2010-2011

Le génocide des Tutsi rwandais en 1994 : étude des pratiques

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e mercredi du mois de 19 h à 21 h (salle Alphonse-Dupront, rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris), du 17 novembre 2010 au 15 juin 2011

Ce séminaire, qui est fermé, se propose de réunir de jeunes chercheurs travaillant sur le génocide des Tutsi rwandais de 1994. Il prévilégie les études de terrain, l'analyse des pratiques, des gestuelles et des représentations qui ont présidé au génocide. Il se donne comme objectif la réalisation d'un ouvrage collectif sur le sujet.

Mots-clés : Anthropologie, Histoire,

Aires culturelles : Afrique,

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulé général : Anthropologie historique du combat et de la violence de guerre au XXe siècle

Renseignements : contacter Hélène Dumas par courriel.

Direction de travaux d'étudiants : le séminaire étant fermé, il ne prévoit aucune direction d'étudiants.

Réception : contacter Hélène Dumas par courriel.

Niveau requis : Licence ou équivalent

Adresse(s) électronique(s) de contact : helenedumas.uw(at)gmail.com

Compte rendu

La première séance s’est articulée autour de l’exposé proposé par Hélène Dumas, qui cette année a participé au colloque « Making history in the court-room », organisé par Christian Delage (avec l’IHTP) à la Cardozo Law School de New York, les 16 et 17 septembre 2010, sur le thème : « Gacaca Courts in Rwanda : A Local Justice for a Local History of the Genocide ? ». Au cours de cette première séance, il s’agissait d’opérer un retour sur l’actualité rwandaise de l’année 2010, marquée par la résurgence de la violence politique à l’approche des élections présidentielles tenues en août.
Dans la continuité d’une réflexion sur les apports éventuels du travail judiciaire à l’écriture de l’histoire, Rafaëlle Maison, professeur de droit international à l’Université Paris-XI/Paris-Sud, a proposé pour la deuxième séance un exposé sur le procès du colonel Bagosora devant le TPIR. Elle a centré son propos sur les trois jours (6, 7 et 8 avril 1994) pendant lesquels la structure militaire et politique se met en place pour organiser l’exécution du génocide. Elle a souligné en particulier le caractère fragmentaire du récit proposé par le jugement. Pourtant, celui-ci fournit une relation circonstanciée des premiers massacres à Kigali, en particulier dans les centres religieux, au cours desquels se déploient des pratiques de violence singulières qui s’étendront ensuite à l’ensemble du pays.
La réflexion s’est ensuite déplacée vers les pratiques commémoratives avec l’exposé de Rémi Korman, doctorant. Grâce à l’analyse d’un corpus archivistique considérable, ce dernier a retracé la généalogie de la politique mémorielle rwandaise telle qu’elle se met en place dès la fin du génocide en juillet 1994. Les deux années qui suivent (1995-1996) sont marquées par une intense activité autour de la question des mémoriaux et des commémorations nationales. Loin de correspondre à la représentation d’une mémoire dont la forme et le contenu seraient imposés par un État tout puissant, les initiatives prises à cette époque laissent une marge d’autonomie importante aux rescapés et à leurs familles. La présence des corps et des ossements dans les mémoriaux commande une enquête approfondie sur les représentations, les rituels, et les soins dont ils sont l’objet de la part d’acteurs divers, publics ou non.
La quatrième séance du séminaire a été consacrée à un retour critique sur les difficultés liées à la conduite d’un terrain de recherche au Rwanda. Inspirée par les travaux d’anthropologues comme Alban Bensa et Didier Fassin, nous avons réfléchi à ce qui se joue dans la rencontre entre le chercheur et les personnes qu’il est amené à rencontrer. Quels peuvent être les enjeux de cette « rencontre ethnographique » sur un terrain comme celui du Rwanda ? Nous avons poursuivi ce questionnement à partir de propos tenus par les rescapés eux-mêmes sur leur propre expérience du témoignage. Il s’est agi en définitive de revenir sur la pratique du chercheur dans sa constitution progressive d’un savoir sur la violence extrême.
La cinquième séance du séminaire s’est articulée autour de l’exposé de Julia Dufour, étudiante en master 2, sur la question des armes employées au cours du génocide.
Enfin, la sixième séance du séminaire a tenté de retracer une histoire longue de la porosité entre la pratique du football et la violence. Thomas Riot, docteur en STAPS de l’Université de Strasbourg, est venu présenter le résultat de ses recherches portant sur l’histoire du football pendant la période coloniale. Il montre à quel point l’espace agonistique que représente le football a été investi par l’imaginaire guerrier. Les acteurs, les chants et le décorum déployés au cours des matchs sont directement issus des pratiques guerrières pré-coloniales. Plusieurs fils de cette histoire peuvent être prolongés jusqu’à la période plus contemporaine, en montrant les liens entre le monde du football et la violence milicienne du début des années 1990.

Dernière modification de cette fiche : 11 mai 2010.

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