2011-2012

Les cultures de la célébrité à l’époque moderne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 14 h à 16 h (ENS, salle d'histoire, escalier D, 2e étage, 45 rue d'Ulm 75005 Paris), du 10 novembre 2011 au 16 février 2012

Ce séminaire propose d’explorer les mutations sociales et culturelles des Lumières à travers une réflexion sur les mécanismes de la célébrité. Pour cela, on distinguera différentes formes de notoriété (gloire, réputation, célébrité) et on s’efforcera de comprendre précisément l’émergence de cette nouvelle figure qu’est l’homme célèbre dans l’espace public du XVIIIe siècle. L’hypothèse qui guidera cette enquête est que la célébrité est une forme de grandeur sociale, fondamentalement ambivalente, qui correspond à la nouvelle culture urbaine démocratique et sécularisée des Lumières.

On insistera en particulier, cette année, sur le cas des comédiens, à Paris et à Londres, sur les débats suscités par cette nouvelle culture de la célébrité, sur les rapports entre célébrité et pouvoir et sur le cas exemplaire de Jean-Jacques Rousseau.

Quelques séances plus générales présenteront des travaux récents et importants d’histoire des Lumières.

12 janvier 2012 : Robert Morrissey, professeur à l'Université de Chicago, "Napoléon et la culture de la gloire"

Mots-clés : Histoire,

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulé général : Histoire et historicité des Lumières

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous

Réception : sur rendez-vous

Adresse(s) électronique(s) de contact : antoine.lilti(at)ehess.fr

Compte rendu

Nous avons d’abord procédé cette année à la mise en place des notions essentielles qui permettent de construire la spécificité des mécanismes de la célébrité tels qu’ils apparaissent en Europe au dix-huitième siècle : la gloire, la réputation, la célébrité. Les premières séances ont donc consisté en une généalogie à la fois intellectuelle et historique des topiques de la gloire et de la réputation. La gloire est une forme d’admiration collective portée par une communauté à des individus exceptionnels, après leur mort. Elle récompense des hauts faits dont la mémoire permet l’actualisation des valeurs de la communauté. Héritière d’une histoire pluriséculaire (le héros homérique, le saint, l’homme illustre de la Renaissance), la topique de la gloire, loin d’être inactive au siècle des Lumières, est réinvestie dans la figure du grand homme et du génie. A l’inverse, la réputation correspond à la socialisation des jugements portés au sein de réseaux d’interrelations sur les mérites et les actions d’un individu. Sous les formes de la fama, de l’honneur ou du mérite, elle circule surtout par l’oralité, et joue un rôle essentiel pour déterminer la valeur sociale d’un individu au sein d’un groupe. Puis, nous avons cherché à comprendre comment les transformations sociales et culturelles du XVIIIe siècle (développement de la presse, commercialisation des loisirs, allongement des chaînes de la réputation) amènent plusieurs auteurs (notamment Charles Duclos en France et Samuel Johnson à Londres) à élaborer une autre catégorie, celle de célébrité, pour penser l’émergence de formes nouvelles de notoriété. La célébrité se distingue à la fois à la réputation et de la gloire. Elle repose sur la contemporanéité, sur des formes d’attachement personnel et collectif qui repose davantage sur la curiosité que sur l’admiration, sur la mise en équivalence des grandeurs, et sur la confusion du privé et du public. Elle est définie, à la fin du siècle, par Chamfort, comme « l’avantage d’être connu des gens qui vous ne connaissent pas ».
La deuxième partie du séminaire a été davantage consacrée à des études de cas. Trois séances ont porté sur Rousseau, à la fois sur les ressorts de sa célébrité (paradoxe, scandale, singularité, sensibilité), sur les pratiques nouvelles qu’elle occasionne (visites, lettres à l’auteur), et sur son expérience douloureuse de la célébrité. Désireux de devenir célèbre, mais incapable de s’identifier au personnage célèbre qu’il est devenu, Rousseau dénonce la célébrité comme un phénomène d’aliénation. Il permet ainsi d’aborder directement la contradiction inhérente aux mécanismes de la célébrité moderne qui reposent sur un culte paradoxal de l’authenticité projeté dans des espaces publics de plus en plus médiatisés. Deux séances ont été consacrées à Napoléon et à l’articulation, dans la légende napoléonienne, d’un régime de la gloire et d’un régime de la célébrité. Enfin deux séances ont permis d’esquisser le rôle des spectacles publics, et notamment des théâtres dans la stabilisation des nouvelles pratiques de la célébrité. Nous avons en particulier entamé une enquête autour de la figure de Talma, à partir des ses archives conservées à la Comédie-française.
Deux séances ont permis de discuter avec des invités : Robert Morrissey (Université de Chicago) à l’occasion de son livre Napoléon et l’héritage de la gloire (PUF, 2010) et Nathalie Heinich (CNRS), pour son livre De la visibilité, excellence et singularité en régime médiatique, Gallimard, 2012.

Publications

  • « “Et la civilisation deviendra générale”. L’Europe de Volney ou les paradoxes de l’orientalisme », La Révolution française. Cahiers d’histoire de l’Institut d’histoire de la Révolution française, n° 4, « Dire et faire l’Europe à la fin du XVIIIe siècle », http://lrf.revues.org/290, 2011.
  • Avec Stéphane Van Damme, « Un ancien régime de la sociabilité ? L’héritage des républicains des lettres », dans La grande chevauchée. Faire de l’histoire avec Daniel Roche, sous la dir. de Philippe Minard, Genève, Droz, 2011, p. 89-103.

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 10 janvier 2012.

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