans les différents cas traités le problème est celui de la construction de catégories juridiques qui incorporent le domaine de la nature dans les normes et les pratiques sociales. Comment le juge peut-il rendre compte d’une nature particulière du sujet métis, au sein d’un système politique qui, en tout état de cause, exclut l’indigène de la citoyenneté dans le cadre impérial. Un autre chapitre a été discuté, à titre comparatif, celui de la production juridique de normes raciales dans l’Italie fasciste, qu’il s’agisse du cas des Juifs à partir de 1938, ou de celui des indigènes dans les territoires de l’Empire.
Le séminaire est revenu sur plusieurs thèmes qui permettent de proposer une généalogie historique du domaine des catégories raciales. Plusieurs séances ont été consacrées aux liens entre statuts de pureté de sang et système de distinction nobiliaire dans les sociétés d’Ancien Régime. La question de l’histoire naturelle et des savoirs médicaux dans la formation d’une pensée de la différence raciale nous a ensuite occupés. Dans la mesure du possible des présentations ont été organisées en présence d’auteurs et de chercheurs spécialistes des différents thèmes : avec Jonathan Dewald (Université de New York à Buffalo) sur l’anthropologie historique des aristocraties modernes et la question de l’hérédité ; Jean-Paul Zuñiga (Centre des recherches historiques) sur les notions de lignage et de race dans l’espace atlantique ; Adrien Delmas (Institut universitaire ruropéen de Florence) sur Peter Kolb et le discours positif sur les populations africaines ; Rita Hermon-Belot (Centre d’études interdisciplinaire des faits religieux) sur le père Grégoire et l’émancipation des Noirs ; Elisa Andretta (Université de Genève) sur la menstruation masculine attribuée aux Juifs ; Claude Blanckaert (Centre Alexandre-Koyré) sur Darwin, Armand Quatrefages et la théorie « évolutive humaine ».
Publications
Silvia Sebastiani
• Donne in rivolta, tra arte e memoria, Bologne, Il Mulino, 2011.
• « National characters and race : A Scottish enlightenment debate », dans Character, self and sociability in the Scottish enlightenment, sous la dir. de Thomas Ahnert et Susan Manning, New York, Palgrave, 2011, p. 187-205.
• « La escritura de la historia del Nuevo Mundo : Clavijero y Robertson en el contexto de la ilustración europea », Historia y grafía, n° 37, 2011, p. 203-236.
Dernière modification de cette fiche : 22 novembre 2010.
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