2010-2011

Interrogations sur la violence : pour une approche sociohistorique de la cruauté

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e lundi du mois de 13 h à 15 h (salle 3, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2010 au 20 juin 2011. Séance supplémentaire le 13 décembre, salle 11, même heure, même adresse

Prendre pour objet "la cruauté", c'est dépasser le soupçon de voyeurisme et prendre au sérieux les pratiques sociales "hors-normes". La cruauté peut se définir dans un premier temps comme une violence intentionnelle individuelle ou collective destinée à démultiplier les souffrances psychiques ou physiques d'autrui. Vue sous cet angle, la cruauté n'est pas limitée à un champ de la vie humaine. On la retrouve dans tous les univers sociaux, la famille, les entreprises et bien sûr les Etats. Il s'agira alors de rendre compte des pratiques qui la manifeste, et des dynamiques sociales qui la sous-tendent.

Le séminaire s'organisera autour d'un espace d'échanges pluridisciplinaires structuré à partir de la lecture commune de textes ou de sources. Une bibliographie et un programme détaillé seront fournis à partir de début septembre.

Programme :

15 novembre 2010 : Séance introductive : présentation du séminaire

13 décembre : Violences sexuelles : comment approcher les viols ?

17 janvier 2011 : Bizutages : une cruauté d’intégration ?

21 février : Violence et cruauté dans le monde du travail

21 mars : Question des sources : comment tracer et approcher la cruauté ?

16 mai : Pratiques de cruauté dans le combat guerrier

20 juin : Entre douleur et jouissance : pour une approche socio-émotionnelle de la Cruauté

Bibliographie : 

Bourke Johanna, An Intimate History of Killing. Face-to-Face Killing in Twentieth-Century Warfare, Basic Books, 1999.

Bruneteaux Patrick, Devenir un Dieu. Le nazisme comme nouvelle religion politique. Esquisse d’une théorie du dédoublement, Paris, Publibook, 2004.

Dower John, War without Mercy. Race and Power in the Pacific War, New York, panthéon Book, 1986.

Du Toit Louise, “The Possibility of Rape“, dans: Louise Du Toit, A Philosophical Investigation of Rape. The Making and Unmaking of the Female Self, New York : Routledge 2009, p. 65-100.

Gleason Maud, „Mutilated Messangers: body language in Josephus“, in: Simon Goldhill (ed.), Being Greek under Rome. Cultural Identity, the Second Sophistic and the Delevlopement of Empire, (Cambridge: Cambridge University Press, 2001), p. 50-85.

Green André, Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, Éditions Panama, 2007.

Lamy Yvon, Renaud Guillaume, “Le “bizutage” dans les classes préparatoires aux grandes écoles”, dans : Génèse (1992) n° 9, pp. 138-149.

Lang Johannes, “Questioning Dehumanization: Intersubjective Dimensions of Violence in the Nazi Concentration and Death Camps“, in: Holocaust and Genocide Studies 24, no. 2 (Fall 2010), pp 225-246.

Larguèze Brigitte, “Statut des filles et représentations féminines dans les rituals de bizutage”, dans : Sociétés Contemporaines (1995) n° 21, pp. 75–88.

Le Bot Yvon, La guerre en terre Maya. Communauté, violence et modernité au Guatemala (1970-1992), Paris, Karthala, 1992.

Mauger Gérard, “Le monde des jeunes”, dans : Sociétés Contemporaines (1995) n° 21, pp. 5–14.

Nahoum-Grappe Véronique, “Anthropologie de la violence extrême : le crime de profanation”, in Revue internationale des sciences sociales, 147, 2002, p 601-609.

Nahoum-Grappe Véronique, “L’usage politique de la cruauté : L’épuration ethnique (ex-Yougoslavie, 1991-1995)”, in Françoise Héritier ed., De la violence (Paris: Odile Jacob, 1996), p 275-323.

Sémelin Jacques, Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides, Paris, Seuil, 2005

Sironi Françoise, Psychopathologie des violences collectives, Paris, Odile Jacob, 2007

Taussig Michael, “Culture of Terror – Space of Death : Roger Casement’s Putumayo Report and the Explanation of Torture”, in A. Laban Hinton, Genocide. An Anthropological Reader, Malden, Blackwell, 2000.

Taylor Christopher, Terreur et sacrifice. Une approche anthropologique du génocide rwandais, Octarès, Toulouse, 2000.

Wiéviorka Michel, La violence, Paris, Hachette, 2005.

Zipfel Gaby, “Blood, sperm and tears“. Sexual violence in War, in : Eurozine http://www.eurozine.com/articles/2001-11-29-zipfel-en.html (publié en allemand en 2001 dans Mittelweg 36).

Mots-clés : Anthropologie, Histoire, Sociologie,

Aires culturelles : Afrique, Amérique du Sud, Europe,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :

Renseignements : Elissa Mailänder Koslov, Centre inter disciplinaire d'études et de recherches sur l'Allemagne, Maison de la recherche 28, rue Serpente, 75006 Paris, Patrick Bruenteaux, Universite Paris-I/Centre européen de sociologie et de science politique 14 rue Cujas, 75005 Paris.

Adresse(s) électronique(s) de contact : mailaender(at)ciera.fr, pbx(at)univ-paris1.fr

Compte rendu

Ce séminaire organisé sur six séances se proposait comme un espace d’échanges pluridisciplinaires structuré autour des discussions sur le phénomène de la cruauté à partir de la lecture commune de textes ou de sources. Prendre pour objet « la cruauté », c’est dépasser le soupçon de voyeurisme et prendre au sérieux les pratiques sociales « hors-normes ». La cruauté peut se définir dans un premier temps comme une violence intentionnelle individuelle ou collective destinée à démultiplier les souffrances psychiques ou physiques d’autrui.
Vue sous cet angle, la cruauté n’est pas limitée à un champ de la vie humaine. On la retrouve dans tous les univers sociaux, la famille, les entreprises et bien sûr les États et nous avons essayé de rendre compte des pratiques qui la manifestent, et des dynamiques sociales qui la sous-tendent. Nous avons discuté six formes de cruauté situées dans de théâtres extrêmement hétérogènes : lors de la première séance, nous avons abordé les violences sexuelles en discutant notamment les problèmes méthodologiques que cette forme de cruauté pose. Ensuite, nous avons discuté les bizutages comme un rite d’initiation et de cruauté d’intégration. La question des sources a été au centre de la quatrième séance. Des pratiques de cruauté dans le combat guerrier ont fourni un autre angle d’approche. Nous avons conclu notre séminaire en abordant la douleur et la jouissance qui accompagnent très souvent les pratiques de cruauté en optant pour une approche socioémotionnelle de celle-ci.
La cruauté est donc à définir comme l’ensemble des actes d’un individu ou d’un groupe qui est portée par l’intention d’augmenter le plus possible les souffrances d’une victime – sans forcément la mettre à mort – en vue d’en retirer un bénéfice existentiel plus que matériel. Pratique sociale d’humains, la cruauté peut être pensée dans le cadre d’une socioanthropologie compréhensive des jeux d’interactions dans lesquels la séquentialité est déterminante. C’est dans un temps calculé de la prise sur l’autre qu’opèrent les effets de rétribution de l’exécuteur de cette violence qualifiée d’extrême, sur fond d’un spectacle situationnel de la déchéance de la proie. Mais au-delà du jeu temporel, c’est le sens investi dans la souffrance de l’autre qui détermine aussi le sens de la souffrance pour la victime (traumatisme ou rite d’initiation). Les différentes séances du séminaire ont bien montré que notre intention était, dans un premier temps, de réfléchir à des situations qui nous entourent, sans chercher à se rassurer en exotisant la cruauté et en la mettant à distance dans des configurations d’altérité (dont les camps de concentration ou d’extermination). On a examiné ainsi des situations de vie sociale moderne : l’entreprise, la vie familiale, les rites de bizutage, tout en travaillant aussi sur des situations extrêmes de l’ailleurs (viols à grande échelle avec des pratiques « barbares », cruautés guerrières) ou d’ici (serial killer). Notre définition reste pourtant que provisoire et continue de soulever de nouvelles interrogations.

Dernière modification de cette fiche : 16 décembre 2010.

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