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Mardi de 17 h à 19 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 11 janvier 2011 au 28 juin 2011
Le séminaire a suivi ces dernières années un parcours que l’on commencera par restituer. Sous le titre « Loi et raison, les lumières de Maïmonide », il avait débuté avec une première lecture du Guide des égarés orientée par la thèse classique selon laquelle les philosophes médiévaux se conçoivent comme une élite séparée du « vulgaire » et déploient un discours pour l’essentiel ésotérique. Il s’est ensuite réorienté à partir de la découverte chez Fârâbî de l’idée d’une « philosophie populaire » entendue comme projet de faire graduellement accéder le plus grand nombre aux lumières de la philosophie. « Le philosophe dans un âge de croyance » : on a donc cherché pendant trois ans à dessiner à partir de Maïmonide une figure ni encore ancienne ni déjà moderne, mais appartenant en propre au moment médiéval judéo-arabe. À la fin d’un cycle, il sera moins question de produire une synthèse que d’affiner le portrait de ce philosophe au travers d’une relecture du Guide comme chef d’œuvre d’un discours à plusieurs voix destinées à plus d’une oreille, livre performatif qui crée ses publics en les décrivant et délivre à chacun un enseignement à la mesure de ses facultés.
22 mars : Sarah Stroumsa professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem invitée de l’EHESS donnera, sous l’intitulé général Al-Andalous et Sefarad : philosophes musulmans et juifs dans l’Espagne médiévale, une conférence intitulée "Le circuit méditerranéen de Maïmonide"
Mots-clés : Philosophie,
Aires culturelles : Juives (études), Musulmans (mondes),
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)
Domaine de l'affiche : Philosophie et épistémologie
Intitulé général : Religion et société
Renseignements : du 11 janvier 2011 au 28 juin 2011 (des séances supplémentaires seront organisées).
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous par courriel. À partir du 13 janvier 2011 (lieu à déterminer).
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : master 1 ou équivalent.
Adresse(s) électronique(s) de contact : bouretz(at)ehess.fr
Dans la perspective ouverte depuis plusieurs années déjà de l’identification d’une figure du philosophe propre au moment médiéval judéo-arabe, le séminaire s’est attaché à la question de l’origine du monde. Celle-ci était alors au cœur d’un conflit théologico-philosophique construit au VIe siècle dans le monde chrétien, importé récemment dans le monde arabo-musulman et encore neuf dans le monde juif à l’époque de Maïmonide. Dans le Guide des perplexes, celui-ci en reconstruit l’histoire, au travers de celle du Kalam : une théologie souvent dite « rationnelle », mais qu’il décrit comme pure et simple « défense » de la religion au prix d’un sacrifice délibéré de la raison. Imprécise, sa chronologie sans doute inspirée de Fârâbî a été jugée de peu de prix par les historiens. Il reste que sa périodisation est correcte dans les grandes lignes et qu’il décrit bien l’émergence, la cristallisation puis la sédimentation dans les univers chrétien, musulman et juif d’une question décisive s’agissant du conflit en longue durée entre Loi et raison.
Il fallait donc reconstruire la généalogie de ce conflit théologico-philosophique, en remontant jusqu’à celui qui l’incarne à sa naissance et dont Maïmonide livre le nom : Jean Philopon (Jean le Grammairien ; Yahya al-Nahwi). Au travers d’un Contre Proclus et d’un Contre Aristote connus dans l’univers arabophone, celui-ci s’était attaché à réfuter les démonstrations de l’éternité du monde fournies dans le De Caelo et la Physique d’Aristote, tout en cherchant sans doute aussi, dans des textes pour nous perdus, à fournir des preuves directes de la création du monde. Pour certains redoutables, dans la mesure où ils attaquent la thèse d’Aristote à partir de prémisses aristotéliciennes, ses arguments ont été repris et utilisés avec d’autres par la plupart des auteurs du Kalam, en sorte que Maïmonide les discute de façon systématique en les formalisant au travers de vingt-sept propositions. De même laisse-t-il affleurer un débat autour de quelques lignes du Timée, au travers duquel il est question de savoir si Platon pensait que le monde serait détruit, preuve de ce qu’il aurait été créé en raison d’une équation acceptée par les deux camps. Au terme de cet examen critique sans concessions, il ne reste rien ou presque des arguments en faveur de la création du monde, c’est-à-dire de la thèse de la Loi. Maïmonide se garde d’argumenter ouvertement en faveur de la thèse des philosophes et ne livre bien entendu pas le fond de sa pensée sur une telle question. Mais il offre des clés qu’il faut savoir utiliser pour ouvrir les bonnes portes s’agissant d’un conflit qui détermine l’agenda philosophique médiéval.
Le séminaire a par ailleurs tiré un grand profit de la présence de Sarah Stroumsa, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem et invitée de l’EHESS. En ouvrant le dossier des Sabéens de Harran, celle-ci a illustré la façon dont il arrive à des historiens contemporains de manipuler sans prudence des mythes forgés par les médiévaux, en l’occurrence celui d’un peuple considéré par Maïmonide comme l’archétype des idolâtres chez qui l’on trouverait la solution d’une énigme historique persistante : celle de la survie de la philosophie entre le moment de sa disparition après la fermeture de l’École d’Athènes en 529 et sa réapparition à Bagdad vers le milieu du IXe siècle.
Publications
• D’un ton guerrier en philosophie, Habermas, Derrida & Co, Paris, Gallimard, 2010.
• Witnesses for the future. Philosophy and messianism, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2010 (traduction de Témoins du futur. Philosophie et messianisme, Paris, Gallimard, 2003).
• « Hegel », « Kant » et « Spinoza », dans Dictionnaire des faits religieux, sous la dir. de Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger, Paris, PUF, 2010, p. 468-470, p. 605-607 et p. 1180-1183.
Dernière modification de cette fiche : 28 février 2011.
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