S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Mardi de 14 h 30 à 17 h (salle 830, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 9 novembre 2010 au 28 juin 2011. À partir du 4 janvier 2011, les séances se tiendront bât Le France, 190-198 av de France (salle Jean-Pierre Vernant, 8e étage) 75013 Paris. Pas de séance le 4 janvier. La séance du 31 mai se déroulera en salle du conseil B (R -1, bât. Le France)
Étude de documents d'archives et de manuscrits historiques ottomans. Les Ottomans et leurs prédécesseurs.
Mots-clés : Histoire,
Aires culturelles : Europe centrale et orientale,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Europe centrale et orientale
Intitulé général : Histoire turque et ottomane
Renseignements : Claude Vouillemet, tél. : 01 49 54 23 01.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : notions de langues orientales nécessaires. Envoi d'un projet de recherche pour masters et thèses par courriel.
Site web : http://cetobac.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : etudes-turques(at)ehess.fr
Nous avons poursuivi notre étude des sources ottomanes peu exploitées ou inconnues sur les esclaves des sultans ottomans et notamment sur le corps des janissaires. Ce travail s’inscrit dans le programme international on global military labour, intitulé Fighting for a living de l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam. Nous avons examiné dans sa totalité un petit manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Vienne (Flügel, vol. III, p. 250, n° 1815) intitulé de façon trompeuse « Règlement du sultan Süleyman » (Kânûnnâme –i Sultân Süleymân). Le manuscrit est anonyme et ne porte pas de date. Des éléments de critique interne laissent penser que le contenu n’en est pas antérieur à l’extrême fin du XVIe siècle et que les faits rapportés, contemporains de Soliman le Magnifique, le sont ainsi de manière rétrospective, pour évoquer, comme nous le voyons, une sorte d’âge d’or. Ce manuscrit ottoman a été déchiffré, traduit en français, analysé et discuté dans le cadre du séminaire. Il ne s’agit en rien d’une œuvre administrative, susceptible d’une lecture plus ou moins positiviste. Il mêle au contraire l’évocation de quelques articles ayant effectivement fait partie de ce que nous savons de la réglementation des janissaires avec des éléments de reconstitution historique, qu’il s’agisse des campagnes ottomanes en Europe, notamment celle, emblématique, de Vienne, présentée ici, contre toute réalité historique, comme la conséquence d’une coalition des rois chrétiens qui auraient, dans ce contexte, juré la perte de la dynastie ottomane ; de même, les étapes de l’édification des casernes des janissaires apparaissent sous la forme d’une légende dorée empruntant les poncifs de l’épopée et du djihâd. Deux caractères sont particulièrement notables dans la mythologie ainsi élaborée : une inspiration chiitisante perceptible à travers des allusions à Kerbela, à une volonté de venger « le sang de leurs excellences l’imam Hasan et l’imam Hüseyn » (fût-ce à travers des victoires contre des ennemis chrétiens !). Il est également question de la présence sur le champ de bataille d’un mystérieux « second étendard sacré » (sandjak-ı sherîf), c’est-à-dire d’un autre étendard que celui du Prophète, qui n’est pas défini davantage, mais qui pourrait relever de la tradition chiite.
Par ailleurs le rôle de Soliman le Magnifique, qui n’est pourtant ni le créateur ni le seul sultan réformateur et utilisateur du corps des janissaires, est non seulement puissamment exalté, mais son rôle apparaît comme exclusif dans l’histoire du corps. De même, l’accent est mis sur le caractère « fusionnel » des rapports entre ce sultan et ses esclaves les janissaires qu’il désigne comme son bien propre (hâss kullarım) et dont les casernes représentent son « sanctuaire propre » (hârem-i hâssım). Sa bienveillance envers eux est sans limite, eu égard aux services qu’ils lui ont rendus. Il lui arrive même, quelle que soit, par ailleurs, son infinie majesté, de plaisanter avec eux. Il n’en est d’ailleurs pas moins inflexible quand des infractions à la règle sont commises : il ne renonce à faire mettre à mort les portiers des casernes qui ont laissé entrer un chien, animal impur, que sur les supplications de l’agha, chef suprême du corps. Un écho est présent de ce qui semble, historiquement, avoir été le principal apport de Soliman à l’évolution des janissaires : une large diffusion dans leurs rangs de l’usage des armes à feu (de l’arquebuse), mais l’exercice exigé par cette innovation perd son caractère utilitaire pour être présenté comme un jeu rituel, un spectacle hiérarchiquement ordonné, offert au sultan.
De cet aperçu, il ressort que ce texte n’est certes pas à prendre au premier degré, ce qui explique peut-être que les historiens des janissaires l’aient négligé. Son intérêt, par rapport aux sources occidentales ou turques sur la question habituellement traitées, tient aux éclairages qu’il apporte sur la conscience de soi et l’imaginaire des janissaires dans une phase déjà tardive de leur histoire. Il est fort possible que le texte émane d’un ou plusieurs membres du corps, et, en tout état de cause, il s’adresse aux janissaires. On peut d’ailleurs y voir un exercice pédagogique, une manière de leur rappeler quelques règles fondamentales, en agrémentant le récit d’évocations flatteuses pour eux et de plaisantes anecdotes. L’énumération de noms de janissaires particuliers (dont nous n’avons pas pu établir l’historicité) sert peut-être à rendre le récit plus concret, en lui donnant un semblant de consistance historique. Certaines formules laissent penser que nous avons à faire à la transcription d’un discours délivré oralement (« or voici une autre anecdote. Écoutez-la »). Nous en avons rencontré une autre transcription, avec des variantes dans la formulation (Bibliothèque de la Süleymaniye, Istanbul, Es’ad efendi bölümü, n° 3622, fol. 48v-54r ; A. Akgündüz, Osmanlı Kanûnnâmeleri ve hukukî tahlilleri, t. IX, p. 371-377).
Publications
• « The Ottoman Jews : between distorted realities and legal fictions », Mediterranean Historical Review, 25, 1, juin 2010, p. 53-65.
• « Falconry in the mid-sixteenth century Ottoman Empire » dans Animals and People in the Ottoman Empire, sous la dir. de Suraiya Faroqhi, Istanbul, Eren, 2010, p. 205-218.
• « Osmanlılar ve Avrupa Kavramı » dans Harp ve Sulh. Avrupa ve Osmanlılar, sous la dir. de Dejanirah Couto, Istanbul, Kitapyayınevi, 2010, p. 47-55.
Dernière modification de cette fiche : 12 mai 2011.
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